http://www.lebenssalz.ch http://www.paulplaza.nl http://www.ostendsurfing.be http://www.qsneaker.nl http://www.wtcbentille.be http://www.thegooddeal.ch http://www.kantoorencreatief.nl
À la une DVD — 22 décembre 2018
Test Blu-ray : Chats rouges dans un labyrinthe de verre

 
Italie, Espagne : 1975
Titre original :
Réalisation :
Scénario : Umberto Lenzi,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h32
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 23 octobre 1975
Date de sortie DVD/BR : 19 novembre 2018
 

 

Un groupe de touristes américains parcourt les routes lors d’un voyage organisé en Espagne. Au cours d’une escale à Barcelone, une jeune femme du cru est assassinée. Quand on la découvre, l’oeil gauche énucléé, l’image saisissante renvoie les touristes à un crime identique commis un an plus tôt à Burlington. Bientôt, c’est l’une des Américaines qui succombe sous les coups du maniaque. Pour le commissaire Tudela, le groupe de touristes est forcément lié aux crimes. Mark Burton, quant à lui, commence petit à petit à soupçonner que sa femme puisse être la coupable. Insaisissable, le tueur continue à frapper…

 

 

Le film

[4,5/5]

Si le cinéma de genre, et à fortiori le « bis » italien des années 70 sont souvent regardés « de haut » par l’intelligentsia cinéphile, certains films développent, derrière une ambiance décadente de façade, teintée de stupre et de meurtres sanglants, une réflexion plus que fine sur certaines thématiques liées au rapport entre l’image et le spectateur. Ainsi, avec un formaliste de génie tel qu’Umberto Lenzi aux commandes, et malgré la réputation très moyenne dont il est affublé, le giallo Chats rouges dans un labyrinthe de verre ne se prive pas de proposer une habile mise en abime sur la question du « regard », et par extension sur la place du spectateur, tendant à dresser des passerelles entre cinéma et voyeurisme pur – une réflexion sur l’image que n’aurait peut-être pas renié un cinéaste tel qu’Alfred Hitchcock…

 

 

En plaçant au centre même du récit un tueur retirant un œil à chacune de ses victimes, Lenzi met en effet d’entrée de jeu la notion de « regard » au cœur de son film. A ce titre, l’affiche et le titre international du film « Eyeball » jouent également la carte de cette thématique. D’un point de vue formel, dès le générique du film, Lenzi choisit de jouer avec le spectateur, avec un assemblage d’images fixes se répétant à de nombreuses reprises ; ces images sont en fait des photogrammes que l’on pourra voir un peu plus tard au sein du film. Passée cette introduction inhabituelle, le spectateur se retrouvera littéralement immergé auprès de la série de personnages qui lui tiendront compagnie au fil du récit. La caméra, très mobile, est au plus près des protagonistes de l’histoire, le spectateur étant placé dans le bus de touristes avec les autres voyageurs ; ainsi, les monuments de Barcelone qui nous sont montrés le seront de la fenêtre du bus, l’image n’est pas stabilisée, bouge en fonction des irrégularités de la route autant que des aléas de la circulation, dense : l’immersion est donc totale, absolue, le spectateur est placé au plus près de l’action. Habile, Lenzi joue de plus déjà largement avec les attentes du public, se gaussant doucement de son « regard » de spectateur, du recul et des partis pris qu’il est déjà capable d’assimiler au nom de la sacro-sainte identification : en quelques plans (un T-Shirt aux couleurs du drapeau US, un personnage caricatural arborant un gros cigare aux lèvres), il identifie déjà visuellement le groupe de touristes comme étant des américains en balade. De la même façon, et comme si de rien n’était, il établit de façon presque naturelle que l’on soit aux côtés d’un groupe à priori anglophone dans un pays hispanophone, et que tout le monde s’exprime en italien. Ainsi, en quelques minutes à peine, Chats rouges dans un labyrinthe de verre souligne déjà le regard biaisé qu’est capable d’adopter le public sans « broncher », adaptant son regard au genre et aux usages habituellement de rigueur dans le genre de production qu’il est en train de voir – ainsi, puisque le giallo est un classique du cinéma de genre italien, notre regard s’adapte automatiquement aux us et coutumes du genre, sans réellement prendre en considération ce qui, à priori, devrait immédiatement casser l’immersion et l’impression de réalisme de l’ensemble.

