Test Blu-ray : Le roi de Paris

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France, Royaume-Uni : 1995
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h42
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 11 janvier 1995
Date de sortie DVD/BR : 7 juin 2021

Saison théâtrale 1930. Le « Roi de Paris » est le grand Victor Derval qui règne en maître sur le Boulevard et vit entouré de sa cour : un directeur de théâtre, sa fidèle habilleuse, un marquis déchu et pique-assiette, et son ancienne maîtresse et partenaire à la scène. Il est accosté par Lisa, une jeune étrangère venue tenter sa chance comme actrice à Paris. Séduit, Derval l’embauche et l’installe chez lui où elle fait connaissance de son fils. Père et fils en viennent rapidement à se disputer son amour…

Le film

[4/5]

Cela serait mentir que d’affirmer que est un classique du cinéma français ou un film dont la sortie était attendue de pied ferme en Haute-Définition. Au contraire, le film de est presque totalement inconnu, et pour cause : il n’a connu qu’une sortie « technique » dans les salles en 1995, sur seulement quatre copies. Ni la presse spécialisée ni le public n’ont en réalité pu le voir, à l’exception d’environ 15.000 spectateurs.

Le récit de la production du film, que l’on découvrira dans les bonus du Blu-ray édité par , est presque aussi passionnant que la découverte du Roi de Paris 25 ans après sa « sortie ». En tous les cas, les difficultés de l’équipe de tournage afin de mener leur projet à bien s’avèrent aujourd’hui clairement indissociables du film en lui-même. C’est d’autant plus vrai que les thématiques au cœur du Roi de Paris dessinent du monde du théâtre et du cinéma des années 30 un portrait d’une grande cruauté, et que, derrière sa caméra, et son équipe s’avéraient également des victimes de la cruauté du petit monde du cinéma.

Porté par la personnalité et le talent de , avait pourtant réuni une équipe technique remarquable : des décors signés Jacques Rouxel, des costumes de Christian Gasc, une photo signée Bernard Lutic… Du beau monde assurant à , dont il s’agissait du premier long-métrage, une facture technique irréprochable. De fait, la reconstitution du Paris des années 30 proposée par est vraiment remarquable, de même que les différents mouvements de caméra qui confèrent au film un cachet, une élégance et une classe folles.

Et bien sûr, il y a , qui est de quasiment tous les plans du film, et qui s’impose définitivement comme le « monstre sacré » qu’il était. Dans , l’acteur jouait habilement de l’image du monument qu’il renvoyait de lui-même au sein du cinéma français. Son personnage, Victor Derval, est un « cabot », le roi du théâtre de boulevard. L’intrigue du film le place dans un environnement que délimite à l’écran comme volontairement « théâtral », utilisant l’espace comme une scène, avec de longs plans-séquences, et, parfois, des artifices de mise en scène rappelant la scène – on pense, pour la référence la plus évidente, à cette scène de discorde entre l’auteur de la pièce venu présenter son travail et son acteur principal, qui s’achève sur deux rideaux se fermant l’un sur l’autre.

Dans , le personnage de Noiret apparaît comme en constante représentation, qu’il soit sur les planches ou dans la vie. Victor Derval est en effet un phénomène : grandiloquent, maniant les mots avec talent et n’hésitant pas à se montrer cassant vis-à-vis de son entourage… De ce fait, son existence en elle-même commence à prendre des allures de scène de théâtre, avec notamment un triangle amoureux (le père et le fils étant amoureux de la même femme) qui commencera avec la légèreté d’un vaudeville pour brutalement bifurquer vers la tragédie. Un virage tonal cependant plutôt bien négocié par , qui parvient de fait à livrer une belle émotion dans les dernières séquences du film.

Visuellement somptueux, porté par la prestation hors pair de , s’avère donc un excellent petit film de « qualité française » – sacrifié par ses producteurs non pas en raison de ses défauts éventuels mais uniquement sur l’autel du pognon et de la rancœur. Triste… On notera par ailleurs que si le film est dédié à Max Ophuls, le personnage campé par Noiret dans serait plutôt inspiré des grandes stars des années 30 telles que Harry Baur, Jules Berry et surtout Sacha Guitry, avec qui Victor Derval partage quelques éléments biographiques.

Le Blu-ray

[4/5]

C’est donc qui nous propose aujourd’hui de découvrir dans une superbe édition Digipack Combo Blu-ray + 2 DVD. Et autant ne pas y aller par quatre chemins : le rendu Haute-Définition du film de , issu d’une remasterisation 4K, est tout simplement sublime. L’image est proposée au format 1.66 respecté, les partis pris de la photo du film sont parfaitement respectés, le piqué est d’une finesse étonnante, le tout est proposé dans un master toujours stable, avec de belles couleurs vives et surtout un grain argentique parfaitement préservé. Côté son, la VF d’origine nous sera proposée – au choix – soit en DTS-HD Master Audio 2.0, soit en DTS-HD Master Audio 5.0. Les deux versions restituent les dialogues de façon relativement claire et équilibrée, et la spatialisation du 5.0 fait occasionnellement preuve d’un certain punch, notamment dans la restitution de la musique ou des ambiances de foule.

Du côté des suppléments, ne nous propose qu’un seul bonus – mais quel bonus ! Il s’agit en effet d’un passionnant making of rétrospectif d’une durée de 1h24 qui reviendra sur toutes les galères auxquelles ont dû faire face et son équipe. Les intervenants s’y expriment sans langue de bois, et n’hésitent pas à tailler des costards aux différents responsables des problèmes qu’a subi . Les propos les plus marquants sont probablement ceux concernant Bertrand Tavernier, qui avait acquis les droits du scénario afin de le produire, mais qui n’en fit jamais rien, n’accordant pas une confiance suffisante à l’aspirant-cinéaste. En apprenant le désir de Maillet de mettre fin à la collaboration avec Tavernier, déclarerait que « si Tavernier était producteur, ça se saurait ». On apprendra également que certains capitaux venus de France 3 et initialement prévus pour seraient finalement attribués à Jacques Rivette, et le réalisateur reviendra également sur la façon dont le film a été « sacrifié » au moment de sa sortie, en se voyant par exemple « privé » de festival, alors même qu’il avait été pré-sélectionné pour Venise et Toronto. L’ensemble est donc absolument passionnant, et constitue un bel hommage à la persévérance et à la force de caractère du réalisateur du film , qui a su tenir bon la barre malgré les multiples déconvenues !

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