Test Blu-ray : Lady Frankenstein

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Lady Frankenstein

Italie : 1971
Titre original : La Figlia di Frankenstein
Réalisation : Mel Welles
Scénario : Edward Di Lorenzo, Dick Randall, Mel Welles
Acteurs : Rosalba Neri, Joseph Cotten, Paul Muller
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h40
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 16 août 1973
Date de sortie Blu-ray : 1 août 2022

Dans un pays d’Europe centrale, au XIXème siècle, le baron Frankenstein, assisté par le Dr Charles Marshall, tente de créer l’homme parfait à partir de cadavres que lui procurent des profanateurs de sépultures. Le savant pense parvenir à ses fins lors d’une nuit d’orage, mais le cerveau utilisé pour la transplantation s’avère endommagé. Une fois animée, la créature tue Frankenstein et s’enfuit. Tania, la fille du baron, arrivée au château depuis peu, décide alors de poursuivre les travaux de son père, avec l’aide de Charles. Pendant ce temps, la créature massacre des villageois dans la campagne environnante…

Le film

[4/5]

Les adaptations cinématographiques du roman de Mary Shelley « Frankenstein » sont proprement innombrables. Bien sûr, beaucoup d’entre elles sont essentiellement centrées sur la créature, qui ne varie finalement pas tellement d’un film à l’autre, mais en revanche, chaque nouvelle version de l’œuvre de Mary Shelley nous donne à découvrir une nouvelle « version » du docteur Frankenstein. Parfois représenté comme un homme solitaire et brisé par la vie, parfois comme un génie mégalomane aimant jouer à Dieu aux côtés de son assistant bossu, Frankenstein est finalement devenu une espèce d’archétype du « Savant fou », à classer aux côtés des savants de Laputa (Les Voyages de Gulliver) et du Docteur Moreau de H.G. Wells.

Devenu au fil des ans un lieu commun de la fiction populaire, le savant fou a malheureusement peu à peu disparu, ou se voit aujourd’hui réduit à un traitement ironique post-moderne assez typique. Dans le cinéma fantastique, avec plusieurs dizaines d’années de recul et des centaines de films traitant de folie scientifique grandiloquente, on peut aisément conclure que l’archétype du savant fou bien décidé à jouer à Dieu est une figure exclusivement masculine. De mémoire (probablement chancelante) de cinéphile, quelques contre-exemples nous viennent cependant en tête : le personnage incarné par Emma Thompson dans Je suis une légende (2007), qui a créé le virus ayant changé la face du monde, celui interprété par Saffron Burrows dans Peur bleue (1999), à l’origine d’une nouvelle race de requins mutants, et bien sûr celui interprété par Rosalba Neri dans Lady Frankenstein (1971).

Distribué en France en 1973 sous le titre trompeur de Lady Frankenstein, cette obsédée sexuelle, le film de Mel Welles n’est pas un film de sexploitation crapuleux mais bel et bien une œuvre s’inscrivant dans le domaine très respectable de l’horreur gothique. Et en fait, force est de constater que le film s’en sort assez bien dans son genre, notamment grâce à la prestation de Rosalba Neri, qui incarne ici Tania, une scientifique – la fille du Dr Frankenstein – froide, calculatrice et égocentrique qui, pour se défendre des forces masculines qui s’opposent à elle, utilisera à bon escient sa féminité pour manipuler les hommes qui l’entourent.

L’intrigue fonctionne d’ailleurs d’autant mieux que le « monstre » n’est pas vraiment au cœur de Lady Frankenstein : Mel Welles se débarrasse d’ailleurs assez rapidement de ce personnage qui ne le fascine guère. Ainsi, une fois la créature dans la nature et le spectateur débarrassé du Baron Frankenstein (Joseph Cotten), toute l’intrigue sera plutôt centrée sur sa fille Tania et son assistant Charles (Paul Müller). Tania projette en effet de créer une nouvelle créature avec le cerveau de Marshall et le corps du retardé Thomas (Marino Masé), et compte bien manipuler son monde pôur garder les mains propres. Pendant ce temps, le capitaine Harris (Mickey Hargitay) enquête – façon Columbo – sur les meurtres commis par le monstre…

Le rythme de Lady Frankenstein est bien tenu, et les rebondissements suffisamment nombreux pour que l’on remarque rarement que les pièces du puzzle de l’intrigue ne s’emboîtent pas toujours tout à fait. L’idée de Tania de créer un monstre non seulement pour justifier les théories de son père, mais aussi pour réparer ses dégâts, est une jolie idée, qui renouvelle finalement assez habilement l’histoire de Frankenstein telle qu’on la connaissait jusque-là. Bien sûr, cela ne nous évitera pas une ou deux débordements sexy liées à l’époque et au contexte de production, la plus évidente étant bien entendu une scène érotique complètement WTF se terminant par un étouffement sous oreiller, mais qui colle plutôt bien à l’état d’esprit manipulateur du personnage incarné par Rosalba Neri.