 

 

La suite du film est à l’avenant. Chats rouges dans un labyrinthe de verre appartient donc au genre « giallo », et fonctionne selon des règles très classiques du genre : celles du « whodunit » : le mystère autour de l’identité du tueur ne sera révélé que dans les dernières minutes du film, et au fil du récit, chaque personnage appartenant au petit groupe de touristes américains sera l’objet de soupçons. Pourquoi Mark Burton (John Richardson) apparait-il bizarrement lors de chaque nouveau meurtre ? Qui est Alma (), sa femme, et où se cache-t-elle, ne laissant derrière elle que des traces de son passage ? La tendance de Martinez (), le guide du groupe, à faire peur aux femmes est-elle symptomatique d’une misogynie plus profonde ? Quels sombres secrets cache l’attitude du révérend Bronson (), qui semble irrémédiablement attiré par les jeunes filles ? Paulette (Martine Brochard) cherche-t-elle à nettoyer les traces de sang sur ses escarpins après le meurtre de la Casa Payés ? Les accès de violence de Lisa Sanders (Mirta Miller) se limitent-ils à sa compagne Naiba ? Le voyeurisme manifeste de Robby Alvarado () et sa propension à mater le cul des lavandières n’est-il pas le signe d’une frustration pouvant mener au crime ? Toutes ces interrogations – ainsi que quelques autres – se bousculeront donc dans l’esprit du spectateur au fur et à mesure du récit. Mais la grande force d’Umberto Lenzi réside dans la façon dont il fait naitre les soupçons, et la maestria avec laquelle il les articule au cœur même de la narration. En effet, chaque nouvelle question, chaque nouveau soupçon à l’encontre de l’un des membres de la petite communauté de touristes sera amené au spectateur par le biais du regard de l’un des autres membres du groupe, qui l’a aperçu, observé, épié se livrant à quelque déviance. Le récit est d’ailleurs à ce point porté par le regard des personnages que les événements s’étant produits en « cachette », sans qu’aucun autre n’y assiste, ne sont purement et simplement pas montrés par le cinéaste. Ainsi, l’agression qu’a subi le personnage de , en allant justement peloter la fameuse lavandière (d’Espagne donc, pas du Portugal), ne sera pas illustré à l’image par Lenzi, ce qui laissera à nouveau le champ libre aux soupçons en tous genres.

 

 

Mais le réalisateur met aussi en évidence le côté « subjectif » du regard, et la façon dont on peut aisément manipuler le regard du spectateur. Ainsi, par exemple, lors de la séquence durant laquelle Mark rejoint Alma dans sa chambre d’hôtel, il nous donne à voir le personnage qui rentre dans la chambre, sur la droite du cadre… Avant que l’on se rende compte qu’il s’agit en réalité de son reflet, le personnage se trouvant à l’exact opposé de l’endroit où l’on croyait qu’il se trouvait. Cet habile jeu de miroirs résume parfaitement l’ambition d’Umberto Lenzi sur Chats rouges dans un labyrinthe de verre : il s’agit de démontrer à quel point chaque image est une question de « regard », et dépend surtout de l’œil du spectateur, qui s’avère lui-même conditionné par ce qu’il s’attend à voir. Et Lenzi de jouer avec malice sur les attentes du public : le cinéaste n’est en effet jamais réellement où on l’attend, coupant par exemple abruptement avant la mise en place de scènes que le spectateur s’attendait à voir (la traditionnelle étreinte saphique ne sera donc pas forcément là où on l’attend !), partant dans des directions inattendues, ce qui permet finalement au film de ne jamais faiblir en termes de rythme. Le résultat est brillant, absolument réjouissant, jonglant avec les codes du giallo, détournant l’attention et les regards, tout en respectant au final le cahier des charges du genre. Ce jeu sur le voyeurisme, mis en parallèle avec une ouverture sur le cinéma de genre dans son ensemble, s’avère l’originalité principale de Chats rouges dans un labyrinthe de verre, qui s’impose non pas comme un film d’exploitation « de plus » à mettre à l’actif d’Umberto Lenzi, mais bel et bien une réflexion sur le « regard » au cœur d’un genre traditionnellement porté par un enchaînement de meurtres en vue subjective. Une belle réussite !

 

 

Le Blu-ray

[5/5]

En l’espace de quelques années, Le chat qui fume s’est véritablement créé une place de choix dans le cœur des fans de Blu-ray et de cinéma bis en France, grâce à la cascade d’éditions littéralement somptueuses que l’éditeur nous propose depuis l’automne 2017 et la sortie en Combo Blu-ray + DVD + CD du Venin de la peur de Lucio Fulci. Multipliant les sorties sur un rythme effréné depuis quelques mois, l’éditeur français n’en oublie pas pour autant de toujours proposer au consommateur français des éditions soignées, s’imposant avant même l’insertion du Blu-ray dans le lecteur comme de « beaux » objets, dans des packagings luxueux respectant un esprit de collection qui incitera peut-être même les curieux à investir dans des films qu’ils n’auraient pas forcément cherché à voir s’ils voyaient le jour sous les couleurs de la concurrence.

