Test Blu-Ray : Captain Fantastic

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États-Unis : 2016
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Matt Ross
Acteurs :  , ,
Éditeur :
Durée : 1h59
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie cinéma : 12 octobre 2016
Date de sortie DVD : 14 février 2017

 

 

Synopsis : Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes.
Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

 

 

Le film

[3.5/5]

Au début, était le silence : pendant plusieurs secondes, pas un bruit, pas un son, au point qu’on en arrive à se demander si, par hasard, il n’y aurait pas un petit problème technique. Eh bien non ! Petit à petit, on perçoit les bruits de la nature, le vent dans les arbres, le clapotis d’une rivière, ceux qui proviennent des animaux. C’est là qu’apparait un jeune cerf, puis un adolescent au visage peinturluré en noir, histoire de se camoufler. Ce qui se passe entre l’adolescent et le cerf est rien de moins que brutal, ce qui a le mérite d’amener rapidement le spectateur dans le cœur du sujet, l’éducation des enfants ! En effet, pour Ben, l’adulte qu’on voit apparaître, le geste que vient de commettre son fils Bo l’a fait passer de l’état d’enfant à l’état d’homme.

Loin de toute civilisation, au plus profond des forêts de l’état de Washington, Ben élève seul ses 6 enfants,  Bo(devan), Vespyr, Kielyr, Rellian, Zaja et Nai. Une éducation à la dure qui, dans son esprit, doit leur permettre de progresser physiquement et mentalement et d’être capables de réfléchir par eux-mêmes. Parmi ses buts : arriver à ce que ses enfants sachent réduire une fracture, soigner une brulure, se repérer la nuit grâce aux étoiles, connaître les plantes, fabriquer des vêtements en peau, survivre en forêt avec un couteau. Pour y arriver, les journées commencent par un appel musical quasi militaire interprété à la cornemuse, puis elles sont consacrées à la chasse et à divers exercices physiques dont l’escalade et différentes formes de combats, les soirées calmant le jeu avec de la lecture et des réflexions philosophiques. Dans cette famille, un homme est l’objet d’une admiration sans borne : le linguiste et philosophe Noam Chomsky.

Ben élève seul ses 6 enfants depuis que sa femme Leslie a été admise dans un hôpital afin que puissent être soignés ses troubles psychiatriques. Pour les parents de Leslie, aucun doute, c’est Ben qui est responsable de ces troubles. Quant aux enfants, ils s’étonnent de cette admission dans un hôpital, un lieu dont leur père n’a cessé de leur dire qu’on y entre en bonne santé et qu’on y meurt ! Malheureusement, c’est ce qui arrive à Leslie, et, malgré l’interdiction de venir à l’enterrement lancée par Jack, le père de Leslie, Ben et les enfants vont se déplacer depuis le nord-ouest des Etats-Unis vers le Nouveau-Mexique, là où habitent les beaux-parents de Ben, là où va se dérouler la cérémonie. Pour les enfants, il s’agit d’un événement exceptionnel, une plongée dans la « vraie vie » américaine, celle des super-marchés, celle des Mac Do et de l’obésité, pour eux qui n’ont jusqu’alors pratiqué, entre eux, que leur paradis naturel.

 

 

La façon dont Matt Ross aborde le thème de l’éducation n’a rien de banale. Le mode libertaire et extrémiste pratiqué  par Ben est bien sûr celui que le film développe en priorité, avec un bon équilibre entre ses bons côtés et ses failles. Ses contradictions aussi, Ben n’étant pas avare en la matière : lui qui rejette la religion porte une croix autour du cou, lui qui rejette l’hôpital a fait en sorte que sa femme y soit admise, lui qui prône la liberté se montre souvent très directif et rigide avec ses enfants. Le voyage vers le Nouveau Mexique va donner lieu à des rencontres montrant ce que peuvent donner d’autres modes d’éducation. Des confrontations qui, d’ailleurs, ne manquent pas de sel, comme celle où Bo, qui n’a aucune expérience en matière de gent féminine, tombe raide dingue amoureux de Claire, une jeune fille de son âge pour qui Spock est un personnage de Star Treck alors que, pour lui, il s’agit, bien évidemment, du pédiatre Benjamin Spock. Deux mondes parallèles vivant au même instant sur le même territoire !

A l’autre extrémité, on ne fait que deviner ce que donnerait l’éducation donnée par les parents de Leslie, un couple très conservateur et vivant dans l’opulence, un couple qui se permet de ne pas respecter les dernières volontés de leur fille, un couple qui voudrait récupérer la garde des 6 enfants. Un couple, toutefois, qui semble plein d’amour pour ses petits-enfants et dont l’éducation, certainement très rigide, prodiguée à leur fille, a finalement donné le résultat inverse de celui recherché.

Entre ces deux modes de vie extrêmes, se situe celui pratiqué avec leurs enfants par Dave et Harper, la sœur de Ben (Ben, Harper, un hasard ?) : un mode de vie où on mange du poulet bio, garanti sans OGM, mais sans le tuer soi-même au couteau ou à la hache, un mode de vie où les enfants ont droit aux jeux vidéo mais pas à table, au moment du repas. Au bout du compte, on sait gré à Matt Ross, ce comédien pour qui Captain Fantastic est le deuxième long métrage en tant que réalisateur, de ne jamais se montrer manichéen dans son approche des différentes facettes de l’éducation.

Dans une distribution très riche, on note surtout le très international Viggo Mortensen, toujours aussi juste dans le rôle de Ben, et le jeune acteur britannique George Mackay, qui joue ici le rôle de Bo et qu’on avait beaucoup apprécié dans Pride où il incarnait Joe. Quant aux très belles images, on les doit au français , un Directeur de la photographie qui a souvent travaillé avec Jacques Audiard et Arnaud Desplechin et dont la cote est actuellement au plus haut : les 3 derniers films sur lesquels il a travaillé sont Elle, Jackie et Captain Fantastic ! Qui dit mieux ?

 

 

Le Blu-ray

[4.5/5]

Superbe travail que celui réalisé par TF1 Vidéo, éditeur de ce Blu-ray. Un  Blu-ray qu’on peut regarder en VF ou en VO sous titrée en français avec un son DTS-HD Master Audio 5.1. On peut aussi choisir l’audiodescription (très détaillée !) ou un sous-titrage pour sourds et malentendants, le son étant cette fois ci de type DTS-HD Master Audio 2.0. La très belle qualité de l’image, due, rappelons le, au français Stéphane Fontaine est particulièrement bien rendue, en particulier dans la première partie du film, tournée dans une nature magnifique.

Trois compléments d’une grande richesse viennent s’ajouter au film : tout d’abord, un court making-of de 4 minutes qui donne les grandes lignes concernant les motivations du réalisateur. Beaucoup plus riche se révèle l’interview du réalisateur réalisé par le journaliste Didier Allouch et d’une durée de 25 minutes. On commence par y apprendre que Matt Ross a connu dans sa jeunesse une vie ayant une certaine similitude avec celle des 6 enfants du film : dans une communauté créée par sa mère, à 10 km de la première route goudronnée et à une heure d’une ville de plus de 1000 habitants, l’été se passant dans un tipi. Toutefois, la partie la plus intéressante de cette interview se trouve peut-être dans les raisons données par le réalisateur pour aller vers un filmage dans lequel une grande souplesse est laissée à la caméra : cela oblige les protagonistes d’une scène à se sentir impliqués en permanence, la caméra étant à tout moment susceptible de se diriger vers eux. Pour Matt Ross, cette contrainte fait que les comédiens ne « jouent » pas les personnages mais en arrivent à « être » les personnages. Le 3ème supplément a été tourné lors de la présentation du film au Festival de Sundance, en janvier 2016. On y rencontre les protagonistes du film et on est surpris par la qualité du français de Viggo Mortensen.

 

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