Test Blu-ray : Cyborg

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États-Unis : 1989
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Albert Pyun
Acteurs : Jean-Claude Van Damme, ,
Éditeur :
Durée : 1h26
Genre : Science-Fiction, Action
Date de sortie cinéma : 7 juin 1989
Date de sortie DVD/BR : 2 décembre 2020

Dévastée par l’anarchie sociale et la peste, l’Amérique du 21e siècle est plongée dasn un cauchemar barbare. Seul Pearl Prophet, une magnifique femme mi-humaine / mi-robot, a les connaissances nécessaires pour développer un vaccin. Mais au cours de sa quête désespérée pour sauver le monde, Pearl est capturée par des pirates cannibales qui veulent garder l’antidote pour eux… et dominer le Terre ! A présent, seuls les incroyables talents de combattant de Gibson Rickenbaker peuvent la sauver, et avec elle le reste de la civilisation…

Le film

[5/5]

En 35 ans de carrière et plus de 50 films, Albert Pyun n’a jamais réellement connu d’égards de la part des médias ; au contraire, ce cinéaste américain d’origine Hawaïenne est souvent la cible des quolibets et autres sous-entendus dénigrant régulièrement son talent de metteur en scène. Heureusement, ces quinze dernières années ont vu grandir la sphère Internet, amenant avec elle l’avènement de l’ère du « bis » – hier relégué aux bas-fonds de la cinéphagie la plus douteuse, le cinéma d’exploitation est aujourd’hui perçu comme une forme d’Art incontournable. Ainsi, à l’âge de presque 68 ans, Albert Pyun bénéficie maintenant grâce aux réseaux sociaux d’une communauté de plusieurs milliers de fans à travers le monde, qu’il informe généreusement de l’avancée de ses projets via Facebook.

La plupart des cinéphiles amoureux du travail d’Albert Pyun l’ont découvert dans les années 80, avec le succès de Cyborg en 1989, avec Jean-Claude Van Damme, puis avec Kickboxer 2 (écrit par David S. Goyer !), sorti en France en 1991. Ses films suivants, s’ils ont régulièrement été d’énormes cartons en vidéo (VHS, DVD), n’ont en revanche jamais bénéficié de sorties dans les salles obscures de l’hexagone. Ils mettaient pourtant en scène de solides acteurs habitués de la série B, tels que Christophe Lambert, Steven Seagal, Rutger Hauer, Tom Sizemore, Dennis Hopper, Charlie Sheen, Brion James, Robert Patrick, Kris Kristofferson, Lance Henriksen ou encore Ice-T…

De fait, il avait fallu attendre que le support Blu-ray fête ses dix ans d’existence en France pour qu’Albert Pyun connaisse ENFIN les honneurs d’une sortie Haute-Définition dans l’hexagone, grâce à deux bi-packs édités par Metropolitan Vidéo, et contenant les films Nemesis (1992) / Mean guns (1997), puis Crazy Six (1998) / Explosion imminente (2001). Aujourd’hui, grâce à l’acharnement de Lionheart Éditions, c’est probablement le film le plus connu et le plus populaire d’Albert Pyun qui voit le jour en Blu-ray : le célèbre Cyborg avec Jean-Claude Van Damme.

Si le cinéma d’Albert Pyun est encore trop souvent sous-estimé, voire même parfois balayé d’un revers de la main par certains cinéphiles par trop influencés par la critique « installée » et snobinarde, Cyborg n’en demeure pas moins un diamant brut ayant bercé la jeunesse et enflammé l’imagination de toute une génération de cinéphages. Produit et distribué par la Cannon, immense pourvoyeur de « gros » cinéma populaire dans les années 80, Cyborg est un film d’action post-apocalyptique simple, direct et extrêmement efficace.

Développant un style visuel en avance sur son temps, qui se verrait allégrement pillé tout au long des années 90 par toute une vague de séries B post-nuke plus ou moins empruntes d’esprit comics et jeux vidéo, Cyborg a marqué au fer rouge de nombreux amateurs de science-fiction et de cinéma d’action. Ayant pour la plupart découvert le film d’Albert Pyun sur support VHS, ces jeunes cinéphiles furent à l’époque au moins aussi impressionnés par la mise en place d’un univers post-nuke cruel et complexe, rappelant le meilleur de la bande dessinée SF britannique (Judge Dredd, Tank Girl, Sláine) que par les prouesses physiques de Jean-Claude Van Damme.

