DVD — 13 juillet 2019
Test Blu-ray : Cold skin

 
France, Espagne : 2017
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h46
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie DVD/BR : 17 juillet 2019

 

En 1914, alors que le monde se prépare à l’apocalypse, un jeune homme est débarqué sur une île rocheuse et inhospitalière, près du cercle antarctique. Sa mission : remplacer pour les 12 prochains mois l’officier météorologique qui a mystérieusement disparu. Alors que le bateau s’éloigne, il est loin d’imaginer que de terribles créatures ont déjà pris possession de l’île…

 


 

Le film

[3,5/5]

Gros succès littéraire du début des années 2000, La peau froide (La pell freda) est un roman assez indispensable signé par l’auteur – et anthropologue de formation – . Traduit dans une vingtaine de langues, il s’agit d’un excellent roman fantastique, empruntant autant à Jules Verne et Robert Stevenson qu’à Howard Phillips Lovecraft ou Dan Simmons. Développant un sens de l’horreur et de la tension vraiment remarquable, Piñol signait un roman au cœur duquel les peurs les plus primaires et les plus insidieuses servaient un suspense jouant autant sur la psychologie que sur la violence et les excès sanglants. Huis-clos oppressant prenant place au cœur d’un phare des plus inquiétants, traitant de la peur de l’étranger et s’autorisant même quelques passages émouvants, La peau froide semblait être le matériau de base idéal pour une adaptation cinématographique… qui a finalement mis une quinzaine d’années à débarquer, après plusieurs tentatives infructueuses de développement.

Et c’est finalement entre les mains de Xavier Gens qu’est atterri le projet d’adaptation, au lendemain de The divide, en 2011. Coproduction franco-espagnole, le projet Cold skin mettra plusieurs années à se monter, laissant même le temps à Gens de tourner d’autres films en attendant le feu vert de la production. Projeté en septembre 2017 à L’Étrange Festival, puis début 2018 au Festival du Film Fantastique de Gérardmer, le film ne sera finalement jamais distribué sur les écrans français, sans doute à cause de la concurrence immédiate du Poids de l’eau de Guillermo Del Toro, autre film fantastique mettant en scène des créatures amphibies révélant des sentiments humains.

Porté par Xavier Gens qui s’est investi dans le film pendant plusieurs années, Cold skin affiche tous les stigmates – entendez par là toutes les qualités et les défauts – de son cinéma depuis Frontière(s). Il s’agit en effet d’un film ambitieux, qui s’imposera également en l’espace de quelques secondes comme une œuvre extrêmement belle d’un point de vue visuel – un objet formellement très soigné et sophistiqué. La photo est sublime, les décors extraordinaires, et l’univers visuel complexe et recherché qui résulte de cette application formelle permet à Gens de développer au cœur de son film une ambiance envoûtante, qui facilitera grandement l’immersion du spectateur dans le récit. Cold skin nous offre par ailleurs une poignée de séquences absolument magnifiques, alliant poésie et émotion, qui sont essentiellement véhiculées par l’aspect purement visuel du métrage. A ce niveau, ce nouveau film de Gens – comme l’immense majorité de ses films précédents d’ailleurs – est une totale réussite, tenant quasiment du miracle si l’on considère qu’étant donné les conditions de production, le budget ne devait pas du tout être celui d’un blockbuster Hollywoodien.

Comme d’habitude, c’est dans la narration que l’ensemble peine d’avantage, alourdi par d’innombrables maladresses d’écriture qui finissent par ralentir le métrage et par le rendre, par certains aspects, légèrement indigeste. Pourtant, les intentions étaient louables sur le papier – comme celle d’enrichir la psychologie du personnage principal par le recours à des extraits littéraires – mais au final elles donnent à Cold skin un aspect tantôt un poil trop scolaire et didactique, tantôt même un peu ridicule. Dommage, car les interprètes incarnant le triangle « amoureux » au centre du récit (David Oakes, Ray Stevenson et Aura Garrido) mettent vraiment du cœur à l’ouvrage pour insuffler de la vie à leurs personnages. A vouloir trop bien faire, Xavier Gens s’est une nouvelle fois mis lui-même des bâtons dans les roues – son film nécessitait plus que jamais une forme d’épure et de simplicité (que l’on retrouve paradoxalement tout à fait dans le roman), il l’a malheureusement « alourdi » en voulant approfondir ou expliciter des aspects du récit qui ne nécessitaient pas de l’être ; on ne lui reprochera cependant pas de s’impliquer de façon sincère dans les projets qu’il aborde !

Au final, grâce à ses qualités formelles et à l’atmosphère qu’il développe au fil de son récit, Cold skin demeure néanmoins une agréable surprise.

 

 

Le Blu-ray

[3,5/5]

Côté Blu-ray, il y a peu à redire sur le travail éditorial effectué par les équipes de Condor Entertainment : l’image de Cold skin est littéralement superbe, la définition est d’une belle précision, et les scènes de nuit sont admirablement gérées (pas de granulation, arrière-plans nickel chrome). Si on aurait tendance à légèrement tiquer sur les contrastes, qui manquent un peu de mordant, l’interview de Xavier Gens disponible en bonus nous apprendra qu’il s’agit d’un parti-pris esthétique, sa volonté ayant été de désaturer les couleurs en post-production. Le mixage audio ne bénéficie quant à lui pas des joies de la Haute-Définition puisqu’il est proposé en Dolby Digital 5.1 à la fois en VO et en VF ; les deux mixages s’avèrent néanmoins parfaitement enveloppants, le caisson de basse étant régulièrement sollicité durant les moments les plus oppressants du film : c’est parfait !

On notera par ailleurs que bien fidèle à ses habitudes en matière de Haute-Définition, Condor Entertainment a fait le choix de proposer Cold skin en 1080i, soit au cadencement de 25 images / seconde. Malgré les consommateurs boycottant leurs sorties pour cette raison, l’éditeur ne semble pas vouloir changer son fusil d’épaule à ce sujet. Mépris du consommateur ou simple méconnaissance technique des possibilités du support ? On ne saurait le dire…

Côté suppléments, outre la traditionnelle bande-annonce d’Incantations en avant programme, l’éditeur nous offre un intéressant making of de 28 minutes revenant, aux côtés de l’équipe, sur de nombreux aspects de la production et du tournage à Lanzarote, petite île des Canaries ayant servi de décor au film. Last but not least, on se régalera d’un entretien avec Xavier Gens assuré par Christophe Lemaire, qui prend rapidement des atours de discussion détendue mais s’avère également extrêmement informatif concernant la carrière du cinéaste. 40 minutes passionnantes à découvrir au plus vite !

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles