Test Blu-ray : Lonely fifteen

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Hong Kong : 1982
Titre original : Leung mooi zai
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h40
Genre : Drame
Date de sortie DVD/BR : 26 juin 2020

La dérive d’un groupe de jeunes filles vers l’industrie du sexe, la drogue et la violence…

Le film

[4/5]

appartient à un genre autrefois florissant que l’on pourrait qualifier de « drame de la jeunesse perdue », typique du début des années 80. Très populaire à une certaine époque, ce type de récits mettait en scène une jeunesse – essentiellement féminine – paumée, droguée, dévoyée. S’il s’agissait probablement du reflet angoissé et anxiogène de certaines préoccupations des adultes face à une jeune génération qu’ils ne comprenaient plus du tout, le genre a finalement quasiment disparu sous cette forme pour peu à peu investir le thriller et le policier en général – on en trouverait notamment des traces au cœur de la série Twin Peaks et du film de David Lynch retraçant les derniers jours de Laura Palmer.

Sorti après l’allemand Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée (Uli Edel, 1981) mais avant l’italien A 16 ans dans l’enfer d’Amsterdam (Rino Di Silvestro, 1984), est donc « LE » film-choc hongkongais sur le sujet – à la fois sulfureux et curieusement dans l’air du temps. Tourné de façon quasi-documentaire, avec des acteurs non professionnels, un son direct et des prises de vue en décors naturels, permet au réalisateur – futur réalisateur de Saviour of the soul – de se lancer dans la chronique réaliste aux relents de caniveau. Le voyage cinématographique ici proposé au spectateur a ainsi tout de la descente aux enfers.

Sans jamais juger ses personnages, dresse donc avec le constat froid et implacable des extrémités auxquelles l’individualisme et le consumérisme forcené de la société contemporaine peut finalement mener. Sordide mais bizarrement hypnotique, la trajectoire de ce petit groupe de filles rejetées à la fois par leur famille et par un système éducatif complètement inadapté apportera un éclairage neuf et assez intéressant sur la jeunesse hongkongaise de ce début des années 80, à laquelle la TV et le modèle américain ont apporté des envies de liberté peu compatibles avec les mœurs et traditions hongkongaises.

Ainsi, enchaine les saynètes illustrant chacune un aspect particulier de la vie des ados de l’époque, le tout étant porté par la personnalité de la mystérieuse , dont il s’agit du seul et unique film. Repérée dans la rue par , elle sera par la suite sacrée meilleure actrice de l’année lors de la deuxième édition des Hong Kong Film Awards. Pour autant, cette femme de caractère affichera toujours un total désintérêt pour la carrière d’actrice qui s’offre à elle : elle n’ira pas chercher son prix, refusera de jouer le jeu de la promotion du film et ignorera tous les rôles qui lui seront proposés dans la foulée du succès de . Pour les amateurs de pop cantonaise, on notera qu’elle a épousé le frère de l’actrice / chanteuse Teresa Carpio.

Le Blu-ray

[4/5]

est le premier et le seul éditeur au monde à proposer aux cinéphiles de découvrir une version restaurée sur support Blu-ray. Jusqu’ici uniquement disponible en DVD et Blu-ray import, le film de n’était à ce jour visible que dans des copies littéralement atroces, aux couleurs immondes et à la définition très approximative. Dans le cas de cette édition française, le master Haute-Définition utilisé par Spectrum a été réalisé à Paris, par le laboratoire Kino, à partir d’un scan 2K du négatif original. Cette restauration, unique au monde, est exclusivement destinée à notre pays : la France sera en effet le seul pays au monde à en bénéficier. Alors bien sûr, les puristes et autres ayatollahs de la Haute-Définition crieront sans doute au scandale, targuant ici ou là que la définition du Blu-ray français n’est pas tout à fait digne de ce que l’on attend du support. C’est faux. On vous le dit, les gars : fermez-la, à tout jamais. Compte tenu de la rareté du métrage, des conditions de conservation du cinéma hongkongais et de ses « antécédents » en termes d’édition vidéo, on soutiendra donc plutôt ici au contraire que le rendu du film est tout à fait honorable, si ce n’est même enthousiasmant, surtout si vous aviez eu l’occasion de découvrir le film par le biais du DVD hongkongais disponible depuis quelques années. Alors, bien sûr, il s’agit d’un film de 1982, alors oui, le piqué manque certes un peu de précision, et on repère par ci par là une poignée d’artefacts clairement liés à l’utilisation un poil trop appuyée d’un réducteur de bruit numérique. Néanmoins, il est clair, net et précis que l’on est ici en présence, et de loin, de la meilleure copie du film disponible à ce jour, et ce dans le monde entier. Les couleurs sont relativement naturelles, la profondeur de champ et l’encodage ont été soignés, et même projeté sur un écran de grande taille, demeure une expérience HD recommandable, certes clairement perfectible, mais permettant de redécouvrir ce film rare (et précieux) dans des conditions littéralement inédites. Côté son, le film est proposé en VO et DTS-HD Master Audio 2.0, et l’ensemble s’avère globalement propre et équilibré.

