Test Blu-ray : La momie sanglante

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La momie sanglante

Royaume-Uni : 1971
Titre original : Blood from the mummy’s tomb
Réalisation : Seth Holt
Scénario : Christopher Wicking
Acteurs : Andrew Keir, Valerie Leon, James Villiers
Éditeur : Tamasa Diffusion
Durée : 1h34
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 28 juillet 1971
Date de sortie DVD/BR : 30 novembre 2020

En ramenant d’Egypte un antique sarcophage, une équipe d’archéologue ne s’imagine pas avoir réveillé le mal absolu : l’esprit d’une antique reine de l’Obscurité au temps des pharaons. Pourtant d’étranges évènements surviennent et coïncident avec l’arrivée de la relique à Londres, notamment le comportement d’une jeune fille qui semble être possédée par l’esprit…

Le film

[4/5]

La momie sanglante est le quatrième – et dernier – film de la Hammer consacré au personnage classique de la « Momie ». Décidément désireuse de féminiser les grandes figures mythiques de l’épouvante classique, la firme britannique a décidé en 1970, parallèlement au très réussi Dr Jekyll et Sister Hyde, de faire de la traditionnelle Momie non pas un vieux pharaon couvert de bandelettes poussiéreuses, mais une reine égyptienne étonnamment maintenue dans un parfait état de conservation, attendant depuis des siècles l’éventualité de sa « renaissance ». Voilà qui changeait considérablement la donne…

Librement adapté du roman de Bram Stoker « Le joyau des sept étoiles », La momie sanglante propose donc au spectateur une intéressante touche de nouveauté, dont le charme sera confirmé par un rythme soutenu, allant toujours de l’avant malgré un enchaînement de situations parfois confus, donnant un peu l’impression de passer sans transition d’une idée à l’autre, d’une séquence à une autre, au point que l’on a parfois un peu de mal à se repérer dans l’intrigue mais également dans l’espace, voire le temps.

En effet, cette narration hachurée confère finalement à La momie sanglante un charme particulier, renforcé par une séquence d’ouverture nous présentant le personnage principal, incarné par Valerie Leon, en train de se débattre avec un de ses cauchemars. Cette entrée en matière contribue à faire naître au cœur du long-métrage une ambiance volontiers bizarre, proche du rêve éveillé et vaguement oppressante, sentiment consolidé par l’utilisation régulières de plans obliques, désaxés, en plongée ou contre-plongée (telle que cette séquence extraordinaire mettant en scène la mort du personnage campé par George Coulouris).

Cette logique narrative tortueuse, en partie imputable à la production contrariée du film (le réalisateur Steh Holt est mort durant le tournage), donne donc à La momie sanglante une coloration assez singulière par rapport aux autres productions Hammer. Mais ce n’est pas le seul élément du film qui contribuera à plonger le spectateur dans une ambiance finalement assez proche du « rêve », Sanctuaire. En effet, en plus de faire fi de toute idée de linéarité ou de continuité dramatique, le film de Seth Holt tend également à « perdre » le spectateur dans le temps, dans le sens où il pourra se demander à quelle époque est censée se dérouler le film.

La momie sanglante met en effet en scène des intérieurs bourgeois assez cossus, typiques de l’Angleterre Victorienne. En revanche, le véhicule que conduit Tod Browning (Mark Edwards) dans le film est plutôt typique des années 30 – une MG série T si on ne se trompe pas, même si la plupart des véhicules que l’on peut apercevoir en arrière-plan semblent plutôt dater de la fin des années 60. Le flou continue si l’on jette un œil à la garde-robe des personnages du film, plutôt exubérante et très connotée 70’s. Parmi les exemples les plus flagrants, le personnage de Corbeck (James Villiers) se donne des airs de Pimp avec sa canne et ses airs de bourgeois décadent, tandis que celui du Dr Putnam (Aubrey Morris), avec ses costards élégants et ses grosses lunettes affiche un style nouveau riche fraîchement débarqué de Las Vegas.

En deux mots, La momie sanglante semble tout mettre en œuvre pour placer le spectateur hors du temps, au cœur d’une Angleterre fantasmée. Et si l’ensemble pourra certes paraître un peu décousu à l’arrivée, le film de Seth Holt conserve une curieuse homogénéité, probablement grâce à la profusion d’idées proposées par le scénariste Christopher Wicking, et grâce à la superbe photo de l’ensemble, qui nous propose une poignée de plans littéralement superbes.

Ni aussi gore ni aussi sexy que bien d’autres film produits par la Hammer à l’époque, La momie sanglante s’impose cependant au final comme une solide variation sur le thème de la Momie, apportant clairement un nouveau souffle à une franchise qui en avait besoin.

