DVD — 14 juin 2016
Test Blu-ray : Exorcisme tragique

Italie : 1972
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h28
Genre : Giallo
Date de sortie DVD/BR : 1 juin 2016

 

 

A l’âge de huit ans, Marialé assiste aux meurtres de sa mère et de son amant par son père. Adulte, elle vit recluse dans un château avec Paolo, son mari. Sans l’en avertir, et pour briser la monotonie dans laquelle elle se confine, elle décide d’inviter plusieurs amis à passer un week-end festif. Revêtant la robe blanche et tachée de sang que sa mère portait à sa mort, Marialé décide d’affronter les démons de son passé, tandis que les occupants du château meurent un par un autour d’elle…

 

 

Le film

[4,5/5]

Vous pouvez tenter l’expérience autour de vous : à l’annonce du doux nom de Romano Scavolini, les oreilles de l’amateur de bis craspec et de « video nasties » ayant fait les beaux jours des vidéo-clubs des années 80 se dressent immédiatement, comme irrémédiablement attirés par un radar mystérieux, que seul semble animer le goût du sang et de l’étrange. En effet, l’homme s’est essentiellement fait connaître avec le superbe et bien glauque Cauchemars à Daytona Beach en 1981, démarcation sanglante du Maniac de William Lustig tourné l’année précédente, et dont la version intégrale est malheureusement toujours inédite en France, les heureux possesseurs de la VHS « uncut » la chérissant comme un Graal absolu, vivant presque en ermites afin de se protéger des ondes magnétiques qui pourraient en altérer la bande.

Mais il serait absolument erroné de considérer Scavolini comme l’homme d’un seul film : il fait juste partie de ces quelques cinéastes dont la plupart des films sont aujourd’hui quasiment invisibles. Exorcisme tragique, également connu sous le titre (qui, si absurde qu’il puisse paraître, est finalement plus fidèle à l’esprit du film), fait partie ceux-ci : quasiment introuvable en France depuis de nombreuses années, le film de Scavolini est un « giallo » n’appartenant pas strictement au genre… Le cinéaste prend en effet un malin plaisir à mélanger les genres, puisque beaucoup d’éléments de son récit semblent directement hérités des grandes heures du gothique italien (le château, l’ombre du passé qui plane au-dessus de tous les personnages, comme une menace fantomatique). Et si au cœur de Un bianco vestito per Mariale (titre original du film), il saupoudre volontiers le tout d’un érotisme assez gratuit et complaisant, ceci laisse penser que le fait de se laisser aller à toutes les dérives du cinéma d’exploitation de l’époque (même le « mondo », avec cette scène mémorable du singe bouffant l’oiseau au début du métrage) est une façon détournée de souligner qu’il met en scène toute la décadence de la société italienne des 70’s (représentée par le groupe d’invités, aux mœurs dissolues et psychédéliques) au cœur même d’un film portant les oripeaux d’un genre noble mais malheureusement tombé en désuétude. Mais comme souvent dans le giallo, la perversité et les déviances seront punies de mort : la morale catholique est sauve.

Par ce mélange des genres tenant quasiment du grand écart esthétique, Exorcisme tragique porte les stigmates du film de commande transcendé par un artiste de génie : visiblement peu intéressé par un récit d’une linéarité désarmante, Scavolini aura décidé de le « dynamiter » de l’intérieur, à la façon d’un Mario Bava transformant de simples petites productions horrifiques en chefs d’œuvres avec L’ile de l’épouvante (1970) ou encore La baie sanglante (1971). Comme Bava d’ailleurs, Scavolini occupe à la fois les postes de réalisateur et de directeur photo sur son film, dont il compose les plans avec une habileté de tous les instants. De fait, Exorcisme tragique est un film formellement somptueux. Absolument superbe d’un point de vue visuel, il confronte le trash et la beauté la plus pure, et porte en lui les germes de son cinéma à venir : le trauma lié à l’enfance, la violence, la décadence morale et sexuelle… Tout cela se retrouvera également dans Cauchemars à Daytona Beach.

Exorcisme tragique est donc un film très intéressant, un « giallo » n’appartenant pas à 100% au genre (d’aucuns appellent ça du renouvellement, d’autres n’y voient que trahison), comptant néanmoins son lot de jolis meurtres au couteau ou au rasoir. La musique de Fiorenzo Carpi est pour le moins entêtante, et contribuera certainement au charme de l’ensemble, slalomant comme l’image entre les compositions classiques du genre et les thèmes pop « so 70’s » accolés aux séquences les plus décadentes. Du côté des acteurs, outre Evelyn Stewart (, une habituée du spaghetti et du giallo, vue dans La queue du scorpion et Un papillon aux ailes ensanglantées), on notera la présence au générique de Luigi Pistilli (La baie sanglante) et surtout d’Ivan Rassimov, qui a débuté sa carrière avec La planète des vampires pour ensuite connaître toutes les couleurs du bis, du western spagh’ au film de cannibales en passant par le giallo aux côtés d’Edwige Fenech, le polar ou la science-fiction post-apocalyptique…

 

Le Blu-ray

[5/5]

