Test Blu-ray : Bertha Boxcar

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États-Unis : 1972
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h29
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 4 octobre 1973
Date de sortie DVD/BR : 17 février 2021

En Arkansas, pendant la Grande Dépression, Bertha Thompson assiste à la mort de son père. Seule, sans travail ni domicile, elle se déplace d’un coin à l’autre en utilisant les wagons de trains de marchandises. Elle fait la connaissance d’un syndicaliste révolté avec lequel elle va former un couple de pilleurs de trains…

Le film

[4/5]

Elle s’appelle Bertha, elle est une jeune fille rêveuse, attirée par le ciel, qui représente pour elle la liberté, et qui s’oppose à son existence, rivée au sol, aux côtés des ouvriers et des prisonniers qui travaillent la terre, creusent et, coup de pioche après coup de pioche, installent la nouvelle voie ferrée. Après le « trauma originel » que nous expose la première séquence du film – la perte du père – on retrouvera la jeune Bertha, courant après un train et grimpant à bord d’un wagon de marchandises. On la surnommera donc fort logiquement Bertha Boxcar, et elle fait l’objet du premier film Hollywoodien de Martin Scorsese.

Produit par Roger Corman qui voulait proposer au public une suite spirituelle à son Bloody Mama sorti en 1970, Bertha Boxcar replongera le spectateur dans l’Amérique de la Grande Dépression, représenté ici à la façon du cinéma Hollywoodien des années 40, qui a largement contribué à ancrer cette période dans l’inconscient collectif des cinéphiles.

Le film de Martin Scorsese se fera donc le reflet, à travers ses décors et sa photo, d’une réalité déjà largement balisée dans l’imaginaire du spectateur, et qui y trouverait de fait un maximum d’écho et d’efficacité. On retrouve ainsi dans Bertha Boxcar tout un ensemble de décors familiers, allant des trains de marchandises et de leurs fameux voyageurs clandestins aux camps de chômeurs en passant, bien sûr, par les syndicalistes contestataires qui se voyaient était plus ou moins automatiquement assimilés à des « bolchéviques », la psychose anti-communiste qui exploserait après-guerre étant déjà bien présente dans les esprits de l’époque.

Mais de la même façon que Bloody Mama avait permis à Roger Corman d’évoquer la situation des États-Unis de la fin des années 60, Bertha Boxcar est également un film profondément ancré dans son époque de production, à savoir le début des années 70. Ainsi, dans le portrait de femme qu’il propose, ainsi que dans sa propension à évoquer frontalement les problèmes de tensions raciales, des liens entre police et crime organisé ou encore la notion d’amour « libre », le film de Martin Scorsese jongle avec des thématiques qui faisaient forcément écho avec les préoccupations sociales des 70’s.

En s’appropriant ainsi l’histoire de cette vagabonde aux tendances anarchistes, Martin Scorsese s’avère finalement avec Bertha Boxcar assez fidèle aux intentions de Ben Reitman, auteur du roman d’origine, paru en 1937, et qui ressortira d’ailleurs le 9 avril en France, aux éditions Nada, sous le titre « , sœur de la route ». Ainsi, si Bertha Thompson n’a pas réellement existé, la volonté de Reitman était sans doute, à l’origine, de proposer une « autre Histoire » des États-Unis et de la Grande Dépression, vue à travers les yeux des vagabonds, des hors-la-loi, des syndicalistes révolutionnaires, des bohèmes et des rebelles – en d’autres termes, des victimes de l’exploitation capitaliste et des laissés pour compte du rêve américain.

Porté par un récit simple et direct, ainsi que par la prestation plus vraie que nature de Barbara Hershey, Bertha Boxcar réussit donc son pari, en proposant une adaptation dont les thématiques fortes trouvaient encore un écho dans les préoccupations sociales de son temps. On notera par ailleurs que derrière la caméra, Martin Scorsese composait parfaitement avec les limites de son budget, en nous proposant même une poignée de plans très habiles et très surprenants dans le dernier acte du film.

Le Blu-ray

[4/5]

Rimini Éditions nous propose donc ce mois-ci de (re)découvrir Bertha Boxcar en Haute-Définition, grâce à un Blu-ray en tous points remarquable. Proposé dans un digipack surmonté d’un étui reproduisant une des affiches les plus iconiques – mais aussi une des plus mensongères – du film, le film de Martin Scorsese bénéficie d’un visuel accrocheur et classieux qui devrait à coup sûr amener de nouveaux cinéphiles à découvrir le film.

Côté Blu-ray, l’éditeur nous propose un master un peu rugueux sur les bords, mais exempt de tout problème technique : des griffes et/ou des taches pourront être repérées ici ou là, mais dans l’ensemble, cette version HD de Bertha Boxcar nous offre une très belle image, modeste mais authentique, le grain d’origine semblant avoir été globalement respecté. Le piqué est précis, les couleurs naturelles, les textures fines. Certains plans pourront paraître légèrement moins bien définis, mais on peut supposer que ce petit manque d’homogénéité est imputable non seulement à l’âge du film, mais aussi et surtout à son mode de production très modeste (« méthode Corman » oblige). Côté son, le film est proposé en VF et VO, le tout étant proposé dans des pistes DTS-HD Master Audio 2.0. Tout comme dans le cas de l’image, ces deux versions sonores s’avèrent tout à fait satisfaisantes, même si elles comportent quelques imperfections liées à l’âge du film et aux conditions de production. L’ensemble est néanmoins relativement propre, avec des effets modestes mais efficaces, et une musique habilement retranscrite.

Dans la section suppléments, on trouvera tout d’abord un entretien avec Julie Corman (7 minutes), qui reviendra avec franchise sur la conception du film, ainsi que sur le processus de casting et le tournage. Last but not least, on trouvera également sur la galette un entretien avec Alexis Trosset (26 minutes), journaliste cinéma se trouvant également être le co-auteur d’un ouvrage consacré à Martin Scorsese, sorti en 2004 chez Darkstar. Ce dernier y reviendra entre autres sur la place de Bertha Boxcar dans la carrière de Scorsese, sur la genèse du film ou encore sur les similarités entre ce film et le reste de la carrière du cinéaste. Il y voit notamment la dernière séquence du film comme la véritable « naissance » de Martin Scorsese en tant que cinéaste.

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