Du côté des suppléments, nous propose tout d’abord la désormais traditionnelle présentation du film par Arnaud Lanuque (9 minutes). Ce dernier replacera le film dans son contexte de tournage, et évoquera sa nature un peu bâtarde, située à mi-chemin entre la tentation du documentaire et celle du cinéma d’exploitation. On continuera ensuite avec une analyse du film par Frédéric Monvoisin (22 minutes), qui reviendra sur la réception tardive du film en Europe, ainsi que sur la figure des « jeunes paumés » dans le cinéma de Hong Kong – il citera notamment l’incontournable Wong Kar-wai et le film As tears go by. On retrouvera enfin une autre analyse du film, cette fois signée Julien Sévéon (16 minutes). Toujours aussi sympathique, ce grand passionné de cinéma asiatique – devenu en l’espace de quelques un collaborateur régulier de – prendra un peu le contre-pied de ses petits camarades en affirmant que n’appartient pas à ce qu’on appelle la Nouvelle Vague Hongkongaise. Ces propos pourront certes être remis en question, mais son argumentaire est intéressant, et sa réflexion se tient finalement tout autant que celle de ses éventuels contradicteurs : difficile de trancher dans le cas du film de , dans le sens encore une fois où il s’agit d’une œuvre « bâtarde », allant piocher un peu partout ses influences. Et dans le fond, déterminer si oui ou non appartient à la Nouvelle Vague Hongkongaise est un peu de l’enculage de mouches : le film est bon, et basta, et c’est avant tout ce qu’on retiendra.

Les débats sur cette question – ainsi que sur d’autres, purement factuelles, contredisant notamment les propos de Julien Sévéon dans son intervention – se retrouveront également au cœur d’un podcast issu de la série Podcast on Fire et tout spécialement consacré au film (1h05). C’est en anglais, très intéressant, et c’est animé par Kenneth Bronson.

On continuera ensuite avec une série d’entretiens inédits avec une partie l’équipe du film, concoctés par l’équipe de pour cette édition. On commencera avec un entretien avec le réalisateur (13 minutes), qui reviendra rapidement sur son parcours avant d’aborder le travail de recherche en immersion fait en amont de la réalisation avec le producteur Johnny Mak ou encore le choix des acteurs, jeunes et inexpérimentés. Un entretien avec le producteur Michael Mak (26 minutes) confirmera cette volonté farouche de naturalisme et d’authenticité. Il évoquera également le succès du film, sa bonne réception par le public et la critique, ainsi que la vague de films que a inspiré dans les années 80. On terminera le tour de ces nouvelles interviews avec un intéressant entretien avec Irène Wan (6 minutes) qui se remémorera le tournage ainsi que l’ambiance générale du film. Elle évoquera également la prestation de , ainsi que le fait que cette dernière ait complètement tourné le dos au métier par la suite. Elle ne l’a ainsi jamais revue depuis le tournage il y a presque quarante ans.

Enfin, on finira le tour des bonus avec un intéressant module sur la restauration du film (6 minutes), ainsi qu’avec la traditionnelle bande-annonce.

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