Test Blu-ray : Le Salaire du diable

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Le Salaire du diable

États-Unis : 1957
Titre original : Man in the Shadow
Réalisation : Jack Arnold
Scénario : Gene L. Coon
Acteurs : Jeff Chandler, Orson Welles, Colleen Miller
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h21
Genre : Policier
Date de sortie cinéma : 1 novembre 1957
Date de sortie DVD/BR : 15 février 2022

Ben Sadler est le shérif d’une petite ville, cernée de terres appartenant au puissant Virgil Renchler, propriétaire d’un ranch florissant où travaillent de très nombreux clandestins mexicains. Un soir, le contremaître du ranch tue l’un des employés. Renchler va tout mettre en œuvre pour empêcher le shérif de mener l’enquête…

Le film

[4/5]

Si Jack Arnold a surtout marqué son époque avec ses films de science-fiction (L’Homme qui rétrécit, Tarantula, L’étrange créature du lac noir…), on en oublie parfois que le cinéaste a signé un peu plus d’une vingtaine de films tout au long de ses 25 ans de carrière, et qu’il s’était illustré avec talent dans un grand nombre de séries B très éloignées du genre qui a fait sa réputation et sa pérennité.

Sorti sur les écrans en 1957, Le Salaire du diable s’impose clairement comme un film contemporain, mais utilisant sans honte tous les codes du western : on y verra donc un shérif lutter âprement contre un propriétaire de ranch sans pitié – un héros idéaliste qui part sur le sentier de la guerre pour faire régner l’ordre et la justice, à la façon des cow-boys du western classique. Cependant, le film pointe du doigt des questions sociales extrêmement pertinentes, notamment sur la question de l’immigration et de la place des mexicains dans la société américaine de l’époque. En cela, il préfigure d’autres « westerns modernes » ayant vu le jour dans les années 70 et développant des thématiques similaires, tels que Mr. Majestyk (Richard Fleischer, 1974) ou Les Casseurs (Don Hulette, 1977).

En bonne série B, Le Salaire du diable suit une intrigue extrêmement directe et linéaire, nous donnant tout d’abord à découvrir un crime commis dans un ranch, puis la façon dont le shérif Ben Sadler (Jeff Chandler) parviendra à se mettre à dos non seulement le patron du ranch et homme le plus puissant de la région Virgil Renchler (Orson Welles), mais plus largement tous les habitants de sa petite ville de l’Ouest, qui craignent pour leur stabilité économique.

Le message du film de Jack Arnold est clair comme de l’eau de roche : il sous-tend que le pouvoir économique est capable d’invalider la loi et la justice. Cela dit, l’originalité principale du Salaire du diable réside dans le contexte social dans lequel il est placé. Ici, même ceux qui n’approuvent pas les méthodes de l’éleveur afin de faire régner la loi ne sont pas prêts à soutenir le shérif – c’est d’autant plus flagrant que tout le monde en ville, y compris le shérif, semblait parfaitement conscient du fait que des travailleurs étrangers illégaux étaient embauchés par Renchler. En d’autres termes, le fait que le ranch fasse sa propre loi dans la région semble être en réalité un élément-clé de la structure socio-économique d’une ville peuplée d’hypocrites détournant volontairement le regard dès lors que l’ordre et la justice sont bafoués.

Aussi rythmé qu’immersif, Le Salaire du diable va droit au but, refusant toute digression ou toute sous-intrigue qui pourrait dévier l’attention du spectateur. Pour autant, on notera quelques ébauches d’intrigues annexes qui s’avèrent très originales dans leur genre puisqu’elles s’avèrent traitées par Jack Arnold sur le mode de l’ellipse : on n’en saura donc guère davantage sur la liaison qu’entretenait Juan, la victime, et la fille de l’éleveur, Skippy (Colleen Miller). De la même façon, on ignore avec quelle « gentillesse » la jeune femme a réussi à soudoyer Ed (John Larch) afin de sortir du ranch à mi-métrage…

Ces ellipses contribuent à dessiner les contours d’un personnage libre, que d’aucuns accuseraient sans doute d’avoir la cuisse légère – on ne s’étonnera donc pas de la voir non mariée et « enfermée » par son père dans le ranch… On pourra également regretter que le personnage de Renchler, brillamment interprété par Orson Welles, soit un peu sous-exploité. Cela dit, cette volonté d’aller constamment de l’avant est probablement la plus grande qualité du Salaire du diable, qui s’impose sans peine comme une série B nette, claire et extrêmement efficace.

Le Blu-ray

[4/5]

C’est donc Rimini Éditions qui a aujourd’hui la bonne idée d’éditer Le Salaire du diable au format Blu-ray. Et côté image, c’est du tout bon : la préservation maniaque du grain argentique ne gâche en rien une définition exemplaire, riche d’un niveau de détail souvent surprenant, même si bien sûr le master n’est probablement pas tout récent et accuse de petites baisses de forme par ci par là (griffes, etc). Les différents éléments du décor apparaissent néanmoins dans le cadre avec une belle netteté générale, le noir et blanc est extrêmement contrasté, et fait honneur à la belle photo du film, signée Arthur E. Arling. En un mot comme en cent : c’est du tout bon. Côté son, Rimini nous offre deux mixages DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, en VF ou en VO, les deux se révélant clairs et globalement précis. La version française d’époque nous propose de retrouver certaines voix bien connues des amateurs, telles que celles de René Arrieu, Jean Davy ou encore Robert Dalban. On se régalera également de retrouver au cœur de ce doublage quelques expressions gentiment surannées : à un moment, le personnage incarné par Colleen Miller reproche ainsi à son père d’être un « orgueilleux autocrate ». Vous admettrez que ça sonne quand même mieux que « vieux con tyrannique »…

Dans la section suppléments, on trouvera, outre la traditionnelle bande-annonce, une très intéressante présentation du film par Florent Fourcart (23 minutes). Historien de formation, spécialiste de l’Histoire au cinéma et auteur d’un sympathique ouvrage sur le péplum italien, Florent Fourcart reviendra de façon vivante et intéressante sur le contexte de production du film, ainsi que sur ses particularités les plus notables.

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