Le Blu-ray

[5/5]


A ce jour, La momie sanglante est uniquement disponible en Blu-ray au sein du coffret Hammer 1970-1976 – Sex & Blood, disponible chez Tamasa Diffusion depuis le 30 novembre. Ce coffret est disponible en édition limitée et numérotée à 2 000 exemplaires, et nous propose sept films produits par le studio Hammer dans les années 70, dans de superbes versions restaurées, scannées en 4K et restaurés en 2K sous la supervision de Mark Bonnici. Plutôt que d’évoquer la sortie de ce coffret majeur dans un papier lapidaire qui nous aurait contraint à évoquer les films de façon trop rapide, on a pris le parti d’évoquer chaque film de façon individuelle, dans une série d’articles qui paraitront dans les jours et semaines à venir. Sur les sept films qui composent le coffret Hammer 1970-1976 – Sex & Blood, seuls six étaient jusqu’ici disponibles en France au format DVD, chez StudioCanal. Les films disponibles au sein du coffret sont les suivants : Les horreurs de Frankenstein (1970, inédit en DVD), Les cicatrices de Dracula (1970), Dr Jekyll et Sister Hyde (1971), La momie sanglante (1971), Sueur froide dans la nuit (1972), Les démons de l’esprit (1973) et Une fille pour le Diable (1976).

Côté Blu-ray, le travail éditorial fourni par Tamasa Diffusion sur les films composant le coffret Hammer 1970-1976 – Sex & Blood est tout simplement magnifique et remarquable. Chaque film nous est proposé dans une superbe copie restaurée, respectueuse du grain d’origine, avec un beau piqué et des couleurs qui en envoient littéralement plein les mirettes. La restauration a fait place nette des poussières et autres points blancs, et le résultat s’avère vraiment excellent. Côté son, la version originale ainsi que la version française d’époque (quand celle-ci existe) sont proposées en Dolby Digital 2.0 (mono d’origine), et le rendu acoustique s’avère, dans chaque cas, parfaitement clair, net et sans bavures. Dans le cas de La momie sanglante, VF et VO sont disponibles.

C’est bien entendu du côté des suppléments que chaque galette Blu-ray diffère un peu de sa voisine. Sur le Blu-ray de La momie sanglante, on trouvera tout d’abord une présentation du film par Nicolas Stanzick (« Un tournage maudit », 40 minutes). Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Nicolas Stanzick est « LE » grand spécialiste français de la Hammer, auteur de l’ouvrage de référence Dans les griffes de la Hammer (éditions Bord de l’Eau, 2010).

Sa présentation s’attardera finalement moins au film à proprement parler qu’à son contexte de production. Il remettra donc le tournage du film dans son contexte de production, s’attardant longuement sur la situation de la Hammer en 1970 ainsi sur que sur les relations père / fils pour le moins tendues entre James et Michael Carreras. Il reviendra également sur la réputation de film maudit de La momie sanglante : le tournage du film commence avec Peter Cushing dans le rôle du professeur Fuchs, mais celui-ci doit rompre son contrat afin de courir au chevet de sa femme mourante. La série noire continuera ensuite avec le décès de Seth Holt une semaine avant la fin du tournage, qui forcera Michael Carreras à terminer et à monter le film. Il terminera en dressant un parallèle entre le film et le déclin de la Hammer de l’époque.

On continuera avec une intéressante featurette intitulée « La malédiction du pharaon » (19 minutes), qui reviendra sur l’histoire de la production du film, rythmée par des entretiens avec les historiens du cinéma Kevin Lyons, John J. Johnston, Alan Barnes et Jonathan Rigby. Ils y reviendront sur les drames survenus durant la production du film, mais s’attarderont en revanche d’avantage sur ses qualités. L’actrice Valerie Leon sera également de la partie, se remémorant le tournage du film presque 50 ans après sa sortie. Tous les intervenants salueront d’ailleurs sa prestation, Jonathan Rigby soulignant que Leon avait tourné dans la « Sainte Trinité » du cinéma britannique, en jouant tout à la fois pour la Hammer, en devenant James Bond girl et en interprétant plusieurs rôles dans la série de films Carry on, quasiment inconnue en France mais comptant tout de même une trentaine de long-métrages tournés entre 1958 et 1992.

Avant de terminer avec la traditionnelle bande-annonce du film, on s’arrêtera sur un épisode de « Hammer, l’horrifique histoire » par Bruno Terrier (8 minutes), consacré au « public » des films produits par la firme britannique. Le gérant de la boutique parisienne Metaluna, véritable puits de science, reviendra donc sur le profil-type des amoureux de la Hammer en fonction des périodes, pour finalement en conclure qu’il n’y a pas réellement de « règles ».

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