Du côté de ce qu’on appelle le « Production Design », le film regorge de petites touches visuelles sympathiques, telles qu’une jolie vitrine dans le laboratoire contenant toutes sortes de parties du corps. Les décors et les costumes sont soignés, la musique d’Alessandro Alessandroni et la photographie de Riccardo Pallottini sont absolument remarquables. On notera par ailleurs que de nombreux décors de ce film, notamment le laboratoire, serviront de cadre en 1973 à Chair pour Frankenstein réalisé par Paul Morrissey. Derrière la caméra, Mel Welles, habitué de l’écurie Corman, compose assez habilement assez les limites de son budget. Le maquillage du monstre aura certes de quoi faire sourire avec une cinquantaine d’années de décalage, mais le tout développe tout de même un charme certain, qui contribue à faire de Lady Frankenstein un bon petit représentant de l’épouvante gothique des années 70.

Le Blu-ray

[5/5]

Totalement inédit en DVD / Blu-ray et invisible depuis l’ère de la VHS (on se souvient notamment avoir eu entre les mains une VHS éditée par Proserpine dans les années 80, dont la jaquette était composée d’une image de Boris Karloff en Frankenstein et d’une autre tirée de L’invasion des profanateurs de Philip Kaufman), Lady Frankenstein débarque aujourd’hui au format Blu-ray grâce aux efforts du Chat qui fume. L’éditeur nous propose donc aujourd’hui une superbe version restaurée 2K du film, qui se verra accompagnée du CD de la bande-originale du film signée Alessandro Alessandroni. Pour ne rien gâcher, et comme d’habitude avec Le Chat qui fume, le tout est par ailleurs présenté dans une édition qui en jette plein les yeux d’entrée de jeu grâce à sa présentation très classe, dans un beau digipack trois volets agrémenté d’un sur-étui cartonné ; on notera qu’il fait partie de la catégorie des digipacks « fins » proposés par l’éditeur depuis quelques années, et que le design général tout autant que l’habillage graphique signé Frédéric Domont sont tout aussi chiadés qu’à l’accoutumée. Le tirage de cette édition est limité à 1000 exemplaires. Côté Blu-ray, Lady Frankenstein s’offre une présentation Haute-Définition absolument remarquable. Le master restauré ne présente quasiment aucun défaut : les couleurs sont éclatantes et naturelles, le piqué et le niveau de détail ne faiblissent que sur les plans comportant des mentions écrites et/ou des fondus, et l’ensemble affiche un grain argentique scrupuleusement préservé : c’est du très beau travail. Côté son, la VF ainsi que les versions anglaise et italienne du film nous sont proposées dans des mixages DTS-HD Master Audio 2.0, et proposent un rendu sonore clair, net et au final tout à fait recommandable. Même si la version française est plutôt réussie, on privilégiera tout de même la version anglaise, qui nous propose un meilleur équilibre entre les voix, les sons et la musique.

Du côté des suppléments, l’éditeur comme d’habitude a fait du beau travail. Après avoir écouté avec plaisir le CD de la musique du film signée Alessandro Alessandroni (56 minutes), on entrera directement dans le vif du sujet avec un passionnant making of rétrospectif, affichant la durée impressionnante d’1h14. Mené par les anecdotes du réalisateur Mel Welles, ainsi que de plusieurs acteurs du film (Rosalba Neri, Paul Muller…), ce documentaire se fera un point d’honneur à aborder tous les aspects de la production. On s’efforcera dans un premier temps de resituer le film dans son contexte ainsi que dans la carrière de Mel Welles, puis on abordera la genèse du projet, les conditions d’écriture puis de tournage, l’aide précieuse apportée au cinéaste par Roger Corman en échange des droits du film aux Etats-Unis, la participation de Joseph Cotten, les décors ainsi que les effets spéciaux, les différents montages du film, etc, etc. On continuera ensuite avec un entretien avec Rosalba Neri et Fabio Melelli (22 minutes). Historien du cinéma, Fabio Melelli orientera la discussion en révélant de nombreuses informations sur la genèse du film, les acteurs, le tournage et la sortie de Lady Frankenstein en Italie, ce qui permettra à Rosalba Neri de rebondir avec quelques anecdotes sur un tournage dont elle ne garde finalement, et de son propre aveu, qu’un souvenir assez lointain. Enfin, on terminera avec une poignée de scènes érotiques « habillées » (3 minutes), imposées par la production afin de faciliter l’exportation du film, ainsi qu’avec la traditionnelle bande-annonce. Pour vous procurer cette édition limitée à 1000 exemplaires, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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