Test Blu-ray : Les démons de l’esprit

0
609

Royaume-Uni : 1972
Titre original : Demons of the mind
Réalisation :
Scénario : , Frank Godwin
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h29
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 20 septembre 1973
Date de sortie DVD/BR : 30 novembre 2020

En 1830, en Bavière. Victime de ses superstitions et se croyant frappé de malédiction après la mort horrible de sa femme, le comte Zorn a interdit à ses enfants de quitter son château. Il fait appel à un spécialiste de sciences occultes…

Le film

[3,5/5]

est une production Films sortie courant 1972 au Royaume-Uni. Si l’on en croit le site de référence Encyclo-ciné, le film de aurait également été distribué à l’automne 1973 dans l’hexagone en province, et notamment dans le nord de la France. On vous parle ici d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître, et d’une une époque où la avait grandement besoin d’un succès pour relancer la machine, alors même que le public du cinéma d’épouvante gothique s’amenuisait de plus en plus. Au tournant des années 70, le cinéma d’horreur était en effet en pleine mutation, projetant sur les écrans des terreurs liées non plus aux créatures mythiques du folklore fantastique, mais bel et bien en relation avec le monde réel, contemporain – on pense à des films tels que La nuit des morts vivants, Rosemary’s baby ou encore La dernière maison sur la gauche, pour ne citer que trois exemples parmi les plus « séminaux ».

Comme pour essayer de coller d’avantage aux goûts du public des Seventies, la décidait donc avec d’abandonner les grandes figures de monstres du répertoire de la Universal (Dracula, Frankenstein, le loup-garou, la momie, etc), tout en conservant en revanche l’époque victorienne et le cadre gothique qui était devenu, au fil des années, une véritable marque de fabrique pour le studio, et ce depuis la fin des années 1950.

Avec sa grande demeure bourgeoise isolée en pleine milieu d’une forêt et ses personnages cloitrés dans leur chambre sous prétexte qu’ils sont rongés par un « mal » mystérieux, évoquera forcément au spectateur La chute de la maison Usher, qui constituait la première des huit adaptations d’Edgar Allan Poe réalisées par Roger Corman entre 1960 et 1964. Dans le film de , le baron Zorn, persuadé que ses deux enfants ont contracté une « malédiction » héréditaire de sa femme avant qu’elle ne se suicide, les maintient prisonniers dans leur maison, drogués afin de les empêcher de s’échapper. Les deux enfants sont par ailleurs étrangement attirés l’un vers l’autre par un lien quasi-hypnotique, que l’on devine parfumé d’inceste. Désespéré par les tentatives d’évasion des enfants, Zorn fait appel à un médecin nommé Falkenberg () qui prétend pouvoir les guérir, les débarrasser des démons qui les hantent. Mais sont-ce vraiment les enfants qui ont besoin d’être guéris ?

Vous l’aurez compris, joue la carte d’un fantastique profondément teinté de psychanalyse, s’inscrivant entre autres dans la tradition de grands films sur les grands mystères du subconscient tels que Freud, passions secrètes (John Huston, 1962). Non-dits, passions refoulées et pulsion de mort sont au programme du récit, détournant les mythes, croyances et légendes ancestrales au profit des méandres de l’esprit. L’initiative est audacieuse de la part de , qui avait quasiment fait des monstres du folklore classique un fonds de commerce au fil des années 60. Dans au contraire, l’horreur n’est plus surnaturelle mais profondément « humaine », et les démons deviennent intérieurs plutôt que de hanter la lande.

Et force est de constater qu’avec , on est vraiment en présence de l’un des films les plus violents et les plus dérangeants produits par la . Malheureusement, notre enthousiasme se verra tempéré par une histoire déroutante et un manque de structure narrative affirmée. En effet, en dépit de l’audace remarquable que l’on trouvera dans le choix du traitement de l’intrigue et du fait que l’on navigue globalement loin des eaux traditionnelles des productions , ne parviendra finalement à convaincre que partiellement le spectateur. Ce dernier pourra se révéler vaguement gêné aux entournures au fur et à mesure que s’enchaînent les rebondissements du récit par le manque d’affirmation de l’ensemble, qui laisse constamment planer un doute quant à l’existence réelle de ces « démons » revenant comme un leitmotiv dans les dialogues du film. C’est un peu comme si était coincé le cul entre deux chaises, et ne parvenait jamais réellement à se décider quant à la véritable nature du mal qui ronge les personnages du film : Fantastique ? Rationnel ? A force d’atermoiements, le film finit par y perdre en impact, mais de belles choses demeurent : une direction artistique remarquable, une photo d’une beauté à couper le souffle, une poignée de séquences originales et vraiment bien troussées, ainsi qu’un casting solide.

