Test Blu-ray : Les Traqués de l’An 2000

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Le Survivant d’un Monde Parallèle

Australie, Royaume-Uni : 1982
Titre original : Turkey Shoot
Réalisation : Brian Trenchard-Smith
Scénario : Jon George, Neill D. Hicks
Acteurs : Steve Railsback, Olivia Hussey, Michael Craig
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h33
Genre : Science-Fiction
Date de sortie cinéma : 15 juin 1983
Date de sortie DVD/BR : 26 mai 2022

Dans un futur proche, un gouvernement totalitaire fait arrêter les citoyens considérés comme déviants et les interne dans de terribles camps de rééducation où se pratiquent humiliations, sévices, tortures. Le directeur de l’un des camps décide d’organiser une chasse à l’homme : quelques prisonniers seront lâchés dans une forêt proche et serviront de gibier…

© 1982 SECOND FGH FILM CONSORTIUM PTY. LIMITED. ALL RIGHTS RESERVED.

Le film

[3,5/5]

Le cinéma d’exploitation australien – ou « Ozploitation » – est un sous-genre qui peine vraiment à percer et à être reconnu. Cependant, bien avant le fameux documentaire Not quite Hollywood : The wild, untold story of Ozploitation ! (2008), le cinéma populaire australien avait déjà bénéficié d’un coup de projecteur tout particulier en France, sous l’impulsion du magazine Mad Movies. En effet, à partir de 2002, la revue dédiée au cinéma fantastique s’est vue accompagnée d’un DVD dans les kiosques, et des films australiens un peu oubliés et jusqu’alors inédits en DVD avaient de ce fait pu être redécouverts par un large public. On pense par exemple à Patrick (Richard Franklin, 1978), Soif de sang (Rod Hardy, 1979), Harlequin (Simon Wincer, 1980), Le survivant d’un monde parallèle (David Hemmings, 1981), Les Traqués de l’an 2000 (Brian Trenchard-Smith, 1982) ou encore Razorback (Russell Mulcahy, 1984).

Vingt ans plus tard, la grande majorité de ces fleurons de la Ozploitation sont ressortis en Blu-ray dans l’hexagone, et la plupart d’entre eux sont aujourd’hui disponibles chez Rimini Editions, à l’image de ces Traqués de l’an 2000, grand « petit film » complètement barré s’imposant malgré – ou grâce à comme un divertissement des plus réjouissants. Pourtant, le film de Brian Trenchard-Smith revient de loin : Les Traqués de l’an 2000 fait en effet partie de ces films dont la conception et le tournage ont été marqués par tant de problèmes de production qu’ils en sont devenus presque aussi mythiques que le film en lui-même.

Depuis la sortie du film dans les salles obscures il y a quarante ans, le réalisateur Brian Trenchard-Smith a régulièrement abordé l’histoire mouvementée de la production des Traqués de l’an 2000, expliquant notamment qu’une grande partie du budget alloué au film lui avait été retirée au moment où le film était sur le point d’être tourné. Cette décision d’effectuer des coupes drastiques dans le budget du film a naturellement entraîné toutes sortes de répercussions sur le tournage, y compris la réduction du calendrier de tournage et la suppression d’une grande partie du scénario, puisqu’il n’y avait plus les fonds nécessaires pour tourner les séquences ayant été écrites au départ. Brian Trenchard-Smith a également souvent relayé certaines décisions ayant été prises pendant l’écriture et la phase de pré-production du film, et la façon dont ces dernières ont considérablement modifié le projet en lui-même.

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Pour autant, Brian Trenchard-Smith a fait face à tous les problèmes de production et tenu la barre des Traqués de l’an 2000 jusqu’au dernier jour de tournage. Et au final, on ne pourra que saluer le travail du cinéaste sur le film. Bien sûr, l’aspect politique et social du film, que l’on perçoit dans les premières séquences et dans certains choix du scénario (comme évidemment celui de nommer « Thatcher » le sadique directeur du camp de redressement), cédera vite la place à une propension à la caricature et à un humour de sale gosse avec la découverte du « camp 47 ». Cette tendance à l’humour noir et aux excès en tous genre sera encore accentuée lorsque la chasse à l’homme annoncée en début de métrage commencera finalement, soit approximativement à la moitié du film.

Dès lors, Les Traqués de l’an 2000 s’ancrera en effet plus largement dans une course en avant effrénée et tout entièrement dévouée à l’action et à l’aventure : en plus de continuer allégrement de se vautrer dans les outrances gore et provocatrices, le film se permettra un absurde clin d’œil à L’île du Dr Moreau, avec l’introduction d’une sorte de personnage hybride mi-humain, mi-animal, qui prendra part à la chasse à l’homme et se mettra à faire des ravages à sa manière inimitable. La générosité de Brian Trenchard-Smith permettra ainsi aux Traqués de l’an 2000 de s’imposer avec une deuxième partie complètement folle, blindée d’idées amusantes. On notera par ailleurs que le film a fait l’objet d’un remake en Australie en 2014, mais ce dernier est malheureusement toujours inédit chez nous. De son côté, Brian Trenchard-Smith a continué sa carrière, et est même devenu un réalisateur chevronné dans le domaine de la série B d’horreur : on lui doit notamment des films tels que Le Drive in de l’enfer (1986), La Nuit des démons 2 (1994), Leprechaun 3 (1995) et Leprechaun : Destination cosmos (1997). Après l’an 2000, il s’est rabattu vers la télévision.

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Le Blu-ray

[5/5]

Nous proposant mois après mois de nouveaux titres au sein de sa collection dédiée au cinéma fantastique, Rimini Éditions nous offre aujourd’hui la possibilité de revoir Les Traqués de l’an 2000 au format Blu-ray. Le film est à nouveau proposé au consommateur au sein d’un Combo Blu-ray + DVD + Livret signé Marc Toullec, présenté dans un très classieux Digipack 3 volets et doté d’une maquette solide et efficace. En ce qui concerne le master du film à proprement parler, le film est bien entendu présenté en version intégrale, au format Scope 2.35:1 respecté et dans un tout nouveau transfert HD. Restituant parfaitement l’ambiance visuelle craspec du film, le transfert du Blu-ray est assez superbe dans son genre. Précis, avec un beau piqué, malgré des couleurs très saturées et de multiples effets de fumée, le film s’impose comme une totale redécouverte. Côté son, Vf et VO sont mixées en DTS-HD Master Audio 2.0, et assurent une immersion parfaite au cœur du film, avec un bon petit dynamisme acoustique.

Du côté des suppléments, on commencera avec un entretien avec Brian Trenchard-Smith (10 minutes), garanti sans langue de bois. Le cinéaste avouera que le film n’a pas aidé sa carrière, et qu’il le trouve encore aujourd’hui plutôt médiocre (« pretty poor »). Il reviendra entre autres sur les différents problèmes rencontrés pendant le tournage, ainsi que sur l’humour, et sur les codes du cinéma d’exploitation, tels que la nudité. On continuera ensuite avec un entretien avec les acteurs Michael Craig, Lynda Stoner et Roger Ward (24 minutes). Si les deux hommes s’amusent plutôt des défauts du film et aborderont les bons côtés du projet, l’actrice Lynda Stoner en revanche a plutôt la dent dure, et qualifie carrément le film de « daube putride ». Tous évoqueront en revanche les soucis rencontrés sur la production et la bonne volonté du réalisateur Brian Trenchard-Smith. Enfin, on terminera avec une discussion sur le cinéma de genre australien, menée par Brian Trenchard-Smith et les producteurs Antony I. Ginnane et Vincent Monton (27 minutes). L’ensemble est bien mené, plutôt amusant et au final très intéressant, dans le sens où on aimerait découvrir la plupart des films évoqués par les intervenants au cours de leurs échanges.

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