Visuellement, Cyborg est certes marqué par un côté un peu « cheap » lié au décalage des trente ans qui nous séparent de sa sortie dans les salles, mais on admettra tout de même que le soin apporté aux décors, et aux nombreux détails morbides de ces derniers – des corps calcinés ou massacrés jonchent littéralement tous les plans du film. De fait, le film d’Albert Pyun emmènera le spectateur au cœur même d’un univers baroque et outrancier. Extra-terrestre à Hollywood, Pyun commençait déjà à développer dans Cyborg son obsession pour les robots, les cyborgs et les circuits imprimés. Cette sincérité frontale est une des caractéristiques les plus notables de l’univers qu’il nous propose ici.

Pouvant être vu comme un brillant brouillon de Nemesis, son chef d’œuvre à venir, Cyborg est donc finalement tout à fait représentatif du cinéma d’Albert Pyun. Fauché, foutraque, mais appliqué : impossible en effet de ne pas s’incliner devant la réussite visuelle du film, qui nous offre un spectacle formel complètement barré, à la façon d’un délire de chez Troma Entertainment. Si le schéma narratif du film reste relativement basique et que l’ensemble manque toujours un peu de profondeur, Cyborg en revanche marque des points grâce à son ambiance très 80’s, et dans la façon dont il suggère une destinée méta-christique dans le parcours du jeune Jean-Claude Van Damme.

La grande force de Cyborg, c’est de masquer son manque de budget par une énergie implacable et un rythme littéralement effréné. La musique du film, signée Kevin Bassinson, est également de qualité, utilisant des rythmes accélérés afin de créer un sentiment sous-jacent de terreur et de désespoir. Les flashbacks sont brefs et ne ralentissent jamais le déroulement des événements.

Bref, Albert Pyun parvient réellement à tirer le meilleur parti de son petit budget, lui imprimant même un certain style à travers de nombreux plans iconiques utilisant parfaitement les possibilités physiques de Jean-Claude Van Damme.

Bref, trente ans après sa sortie dans les salles, Cyborg reste un petit bijou de divertissement, étonnamment bien fait et exécuté – un attachant bordel en somme, et pur plaisir régressif pour les cinéphiles faisant partie de cette génération ayant grandi à l’ère où les VHS de vidéoclubs traînaient dans le bac à jouets aux côtés des figurines des Maitres de l’univers. Une vraie madeleine de Proust, si tant est que vous soyez sensibles au charme discret d’un boulon ensanglanté, ou d’une Del rouge en guise de regard.

Le Combo Blu-ray / DVD

[5/5]

Les petits gars de chez Lionheart Éditions ont beau avoir pris du retard – confinement et re-confinement obligent – dans la livraison de leur édition Blu-ray de Cyborg, le film s’affiche aujourd’hui dans un riche et superbe Combo Blu-ray + DVD, présenté dans un superbe digibook surmonté d’un étui rigide du meilleur effet, et proposant de plus un tout nouveau visuel signé pour l’occasion par Laurent Melki, artiste culte des années vidéoclub.

Côté image, l’éditeur nous propose sur ce Blu-ray de Cyborg un résultat absolument satisfaisant, respectant les couleurs, les contrastes et la granulation d’origine ; malgré quelques taches et/ou poussières, l’ensemble s’avère propre et stable. Il y a certainement quelques prises de vue plus douces, mais on suppose qu’elles sont d’origine. L’upgrade est néanmoins particulièrement net, surtout au regard des anciennes versions dont nous disposions jusqu’ici, que cela soit en VHS ou en DVD. Du côté des enceintes, le film est proposé en VF et en VO, en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine : les dialogues sont clairs, équilibrés et sans souffle parasite. La musique tire également plutôt bien son épingle du jeu.

A film attendu, interactivité foisonnante : la section suppléments de cette édition Blu-ray / DVD de Cyborg s’avère d’une richesse impressionnante. On commencera donc avec un passionnant making of rétrospectif (29 minutes). Ce module nous propose un très intéressant retour sur le film grâce à des entretiens avec Albert Pyun, Rozanne Zingale (montage), de Philip Alan Waters (photographie) ainsi que de certains acteurs du film, tels que Deborah Richter (Nady), Terrie Batson (Mary) et Vincent Klyn (le méchant Fender). Les anecdotes sont nombreuses, notamment concernant le tournage, le casting ou les problèmes entre Albert Pyun et ses producteurs de la Cannon. La pérennité du film et le regain d’intérêt pour celui-ci ces dix dernières années sont également évoqués.

On continuera ensuite avec une analyse du film par Arthur Cauras (30 minutes). Cinéaste, notamment connu pour ses travaux dans le domaine du MMA et/ou pour le compte des productions Forge, grand amateur du cinéma d’Albert Pyun, le brillant Arthur Cauras est également parfois connu, sur certains forums dédiés au cinéma de genre, sous le pseudonyme de « Colossus ». Faisant partie, avec son ami Ludovic De Gaillande, de la nouvelle vague du cinéma de genre made in France, Arthur Cauras reviendra sur l’ensemble de la carrière d’Albert Pyun avant d’aborder la genèse de Cyborg, son tournage et sa post-production mouvementée, ainsi que les différences entre la version cinéma et le montage « director’s cut », intitulé Slinger. Ce montage sera également évoqué par le cinéaste lui-même dans la présentation du film par Albert Pyun (4 minutes), qui résumera surtout ses mésaventures avec la Cannon et le fait qu’il désavoue presque complètement le film tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Les complétistes et les passionnés par l’objet cinématographique singulier que constitue Cyborg apprécieront également de pouvoir se pencher sur une copie de travail du film reconstituée en 2011 par Albert Pyun à partir de plusieurs sources hétéroclites. Il s’agit donc d’un montage alternatif qui, s’il ne respecte pas la volonté première du cinéaste (qui voulait signer un opéra-rock muet et en noir et blanc), s’avère tout de même une sacrée curiosité. Le tout est présenté « dans son jus » d’origine, avec une qualité proche de celle d’une VHS, mais ce montage a le mérite d’exister.

On continuera ensuite avec un très intéressant entretien avec Laurent Melki (8 minutes), dessinateur et illustrateur célèbre pour ses nombreuses affiches de films et de VHS, ainsi que pour les plus belles couvertures de Mad Movies et Impact à la grande époque de ces deux revues. Il reviendra brièvement sur sa carrière, son travail ainsi que sur ses plus célèbres illustrations, parfois réalisées alors qu’il n’avait pas vu les films en question ! On continuera avec une featurette consacrée aux effets spéciaux du film (12 minutes). Christopher Warren, Gene Warren Jr. et Bret Mixon y reviendra notamment sur les effets spéciaux en stop-motion ou sur les matte-paintings utilisées sur le film, ainsi que sur les différentes contraintes liées au budget de Cyborg.

On terminera le tour des suppléments présents sur la galette Blu-ray de Cyborg avec le court-métrage Point Zero (18 minutes), réalisé en 2014 par Arthur Cauras, dont les partis-pris artistiques sont très similaires à ceux du film d’Albert Pyun. Le court-métrage sera d’ailleurs agrémenté d’une présentation du film par le réalisateur Arthur Cauras (7 minutes).

Sur le DVD présent dans le Combo, on trouvera également quelques bonus absents du Blu-ray : les bandes-annonces de Cyborg, Kickboxer et Double Impact, ainsi qu’une présentation du film par Nicolas Bressier (20 minutes), vaguement redondante avec celle d’Arthur Cauras. Il y évoquera le mélange des genres explosif proposé par le film, ainsi que le talent de Jean-Claude Van Damme. Il reviendra également sur le montage alternatif proposé sur le Blu-ray, qu’il trouve inférieur à celui que nous connaissons depuis trente ans.

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