Test Blu-ray : La ruée des vikings

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La ruée des vikings

Italie, France : 1961
Titre original : Gli invasori
Réalisation : Mario Bava
Scénario : Oreste Biancoli, Piero Pierotti, Mario Bava
Acteurs : Cameron Mitchell, George Ardisson, Ellen Kessler
Éditeur : Le chat qui fume
Durée : 1h30
Genre : Aventures
Date de sortie cinéma : 10 juillet 1963
Date de sortie Blu-ray : 15 avril 2021

Au VIIIème siècle, deux frères, séparés après le meurtre de leur père par l’infâme baron Ruthford, se retrouvent à l’âge adulte, et, bien que combattant dans des camps opposés, vont réunir leurs forces pour anéantir le félon responsable de leur séparation et venger ainsi la mort de leur père…

Le film

[5/5]

Si le nom de Mario Bava est sans doute d’avantage assimilé à la glorieuse tradition du fantastique (on lui attribue notamment la naissance du giallo et même du slasher), le maestro italien a eu une carrière longue et variée, lui ayant permis de s’illustrer également dans d’autres genres du cinéma d’exploitation. Ainsi, en 1961, il s’essayerait au péplum teinté de fantastique avec le formidable Hercule contre les vampires, et prolongerait l’expérience avec La ruée des vikings.

On notera par ailleurs que les sorties des deux films dans les salles italiennes ne furent séparées que d’à peine un mois, ce qui contribuerait sans doute à la création du fameux diction « Hercule en novembre, viking en décembre », qui signifie en gros qu’il faut toujours aller de l’avant, ou plus littéralement qu’il ne sert à rien de reculer sous peine de se voir enseveli sous la neige. Ce dicton évoluerait par la suite, notamment à son arrivée dans les Hauts de France, où il devint rapidement « Si t’Hercule, j’t’incule », développant de fait une petite touche poétique typique des régions du Nord et du Pas-de-Calais, tout en faisant référence, peut-être, à la blondeur proverbiale des vikings d’Europe du Nord.

Mais revenons au film, et à l’éternelle attirance de Bava pour le fantastique. Bien sûr, sur le papier, La ruée des vikings s’impose avant tout comme un enfant illégitime du film de Richard Fleischer Les vikings, sorti sur les écrans du monde entier en 1958. De fait, le film de Bava lorgne sans doute un peu moins « explicitement » du côté du fantastique que son long-métrage précédent, mais affiche néanmoins une ambiance et un style visuel largement teintée de surnaturel, d’étrange, voire même de macabre. Pour autant, les liens avec le film de Fleischer sont évidents : les luttes de conquête entre les Anglais d’un côté et les Vikings de l’autre sont au centre des deux films, de même que l’idée de frères déracinés, séparés par la guerre qui se verront réunis sur le champ de bataille.

S’ouvrant sur une scène d’introduction destinée à nous présenter les deux frères qui deviendront les héros du film, La ruée des vikings est donc un film semblant tout entier construit sur la notion de miroir, ou de gémellité. Chaque élément du récit semble trouver son double à un moment ou à un autre, et cet effet miroir se retrouve même jusque dans la construction des plans de Mario Bava, jouant avec les formes géométriques et s’amusant le plus souvent à remplir le cadre par « paires ». L’exemple le plus évident de cet attachement pour le double tient dans la relation entre Eron (Cameron Mitchell) et Daya (Ellen Kessler), qui se reflète avec celle qui se noue entre Erik (George Ardisson) et Rama (Alice Kessler), la sœur jumelle de Daya.

Visuellement époustouflant, La ruée des vikings s’impose, en l’espace de quelques plans, comme profondément emprunt de la patte graphique du maestro Mario Bava. Soixante ans après sa sortie, on ne pourra que reconnaître le talent fou du cinéaste, qui nous propose quasiment à chaque plan un nouveau régal pour les yeux. Assurant lui-même la photographie de son film, il enchaîne les compositions de plans hallucinantes, exploitant à merveille le format CinemaScope en le remplissant littéralement de détails visuels, de personnages, de décors baroques, de costumes flamboyants, de lumières saisissantes.

Plus personne de nos jours n’ose plus jouer ainsi la carte de l’image, de la surenchère, de l’épate formelle. Chaque mouvement de caméra semble calculé au millimètre pour révéler au spectateur de nouvelles informations visuelles, par le biais par exemple de la profondeur de champ, qui apparaît d’un coup au détour d’un travelling latéral. Avec le recul, cette maestria sans cesse renouvelée nous incite à constater – et à pleurer ! – le pur génie de cinéaste que Bava déployait derrière la caméra, alors même qu’il ne s’agissait là que de ces « débuts » en tant que réalisateur.

L’étourdissante réussite formelle que constitue La ruée des vikings parvient même à faire oublier au spectateur le déroulement du récit, un peu trop cousu de fil blanc et proche dans ses enjeux de celui développé par Richard Fleischer sur Les vikings. S’amusant sans vergogne de ses thématiques presque Shakespeariennes, Mario Bava semblait saisir ici l’occasion de peaufiner son Art en termes de rendu visuel, livrant au spectateur le grand spectacle attendu, sans néanmoins forcément chercher à le surprendre.

Par là même, La ruée des vikings semble le fruit de tous les paradoxes, multipliant les sous-intrigues mélodramatiques et les passages farfelus (le plus souvent amenés par le personnage incarné à l’écran par Franco Giacobini) typiques de la série B, alors même que d’un point de vue stylistique, Mario Bava tend vers la dignité, l’excellence, le faste le plus somptueux.

Du côté des acteurs, on retiendra la prestation de George Ardisson, 30 ans, dans la peau d’Erik le viking ; dans le rôle de son frère, on retrouvera Cameron Mitchell, 43 ans – ce qui nous permettra de noter que l’on vieillit beaucoup plus vite en Norvège qu’en Angleterre. On notera également la présence d’Alice et Ellen Kessler, sœurs jumelles ayant la particularité d’avoir représenté l’Allemagne au 4ème Grand Prix Eurovision de la chanson en 1959, terminant 7ème sur 11 avec leur fameux titre « Heut mocht ich Bummeln ».

Le Blu-ray

[5/5]

Afin de fêter comme il se doit les 60 ans de La ruée des vikings, Le chat qui fume a prix le parti de nous livrer – et ce comme à son habitude – une édition Blu-ray absolument remarquable dédiée au film de Mario Bava. Cette édition, qui se targue d’être un bel objet, se compose d’un sublime digipack trois volets surmonté d’un fourreau cartonné. Les amateurs seront aux anges, d’autant que le design de l’ensemble a été conçu par le talentueux Frédéric Domont, plus connu sous le nom de BaNDiNi. Comble de l’excitation pour les collectionneurs : ce premier pressage est limité à 1000 exemplaires.

Côté Blu-ray, l’image a été restaurée en 2K, et l’ensemble affiche une très belle pêche, avec un grain scrupuleusement préservé et un piqué accru. Les couleurs sont littéralement explosives, et les noirs très intenses et soignés. Les contrastes sont fins et affirmés, et le master semble globalement débarrassé de tous les dégâts infligés par le temps (taches ou autres griffes…). Côté son, la bande-son est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0, en VF et en VO. Les dialogues sont clairs et bien découpés, et la musique est bien mise en avant ; on notera cependant que la version française manque un brin d’ampleur et de naturel.

Du côté des suppléments, on trouvera un entretien avec Loris Loddi (16 minutes), soit l’acteur qui incarne Erik enfant dans la première séquence du film. Il partagera donc ses souvenirs (émus) du tournage et de l’acteur George Ardisson, tout en évoquant en parallèle le reste de sa carrière. Il expliquera que s’il était relativement à l’aise dans l’eau, il ne savait pas pour autant nager, et que ses pleurs étaient de vraies manifestations de sa panique. Il reviendra également sur l’ambiance sur le tournage ainsi que sur sa découverte du film au cinéma. On terminera le tour des suppléments avec la traditionnelle bande-annonce. Pour plus d’informations sur le Blu-ray de La ruée des vikings, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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