DVD — 17 juin 2016
Test Blu-ray : La nuit des diables

Italie, Espagne : 1972
Titre original : La notte dei diavoli
Réalisateur :
Scénario : , ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h29
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 10 avril 1973
Date de sortie DVD/BR : 1 juin 2016

 

 

Trouvé errant dans les bois, totalement amnésique, Nicola se réveille dans une clinique. L’arrivée à son chevet de la belle Sdenka, qui semble le connaître, paraît le rendre furieux. Petit à petit, Nicola commence à se rappeler ce qui lui est arrivé. Après un accident de voiture, il a été recueilli par une famille de paysans semblant volontairement coupée du monde. Il a alors appris avec stupeur que la région était infestée de « vourdalaks », créatures mortes-vivantes buvant le sang de leurs victimes…

 

 

Le film

[4,5/5]

Réalisateur d’une petite quarantaine de longs-métrages en quarante ans de carrière, Giorgio Ferroni a surtout été très prolixe dans les années 60/70 dans deux sous-genres du bis italien : le péplum (six films mettant en scène des musclés en jupettes) et le western (quatre films de cowboys burinés et autres chasseurs de primes). Néanmoins, à deux reprises, il se sera laissé tenter par le cinéma fantastique, signant à douze ans d’intervalles deux sombres pépites désormais reconnues comme de véritables classiques du genre. Si Le moulin des supplices (1960) est disponible en DVD en France depuis une dizaine d’années sous les couleurs de Néo Publishing (éditeur ayant mis la clé sous la porte en 2010 et dont les gérants perclus de dettes ont été aperçus pour la dernière fois en 2012 le front couvert de sueur dans une mine de cuivre en Argentine), La nuit des diables est resté inédit pendant de nombreuses années avant que Le chat qui fume ne se décide à enfin le sortir de l’ombre début juin avec une édition tout simplement définitive.

Pour ceux qui l’ignoreraient, La nuit des diables est l’adaptation d’une nouvelle de Alexis Nikolaïevitch Tolstoï intitulée « La famille du Vourdalak », récemment rééditée en France sous le titre « Une famille de vampires » (2011, éd. de L’Herne). Cette nouvelle avait déjà été adaptée au cinéma en 1963, et composait le deuxième sketch du chef d’œuvre de Mario Bava Les trois visages de la peur. Dix ans plus tard néanmoins, les événements de mai 68 en Italie ont largement contribué à libérer les mœurs ritales, et le cinéma comme les autres Arts se démarquent largement du « classicisme » et de l’élégance du Bava de 1963. Aussi La nuit des diables s’ouvre-t-il sur une première séquence rompant on ne peut plus nettement avec son modèle : on y voit le héros du film, Gianni Garko, subir des tests médicaux très influencés par ceux d’Orange mécanique (1971), et le spectateur d’assister d’entrée de jeu à un déferlement d’images gore (un cœur retiré à mains nues, une tête qui explose littéralement sous des projectiles) et érotiques (caresses et corps nus filmés sous toutes les coutures). On pense évidemment au film de Kubrick pour le côté dérangeant et sexuel, mais également aux débordements de tripaille joyeusement perpétrés par Herschell Gordon Lewis dans sa série de films gorasses des années 60/70 (Blood feast, 2000 maniacs!, A taste of blood, The wizard of Gore…).

Mais si l’entame du film se fait donc sous le signe de l’excès, préfigurant pour beaucoup les déviances sanglantes et sexuelles à venir dans les gialli des années qui suivraient, chez Dario Argento et surtout Lucio Fulci, La nuit des diables opère par la suite un changement de cap assez radical : à travers le flash-back du personnage de Gianni Garko, on revient d’avantage à un style moins frontal, plus atmosphérique, développant son intrigue et ses personnages de façon plus élégante, et laissant monter cran par cran une tension qui ne lâchera pas le spectateur jusqu’en fin de métrage. Comme pour souligner cette opposition visuelle entre des éléments picturaux directement hérités de l’âge d’or du fantastique italien et ceux, nettement plus graphiques, du renouveau du genre (et signés par la légende des effets spéciaux Carlo Rambaldi), Ferroni développe au fur et à mesure qu’il avance dans son film une idée de mélancolie de plus en plus forte, portée par la prestation impeccable d’Agostina Belli et que regimbe encore d’avantage le superbe thème musical (d’une tristesse absolue !) fredonné par Edda Dell’Orso, inoubliable chanteuse ayant beaucoup travaillé avec Ennio Morricone (sur Il était une fois dans l’Ouest notamment). En deux mots comme en cent, La nuit des diables démontre encore aujourd’hui à quel point la patte de Giorgio Ferroni a marqué au fer rouge le cinéma fantastique européen. Quel gâchis qu’il n’ait signé que deux films horrifiques…

 

Le Blu-ray

[5/5]

Inépuisable (malgré ses poumons noircis par le tabac), Le chat qui fume nous proposait début juin, parallèlement à son beau combo Blu-ray / DVD d’Exorcisme tragique (lire notre article), de redécouvrir La nuit des diables, également disponible dans un combo Blu-ray + 2 DVD au packaging soigné (un digipack 3 volets avec une maquette du tonnerre). Petit éditeur indépendant, Le chat chouchoute ses consommateurs, et met vraiment du soin à nous proposer des produits classieux. Commençons par les banalités d’usage : le film est bien entendu présenté en version intégrale, au format 2.35:1 Scope respecté et dans un tout nouveau transfert HD.