 

 

Comme d’habitude avec Le chat qui fume, Chats rouges dans un labyrinthe de verre débarque donc dans une édition qui en jette plein les yeux d’entrée de jeu grâce à sa présentation très classe, dans un beau digipack trois volets agrémenté d’un sur-étui cartonné ; on notera qu’il fait partie de la catégorie des digipacks « fins » proposés par l’éditeur, et que le design général tout autant que l’habillage graphique sont tout aussi chiadés qu’à l’accoutumée. Le tirage de cette édition est limité à 1000 exemplaires.

Côté technique, Le chat nous délivre à nouveau un sans-faute absolu : définition et piqué s’avèrent assez précis, les couleurs sont littéralement explosives, le master est bien entendu proposé en 1080p, et la préservation du grain cinéma semble avoir bénéficiée d’un soin tout particulier. Aucun souci d’encodage n’est à déplorer, c’est du très beau travail, le rendu Haute-Définition s’avère optimal, on tire à nouveau notre chapeau à l’éditeur. Côté son, le spectacle acoustique est d’un très bon niveau : le film est proposé dans un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 en italien très clair et équilibré, avec une forte présence de la musique de Bruno Nicolai et un bon dynamisme général.

 

 

Dans la section suppléments, on commencera tout d’abord avec un entretien avec Umberto Lenzi (23 minutes), riche en [SPOILERS] si vous n’avez pas vu la poignée de gialli qu’il y évoque, mais surtout pétrie d’anecdotes sur sa façon d’aborder le cinéma. S’il cite donc quelques-uns de ses autres films ayant marqué le genre, il reviendra néanmoins de façon assez passionnante sur Chats rouges dans un labyrinthe de verre, se remémorant le tournage à Barcelone, la bande d’acteurs et la fameuse musique de Bruno Nicolai. Plus intéressant encore, il nous livrera une indispensable explication du titre du film, et évoquera même avoir voulu réaliser le film sans toucher de salaire, afin d’aider un ami producteur en fâcheuse posture financière. Une belle âme donc, doublée d’un cinéaste de grand talent. On continuera ensuite avec un entretien avec Martine Brochard (17 minutes), qui incarne le personnage de Paulette dans le film, et que l’on découvre ici avec une quarantaine d’années de plus au compteur. Comme beaucoup d’actrices un peu retombées dans l’oubli que l’on croise au sein des bonus des éditions Blu-ray / DVD (Pamela Stanford sur le Blu-ray des Possédées du diable, Valérie Lagrange sur celui d’Un homme à abattre…), Martine Brochard est très naturelle et semble absolument ravie d’évoquer son parcours personnel et professionnel ainsi que son court passage sous les feux de la rampe. Elle se remémorera donc ses débuts dans les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier avant d’embrayer avec ses expériences de cinéma, essentiellement italiennes. Très attachée à Chats rouges dans un labyrinthe de verre, l’actrice évoque à grands renforts d’anecdotes le tournage du film ainsi que sa relation à Umberto Lenzi. Elle signera d’ailleurs parallèlement une courte mais enthousiaste introduction au long-métrage de Lenzi, petit préambule agréable non indiqué sur la jaquette mais qui se lancera automatiquement juste avant le film.

Avec le reste des suppléments, on s’éloigne un peu du film de Lenzi : outre les traditionnelles bandes-annonces de films à venir chez Le chat qui fume, on trouvera également le sujet intitulé « 3 giallo » donnant la parole à des personnalités de la critique et du cinéma (Olivier Père, Jean-François Rauger, Fathi Beddiar…) en leur demandant, comme le titre l’indique clairement, de choisir ses trois gialli préférés. C’est donc Francis Barbier (DeVilDead.com) qui se prêtera cette fois à l’exercice, et qui choisira trois fleurons des « débuts » historiques du genre : Le chat à neuf queues (Dario Argento, 1971), La dame rouge tua sept fois (Emilio Miraglia, 1972) et La queue du scorpion (Sergio Martino, 1971), tout en dressant un petit état des lieux rétrospectif du giallo, de son firmament esthétique jusqu’à sa chute, lente et douloureuse.

Comme d’habitude, Le chat qui fume nous propose donc avec ce Combo Blu-ray + DVD de Chats rouges dans un labyrinthe de verre la référence en termes de restauration et de soin éditorial. On en redemande !

 

Articles semblables

Partage

Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles