Test Blu-ray : Antoine et Cléopâtre

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Royaume-Uni : 1972
Titre original : Antony and Cleopatra
Réalisation :
Scénario : Charlton Heston,
Acteurs : Charlton Heston, ,
Éditeur :
Durée : 2h28
Genre : Drame, Histoire
Date de sortie en DVD/BR : 16 février 2021

Après la mort de Jules César, Cléopâtre, reine d’Egypte, a besoin d’un nouvel allié à Rome. Elle séduit Marc Antoine, et leur relation se transforme en véritable amour. Mais Antoine doit faire face aux attaques d’Octave, successeur de César, qui voit cette liaison d’un mauvais œil…

[4/5]

1971 : année durant laquelle Antoine et Cléopâtre a été tourné. Le comédien Charlton Heston s’attaque à sa première réalisation cinématographique. Politiquement, il est démocrate et, plusieurs années auparavant, il s’est engagé en faveur du mouvement des droits civiques et a participé, en 1963, à la marche sur Washington avec Martin Luther King. 1972 : Antoine et Cléopâtre sort en salles. Charlton Heston est devenu républicain et, plus tard, il va devenir conseiller culturel de Ronald Reagan, s’impliquer dans le mouvement anti avortement et prendre la présidence de la National Riffle Association, le puissant lobby « pro armes » des Etats-Unis. Pas franchement fidèle à ses engagements progressistes de jeunesse, Charlton Heston n’a par contre jamais renié son attachement à et ce n’est pas un hasard si sa première réalisation au cinéma est l’adaptation d’une pièce du grand dramaturge britannique. Pour lui, « tous les bons rôles sont shakespearien », et il en a joué un grand nombre, que ce soit au théâtre ou au cinéma. Toutefois, le rôle qu’il a le plus souvent interprété est bien celui de Marc Antoine : en 1950 dans Julius Caesar de David Bradley, en 1970 dans Jules César de Stuart Burge, deux adaptations de la pièce « Jules César » de Shakespeare, et donc, en 1972, dans son propre film, Antoine et Cléopâtre.

C’est son attachement à Shakespeare qui est sans doute la cause du risque pris par Charlton Heston : réaliser une adaptation de la pièce Antoine et Cléopâtre qui soit la plus fidèle possible à l’œuvre originale. Pari d’autant plus risqué lorsqu’on débute dans la réalisation : comment arriver à placer de façon naturelle des tirades de Shakespeare dans un environnement de péplum, comment arriver à maîtriser la transformation de ce qui, au départ, est un simple décors de théâtre en un décors naturel grandiose utilisant les paysages maritimes du Cabo de Gata et des paysages désertiques de la région d’Almeria ? Pari d’autant plus risqué que le Jules César de Stuart Burge, que Charlton Heston considérait comme étant la rampe de lancement de son propre film, n’ayant pas rencontré le succès escompté, le réalisateur s’est vu sérieusement pénalisé dans sa recherche de financement. La réussite a-t-elle récompensé ces prises de risque ? Si on se fie à l’accueil fait au film lors de sa sortie, la réponse est négative : en 1972, le public commençait à se lasser des films à grand spectacle et n’était sans doute pas mûr pour, en plus, entendre un texte shakespearien se greffant sur des images dignes d’un péplum. Par contre, lorsqu’on regarde ce film avec près de 50 années de recul, on s’aperçoit que le film a très bien vieilli, tant au niveau de la forme que du fond.

En effet, concernant le fond, le film de Charlton Heston, fidèle à l’œuvre de Shakespeare, a pour fil conducteur un dilemme qui n’a jamais cessé d’être d’actualité, celui que vit Antoine qui hésite entre favoriser sa vie privée, son amour pour Cléopâtre, ou favoriser son engagement public, au côté d’Octave : parlant de son mariage avec Octavie, la sœur d’Octave, Antoine exprime ce dilemme par « J’ai accepté ce mariage pour assurer ma paix mais c’est en Orient qu’est mon plaisir ». Quant à la forme, c’est avec un certain plaisir que, malgré le relatif manque de moyens financiers qu’a connu le réalisateur, on découvre un film nous en mettant plein la vue avec une photographie somptueuse proposant avec bonheur Scope et Technicolor sous la direction du Directeur de la photographie espagnol . Toujours concernant la forme, on peut penser que Charlton Heston s’est trouvé lui aussi face à un dilemme : utiliser surtout les plans séquence, choix qui peut paraître logique pour permettre aux spectateurs de retrouver la sensation d’une représentation théâtrale, ou utiliser surtout des champs-contrechamps permettant de moduler la tension lors des joutes verbales entre les personnages. Le choix, très judicieux, qu’il a fait a consisté à … ne pas vraiment choisir, utilisant les deux techniques à part égale. On notera que la fidélité à l’œuvre de Shakespeare n’a pas été totale, puisque le film propose deux longues séquences de batailles, une bataille navale et une bataille terrestre, qui ne figurent pas dans la pièce. Charlton Heston est d’ailleurs allé puiser dans des « chutes » de Ben Hur pour alimenter ces scènes.

Aux côtés de l’américain Charlton Heston interprétant le rôle d’Antoine, la distribution comprend surtout des comédiens et des comédiennes britanniques et espagnol.e.s. Hildegard Neil, une actrice à la voix de contre-alto, une voix presque masculine, campe une Cléopâtre crédible, même si elle est certainement beaucoup plus blanche que ne l’était son personnage, avec, en tout cas, un nez tout à fait normal, reflet de la réalité même si ce qu’en a dit Blaise Pascal dans ses « Pensées » peut laisser croire le contraire depuis 3 siècles 1/2. Si John Castle, l’interprète d’Octave César, manque un peu de présence, ce n’est pas le cas d’, l’interprète d’Enobarbus, ni celui de , dans le rôle de Lépide.

Le Blu-ray

[5/5]

Pour commencer, on se doit d’exprimer notre gratitude à Rimini Editions pour avoir exhumé un film presque cinquantenaire que le public français n’avait quasiment jamais eu la possibilité de visionner. Grâce à un master haute-définition, l’image proposée, très respectueuse des couleurs du Technicolor et présentant un excellent piqué, est absolument splendide. Quant au son, un son mono, il n’est disponible qu’en version originale, sous-titrée en français ou non sous-titrée. L’absence d’une version française va peut-être indisposer certain.e.s cinéphiles, mais, franchement, un doublage en français sur un texte shakespearien, a priori, on le sent mal !

Le Blu-ray contient deux suppléments de très haute tenue. Il s’agit de deux interviews de , professeure en études cinématographiques et audiovisuelles à l’Université Paul-Valéry de Montpellier et spécialiste des adaptations de Shakespeare au cinéma. Ces deux interviews ont été réalisées le 19 novembre 2020, en distance du fait du confinement. Leur présentation a dû être modifiée par rapport à ce qui se fait d’habitude, l’image plein cadre de l’interviewée étant de trop mauvaise qualité. On a donc réduit cette image à une vignette en bas à gauche de l’écran qui vient se superposer à une image plein écran en relation avec le film. Le résultat est très intéressant et cette « expérience » tentée dans des circonstances particulières mériterait d’être poursuivie lorsque la pandémie nous aura permis un retour à la normalité. Dans le premier supplément, Antoine et Cléopâtre, une pièce de William Shakespeare, d’une durée de 16 minutes et également présent sur le DVD, Sarah Hatchuel retrace l’histoire de la pièce, revient sur les sources utilisées par William Shakespeare et sur les thèmes qu’elle développe, et la positionne par rapport à Jules César, pièce écrite une dizaine d’années auparavant. Le second supplément, Antoine et Cléopâtre, un film de Charlton Heston, n’est présent que sur le Blu-ray, sa longueur, 27 minutes, interdisant, vue la longueur du film, sa présence sur le DVD. D’une très grande richesse, ce supplément retrace entre autre l’histoire de la pièce au cinéma, évoque la relation entre Shakespeare et Charlton Heston ainsi que les difficultés rencontrées par ce dernier pour lever les fonds nécessaires pour produire le film et revient sur le choix de Hildegard Neil pour interpréter Cléopâtre.

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