Le master, stable et propre, a été restauré et s’affiche aujourd’hui débarrasé de la moindre trace de griffes ou autres poussières. La définition est accrue, contrastes et couleurs sont solides, et si le film manque certainement de piqué, cela est sans doute imputable au travail sur la photo de Manuel Berenguer et à la granulation d’origine, qui ont été tous deux scrupuleusement respectés ; en revanche, La nuit des diables s’offre une profondeur de champs inédite. Le transfert est indubitablement soigné, et la qualité du travail de l’éditeur ne se dément à nouveau pas du tout, même si, bien sûr, les plans en basse lumière accusent un peu du poids des années ; cela dit, le film est rare, sa conservation est déjà assez miraculeuse et la présentation dans son ensemble ne manquera pas de vous étonner. Côté son, on pourra savourer le film soit en version originale italienne, soit en version française d’origine, toutes deux étant mixées en DTS-HD Master Audio 2.0 et proposant un confort d’écoute optimal, bien que toutes deux soient assez saturées. Clairs et équilibrés, les deux mixages sont vierges de tout parasite, larsen ou autre pétouille sonore.

Du côté des suppléments, rigueur, passion et générosité semblent être les maîtres mots du Chat qui fume. On commence donc avec une fine analyse du film par Olivier Père, s’appuyant essentiellement sur le personnage de Sdenka – on notera cependant qu’il convient de la regarder après le film car la prestation de Père contient quelques « spoilers ». Ensuite, on se régalera de retrouver des représentants de tous les métiers s’exprimant sur le film : on commencera avec les acteurs, avec des entretiens avec Gianni Garko, Agostina Belli et qui reviendront pendant approximativement une heure sur leurs souvenirs et leurs carrières respectives. Généreux et sympathiques, ils se remémorent quelques anecdotes, parfois fort amusantes. Le montage habile des équipes de Freak-O-Rama, partenaire italien du Chat qui fume, tire le meilleur des intervenants qui prennent le temps de parler dans une ambiance détendue. Mais ce n’est pas terminé puisque l’on trouvera également des représentants de l’équipe technique, avec des entretiens avec Nino Celeste (assistant caméraman) et Giorgio Gaslini (compositeur) qui partagent pendant 40 minutes supplémentaires leurs souvenirs d’un cinéaste finalement encore trop peu connu et mystérieux. Le tour de l’œuvre est donc fait, sans le moindre doute – c’est bien simple, pour trouver une édition plus complète de La nuit des diables, il faudrait tabler sur le fait de rajouter une séance de spiritisme invoquant l’esprit de Giorgio Ferroni…

Le début alternatif français, plus soft et anecdotique, est également disponible en bonus, de même que le désormais traditionnel « La nuit des diables en mode VHS », qui nous montre à quel point on revient de loin côté restauration ; en l’état, on se laisse dire qu’il s’agit d’un supplément essentiellement destiné aux masochistes désireux à tout prix de retrouver les sensations qu’ils ont pu ressentir en découvrant, enfant, la K7 vidéo du film – édifiant autant qu’hilarant. Last but not least, et pour ceux et celles qui comptent de nombreux déplacements en voiture parmi les inconvénients de leur travail, l’éditeur propose également l’intégralité de la nouvelle originale « La famille du Vourdalak » en livre audio : l’idéal pour combler idéalement quelques heures passées dans les transports !

Enfin, on terminera le tour de cette riche interactivité avec une poignée de bandes-annonces de l’éditeur : Exorcisme tragique, La nuit des diables, Terreur sur la lagune – ceux-ci, si vous avez bien suivi notre papier sur les sorties à venir du Chat qui fume, vous les connaissiez déjà. Plus étonnant, l’éditeur nous propose également les bandes-annonces de Tropique du cancer (Edoardo Mulargia et Giampaolo Lomi, 1972), avec Anita Strindberg, Antony Steffen et Gabriele Tinti, ainsi que celle de La soeur d’Ursula (Enzo Milioni, 1978) avec Barbara Magnolfi et Marc Porel. On soupçonnait donc des sorties à venir, ce que Le chat qui fume vient de confirmer sur son Facebook officiel.

Le coffret « combo » contient également deux DVD : le premier contient le film au format SD (et 25 fps). Sur le second DVD, on trouvera l’intégralité des suppléments présents sur le Blu-ray, à l’exception du film « en mode VHS ».

Vous l’aurez compris, il n’existe qu’une seule alternative : quittez sur le champ critique-film.fr (vous reviendrez après) afin de foncer sur le site de l’éditeur pour acquérir ce nouveau bijou, qui méritait bien qu’on lui consacre un poème en alexandrins !

Il avance dans la nuit et il voit dans le noir
Ses poumons encrassés ne l’empêchent de trouver
Des copies impeccables et bonus de bâtard
Qui viendront enrichir sa collec’ de Blu-ray
Alors quitte la table, laisse tomber tes légumes
Et viens plutôt t’assoir, mater du Chat qui fume !

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles