Test Blu-ray : As Bestas

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As Bestas

France, Espagne : 2022
Titre original : –
Réalisation : Rodrigo Sorogoyen
Scénario : Isabel Peña, Rodrigo Sorogoyen
Acteurs : Denis Ménochet, Marina Foïs, Luis Zahera
Éditeur : Le Pacte
Durée : 2h17
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 20 juillet 2022
Date de sortie DVD/BR : 23 novembre 2022

Antoine et Olga, un couple de Français, sont installés depuis longtemps dans un petit village de Galice. Ils ont une ferme et restaurent des maisons abandonnées pour faciliter le repeuplement. Tout devrait être idyllique mais un grave conflit avec leurs voisins fait monter la tension jusqu’à l’irréparable…

Le film

[4/5]

A n’en point douter, la trilogie formée par Que Dios nos perdone (2016), El Reino (2018) et la mini-série Antidisturbios (2020) figure à coup sûr parmi les meilleurs représentants du thriller espagnol tourné ces dix dernières années. Le point commun entre ces trois œuvres, c’est bien sûr qu’on les doit à Rodrigo Sorogoyen et à sa fidèle coscénariste Isabel Peña. Avec As Bestas, que l’on a découvert en sélection officielle lors du Festival de Cannes 2022, les duettistes élargissent un peu leur champ d’intervention, avec un film qui débordera un peu des frontières du thriller pour flirter celles du western. Il n’est naturellement pas question ici de cow-boys et de conquête de l’Ouest, mais d’un western contemporain, d’un « thriller rural » centré sur un tout petit nombre de personnages évoluant au cœur d’un décor désolé, quasiment exempt de bâtiments, et où la nature – monumentale – semble écraser les personnages au fil des saisons et du temps qui passe.

La temporalité est d’ailleurs une notion importante dans As Bestas, dont l’intrigue est clairement séparée en deux parties distinctes. D’une façon assez remarquable, le film de Rodrigo Sorogoyen adopte, tout au long de sa première partie, une structure suivant une vertigineuse spirale de violence et de folie. Plus les séquences s’égrènent, et moins les personnages campés à l’écran par Denis Ménochet et Luis Zahera semblent capables de s’écouter, de dialoguer afin de trouver un terrain d’entente. Au fur et à mesure que le film avance, la tension monte, et atteint son paroxysme à l’occasion de quelques-uns de ces mémorables plans-séquences ayant fait la réputation du réalisateur madrilène depuis son premier long-métrage solo en 2013.

On notera en particulier deux plans-séquences de dix minutes absolument remarquables, prenant tous deux place dans des intérieurs exigus, et fonctionnant comme un miroir mettant face à face la violence des hommes et celle des femmes. Il s’agit dans les deux cas de violentes altercations verbales : la première, qui prend place dans le café du village (le saloon ?), est une longue discussion « de la dernière chance » marquant le point de rupture définitif entre Antoine (Denis Ménochet) et les deux frères avec qui il est en conflit, Xan et Lorenzo (Luis Zahera et Diego Anido). La deuxième oppose Olga (Marina Foïs) et sa fille Marie (Marie Colomb). Et si le titre du film As Bestas désigne sans aucun doute les hommes, incapables de dompter la « bête » qui sommeille en chacun d’eux, Rodrigo Sorogoyen et Isabel Peña nous montrent que les femmes peuvent parfois également se montrer féroces.

Rodrigo Sorogoyen fait cependant le choix, finalement assez payant, de la neutralité dans le conflit qui oppose le couple de français et leurs voisins espagnols : si l’intrigue nous place plutôt du point de vue des expatriés, As Bestas ne porte pas pour autant de jugement sur ses personnages, et prend le temps de laisser chacun exprimer son ressenti. Ce choix accentue finalement le réalisme de l’ensemble, véritablement glaçant, et rend plus authentique l’ébauche de commentaire social qu’il nous propose, notamment à travers le débat sur les éoliennes, qui divise les habitants et confronte deux visions de la société. Cette volonté de nous proposer une intrigue viscérale proche du western tout en gardant un pied profondément ancré dans le réel de son époque rapproche d’ailleurs As Bestas d’une poignée d’autres excellents films, tels que Les Chiens de paille (Sam Peckinpah, 1971) ou La Traque (Serge Leroy, 1975). Plutôt de bonnes références, non ?

Le Blu-ray

[4/5]

Après une courte carrière dans les salles ayant attiré un peu plus de 327.000 curieux, As Bestas est dorénavant disponible au format Blu-ray chez vos dealers de culture habituels. C’est Le Pacte qui nous offre aujourd’hui la possibilité de (re)découvrir le film de Rodrigo Sorogoyen, et en Haute-Définition s’il vous plaît. Et à cette occasion, l’éditeur nous offre une galette de toute beauté. Piqué d’une précision à couper le souffle, couleurs magnifiques, définition sans faille : un sans faute, si l’on excepte quelques rares effets de moirage sur les noirs. On pourra cependant également noter un effet de « banding » horizontal lorsque le film est visionné sur une dalle ou téléviseur de 120 à 150 centimètres de diagonal ; ce défaut est en revanche complètement invisible en vidéoprojection sur un écran de grande taille. Les pistes son ne sont pas en reste, puisqu’elles sont toutes deux encodées en DTS-HD Master Audio 5.1 : dynamiques, immersives, dispensant leur quota d’effets atmosphériques extrêmement efficaces. On notera également la présence d’un mixage stéréo en DTS-HD Master Audio 2.0, qui s’avérera probablement plus clair si vous ne bénéficiez pas de Home Cinema et visionnez le Blu-ray le plus simplement du monde sur votre téléviseur.

Du côté des suppléments, on trouvera tout d’abord un entretien avec Rodrigo Sorogoyen (34 minutes), qui permettra au cinéaste d’aborder sa carrière ainsi que le film As Bestas ; il reviendra notamment sur ses influences, les acteurs du film ou encore sa méthode d’écriture, avec des histoires naissant de l’observation de situations ou de sentiments. Malheureusement, cette interview – par ailleurs régulièrement intéressante – est un peu parasitée par l’omniprésence à l’écran d’Emmanuelle Spadacenta, qui mène par ailleurs l’entretien de façon beaucoup trop intrusive, comme si elle cherchait constamment à se mettre en avant par rapport au cinéaste. On enchaînera ensuite avec une série d’entretiens croisés avec Rodrigo Sorogoyen et les acteurs du film (19 minutes). On notera que le scénariste / réalisateur s’y exprime en français. On terminera enfin le tour des bonus avec un sujet consacré à la musique du film, signée Olivier Arson (7 minutes).

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