Longtemps invisible, Exorcisme tragique vient de débarquer dans un sublime combo Blu-ray + 2 DVD sous les couleurs du Chat qui fume. Le packaging en digipack 3 volets dénote déjà de tout le soin de l’éditeur à proposer un produit de luxe ; le film est par ailleurs présenté en version intégrale, au format 2.35:1 Scope respecté et dans un tout nouveau transfert HD à tomber à la renverse. La préservation maniaque du grain argentique ne gâche en rien une définition exemplaire, riche d’un niveau de détail souvent surprenant. Les riches éléments de décor apparaissent dans leur plus baroque netteté, les couleurs vives et saturées sont d’une tenue exemplaire, bref, c’est du tout bon. La préservation des tons d’origine a été très soignée, seuls peut-être quelques noirs et séquences en très basse lumière laissent apparaître une petite granulation excessive, mais on préfère nettement cela à une utilisation intempestive du réducteur de bruit. Côté son, Le chat qui fume nous propose de (re)découvrir le film soit dans sa version originale italienne, soit dans sa version française d’origine, repassant au rital pendant les courtes séquences inédites. Toutes deux sont mixées en DTS-HD Master Audio 2.0 (stéréo) et vierges de tout parasite ou petite pétouille sonore. La piste française est un peu inférieure au niveau du rendu général, avec des dialogues plus élevés et un léger souffle perceptibles durant les séquences les plus silencieuses du film. Bref, un nouveau sans faute à mettre à l’actif de l’éditeur français, quelques mois à peine après la parution de leur tout premier Blu-ray, Le venin de la peur (lire notre article, et pour ceux qui ne l’auraient pas déjà, profitez de la baisse de prix à partir du 1er juillet sur les dernières pièces sur le site du Chat qui fume !)

Du côté des suppléments, Le chat qui fume refait dans le lourd et l’indispensable, avec une blinde de bonus inédits et passionnants. On commencera avec un long, très riche et INÉDIT entretien avec Evelyn Stewart (Ida Galli). Passionnée, bavarde, elle revient sur l’ensemble de sa carrière aux côtés de cinéastes aussi variés que Luchino Visconti et Lucio Fulci. L’entretien dure presque une heure, et les puristes et autres aficionados du genre horrifique le trouveront peut-être un peu long : mais honnêtement, comment couper la parole (ou couper au montage) un ensemble de propos aussi humbles et passionnants ? On continue avec un entretien avec Romano Scavolini, qui était en revanche déjà présent sur l’édition Blu-ray du film éditée par Camera Obscura (Allemagne). Ce dernier s’y avère également passionnant et peu avare en anecdotes et détails techniques – de quoi clouer le bec à tous ceux qui ne voient lui qu’un opportuniste : il parle et explique ses choix à la façon d’un véritable technicien, chose dont, on en est à peu près sûr, David Lynch serait absolument incapable (oui, c’était la petite pique gratuite du jour). On trouvera également une série de scènes inédites (cinq minutes environ), également disponibles sur l’édition allemande.

On poursuit avec plaisir avec une présentation / analyse du film par Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque française, dont la justesse et la pertinence ont toujours la manie de me filer des complexes (ce mec a tellement de talent que quand on passe derrière lui, on a toujours l’impression de ne rien avoir à dire). En quelques minutes à peine, il parvient à dresser un état des lieux des diverses influences ayant finalement permis la naissance d’Exorcisme tragique sous la forme qu’on lui connait. On aura également droit à une seconde présentation / analyse du film, audio cette fois, menée par Olivier Rossignot (Culturopoing).

L’exploration de la section suppléments continue avec Exorcisme tragique en mode VHS : comme pour Le venin de la peur l’année dernière, l’éditeur nous propose de nous rendre compte d’à quel point on « revient de loin » avec une copie fidèle de la VHS du film, sortie chez TéléMondial en 1975. Pas au format, image dégueulasse, son étouffé, la grande époque de la K7 Vidéo, une époque « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », encore que… Si vous me permettez un aparté personnel, ma fille de six ans a bien assimilé qu’ « avant les DVD, on regardait les films sur des K7, des grosses boites noires ».

Enfin, on terminera le tour de cette riche interactivité avec une poignée de bandes-annonces de l’éditeur : Exorcisme tragique, La nuit des diables, Terreur sur la lagune – ceux-ci, si vous avez bien suivi notre papier sur les sorties à venir du Chat qui fume, vous les connaissiez déjà. Plus étonnant, l’éditeur nous propose également les bandes-annonces de Tropique du cancer (Edoardo Mulargia et Giampaolo Lomi, 1972), avec Anita Strindberg, Antony Steffen et Gabriele Tinti, ainsi que celle de La soeur d’Ursula (Enzo Milioni, 1978) avec Barbara Magnolfi et Marc Porel. On soupçonnait donc des sorties à venir, ce que Le chat qui fume vient de confirmer sur son Facebook officiel.

Le coffret « combo » contient également deux DVD : le premier contient le film au format SD (et 25 fps). Sur le second DVD, on trouvera l’intégralité des suppléments présents sur le Blu-ray, à l’exception du film « en mode VHS ». Est-il encore nécessaire de préciser qu’il s’agit là d’une sortie IN-DIS-PEN-SA-BLE ?

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles

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