met en vedette (Cornelius Fudge dans la saga Harry Potter) dans la peau du Baron Zorn, tandis que ses enfants sont incarnés par (Capitaine Kronos) et (Orange mécanique). Et si nous livre vraiment une prestation haute en couleurs, c’est surtout (Orange mécanique, Asylum, Le masque de la mort rouge) qui tirera son épingle du jeu dans le rôle d’un médecin en avance sur son temps que ses méthodes novatrices condamnent à se voir rejeté par ses pairs.

Le Blu-ray

[5/5]

A ce jour, est uniquement disponible en Blu-ray au sein du coffret, disponible chez depuis le 30 novembre. Ce coffret est disponible en édition limitée et numérotée à 2 000 exemplaires, et nous propose sept films produits par le studio dans les années 70, dans de superbes versions restaurées, scannées en 4K et restaurés en 2K sous la supervision de Mark Bonnici. Plutôt que d’évoquer la sortie de ce coffret majeur dans un papier lapidaire qui nous aurait contraint à évoquer les films de façon trop rapide, on a pris le parti d’évoquer chaque film de façon individuelle, dans une série d’articles qui paraitront dans les jours et semaines à venir. Sur les sept films qui composent le coffret , seuls six étaient jusqu’ici disponibles en France au format DVD, chez StudioCanal. Les films disponibles au sein du coffret sont les suivants : (1970, inédit en DVD), Les cicatrices de Dracula (1970), (1971), La momie sanglante (1971), Sueur froide dans la nuit (1972), (1973) et Une fille pour le Diable (1976).

Côté Blu-ray, le travail éditorial fourni par sur les films composant le coffret est tout simplement magnifique et remarquable. Chaque film nous est proposé dans une superbe copie restaurée, respectueuse du grain d’origine, avec un beau piqué et des couleurs qui en envoient littéralement plein les mirettes. La restauration a fait place nette des poussières et autres points blancs, et le résultat s’avère vraiment excellent. Côté son, la version originale ainsi que la version française d’époque (quand celle-ci existe) sont proposées en Dolby Digital 2.0 (mono d’origine), et le rendu acoustique s’avère, dans chaque cas, parfaitement clair, net et sans bavures. Tout comme sur l’édition DVD du film, sortie en 2009 chez StudioCanal, ne dispose pas de version française.

C’est bien entendu du côté des suppléments que chaque galette Blu-ray diffère un peu de sa voisine. Dans le cas des Démons de l’esprit, on trouvera tout d’abord une présentation du film par Nicolas Stanzick (« Un film de loup-garou ? », 32 minutes). Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Nicolas Stanzick est « LE » grand spécialiste français de la , auteur de l’ouvrage de référence Dans les griffes de la (éditions Bord de l’Eau, 2010).

Nicolas Stanzik reviendra donc sur l’aspect assez unique du film dans l’histoire de la , puisqu’il s’agit à l’origine d’un projet de film de loup-garou ayant été écrit par . Sauf que durant la préparation du film, décision sera prise de retirer toute référence au mythe du lycanthrope et de proposer une interprétation psychologique / psychanalytique du phénomène. Il évoquera par la suite le casting devant et derrière la caméra, en ne négligeant pas les acteurs ayant été envisagé pour le film sans que cela ne se fasse (Marianne Faithfull notamment). Il terminera avec un habile rapprochement entre et le giallo italien.

On continuera ensuite avec une featurette consacrée au film (« Sang pour sang », 16 minutes), qui retracera l’histoire du film à travers des entretiens avec les historiens du cinéma Kevin Lyons, John J. Johnston, Alan Barnes et Jonathan Rigby. L’ensemble nous propose un retour complet sur la genèse du film. Tout comme Nicolas Stanzick, les intervenants reviendront plutôt ici sur les particularités des Démons de l’esprit plutôt que sur le film en lui-même, n’évitant pas quelques redondances malheureusement.

On terminera enfin le tour des suppléments avec la bande-annonce du film, qui sera accompagnée d’un épisode de « , l’horrifique histoire » par Bruno Terrier (7 minutes), consacré à « la naissance » du studio britannique, c’est à dire – comme son titre l’indique – à la création puis aux premiers films produits par la .

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici