Test Blu-ray : Achoura

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Achoura

France, Maroc : 2018
Titre original : –
Réalisation : Talal Selhami
Scénario : Jawad Lahlou, Talal Selhami, David Villemin
Acteurs : Sofiia Manousha, Younes Bouab, Omar Lotfi
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h36
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie DVD/BR : 31 décembre 2022

Jouant à se faire peur, quatre jeunes se rendent dans une demeure condamnée, réputée maudite. L’un d’eux disparaît dans des circonstances mystérieuses. Les trois survivants refoulent le souvenir de ce qui s’est passé, jusqu’à ce que Samir ne resurgisse 25 ans plus tard. La bande recomposée va devoir se confronter à son passé…

Le film

[3,5/5]

Achoura est un film d’horreur franco-marocain réalisé et coécrit par Talal Selhami, ayant été présenté en avant-première en décembre 2018 lors de la huitième édition du PIFFF (ou Paris International Fantastic Film Festival). Malgré son statut de coproduction entre le Maroc et la France ainsi que les nombreux prix remportés par le film dans différents festivals, Achoura n’a malheureusement pas connu d’exploitation dans les salles ni en France, ni au Maroc.

C’est bien dommage pour Talal Selhami, qui tenait avec Achoura le tout premier film de monstre tourné au Maroc, et aurait sans doute voulu connaitre la satisfaction de voir enfin son travail présenté au plus grand nombre. Il s’agit probablement là d’un crève-cœur pour ce réalisateur franco-marocain, qui s’était investi dans le projet avec force et pugnacité, et avait déjà supporté trois ans de post-production avant de pouvoir enfin commencer à faire la tournée des festivals avec Achoura.

C’est d’autant plus triste que ce n’est pas la première fois que Talal Selhami est victime de cette injustice : son premier long-métrage, Mirages, avait été présenté en décembre 2010 au festival international du film de Marrakech, puis en sélection officielle en compétition au festival international du film fantastique de Neuchâtel, mais n’avait malheureusement pas connu les joies d’une sortie dans les salles françaises : les cinéphiles français n’avaient en effet découvert son film qu’en 2013 grâce à une sortie en DVD et Blu-ray sous les couleurs d’Emylia.

Bref, si Talal Selhami pourra légitimement se montrer malheureux d’avoir encore été privé de sortie salles, il ne pourra en revanche que se réjouir de sa montée en gamme en ce qui concerne l’édition vidéo de son bébé, qui a cette fois été confié non plus à Emylia mais aux bons soins du Chat qui fume, ce qui, sans vouloir forcément faire de mauvais esprit, représente un peu le jour et la nuit en termes de qualité éditoriale. L’arrivée d’Achoura en Haute-Définition est donc une bonne nouvelle pour les cinéphiles, qui pourront profiter dans des conditions optimales de la mise en scène de Talal Selhami et de la sublime photo de Mathieu de Montgrand.

Achoura transportera donc le spectateur au Maroc, au cœur d’une histoire très noire trouvant ses racines dans la fête religieuse de l’Achoura. L’intrigue du film suit quatre amis d’enfance se retrouvant confrontés à la réapparition mystérieuse de l’un d’entre eux, disparu 25 ans plus tôt pendant l’Achoura. Ces retrouvailles inattendues les amèneront bientôt à devoir affronter un djinn monstrueux… Récit sur la perte de l’innocence se déroulant à deux époques espacées de plusieurs années, Achoura évoquera forcément l’histoire du roman de Stephen King intitulé Ça, le tout étant mâtiné de légendes issues du folklore marocain.

De fait, et bien que le tournage d’Achoura se soit déroulé en 2015, on pourra trouver quelques similitudes entre le film de Talal Selhami et les deux opus de la franchise Ça, réalisés par Andy Muschietti et respectivement sortis en 2017 et 2019. Dans les deux cas, il s’agit d’un film d’horreur atmosphérique mettant en scène un monstre puissant qui se régale d’enfants innocents. Dans les deux cas, les enfants qui survivent à la rencontre l’oublient avec le temps, se persuadant qu’il s’agissait d’un mauvais rêve. Dans les deux cas, l’intrigue souligne la naïveté des enfants lorsque les ténèbres tentent de les déchirer et de voler leur innocence…

Cependant, on aurait tendance à penser que le film en deux chapitres d’Andy Muschetti et celui de Talal Sehlami sont complémentaires, chacun d’entre eux affirmant une personnalité assez unique. Ainsi, au-delà de ces similitudes, Achoura nous propose un regard assez unique sur le folklore marocain, qui prouvera à ce qui auraient pu en douter que les histoires tournant autour de la peur, des traumatismes et de la perte de l’innocence sont universelles. Achoura est donc un film effrayant, qui développe un sentiment constant d’inquiétante étrangeté, voire même de malheur, qui s’avère presque présent dans chaque image éclairée par Mathieu de Montgrand. Talal Selhami cultive en effet tout au long de son films une noirceur tangible, qui laisse lentement monter le stress et l’anxiété, et cette impression de malaise durable est sans le fruit d’un gros travail créatif sur l’image et le son.

Achoura parvient ainsi à capter notre attention dès le début, avec une ouverture sinistre juxtaposée à des enfants qui rient et profitent des festivités de la période de l’Achoura ; les images de joie et d’obscurité créent immédiatement un contraste fort. La mise en scène et le choix des cadres de Talal Selhami achèvent de transporter le spectateur au cœur d’un monde qui n’est pas tout à fait le nôtre, familier et étrange à la fois, les paysages du Maroc facilitant évidemment la perte de repères. La musique de Romain Paillot ajoute de plus une couche de suspense supplémentaire, avec parfois une touche de « Dark Fantasy » qui collent parfaitement aux décors du film. Leurs efforts conjoints créent une véritable immersion et une atmosphère d’horreur enveloppée qui titille volontiers le fantasme et l’imagination.

Cependant, tout n’est pas parfait non plus au cœur d’Achoura ; bien que bien conçu, le film se prend un peu les pieds dans le tapis au cours de son troisième acte, et notamment lors de l’affrontement final entre les héros et le Djinn qui les poursuit. Malgré une introduction prometteuse, le film cède finalement un peu sous la pression. Cela dit, malgré quelques problèmes narratifs et des effets spéciaux trahissant parfois un peu trop les limites de son budget, Achoura demeure une expérience de cinéma ambitieuse et débordante de sincérité : à découvrir au plus vite !

Le Blu-ray

[5/5]

Une fois de plus, on ne pourra que s’incliner devant la classe absolue de l’édition Collector Blu-ray d’Achoura éditée par Le chat qui fume, qui s’impose à nouveau dans un superbe digipack 3 volets avec sur-étui cartonné, et dont le design a été assuré par le talentueux Frédéric Domont, que les anciens du forum bleu d’ecranlarge connaissaient sous le nom de BaNDiNi (comme ils connaissaient l’auteur de ces lignes sous le pseudo de Tonton BDM). Avant même la découverte de la galette Haute-Définition à proprement parler donc, cette édition fera déjà forte impression : il s’agit d’un bel objet aux finitions parfaites, qui se devra d’intégrer derechef la vidéothèque de tout amateur de fantastique qui se respecte.

C’est donc avec un plaisir non feint que l’on découvrira la curiosité franco-marocaine Achoura sur support Blu-ray. Et côté image, Le Chat nous propose un master de haute volée, rendant un bel hommage à la superbe photo du film : le piqué est précis, avec de belles couleurs vives, une profondeur de champ solide, et le tout est proposé dans un master parfaitement stable. Les contrastes auraient peut-être bénéficié d’un léger coup de boost, mais dans l’ensemble, c’est parfait. Côté son, le film est proposé dans un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 nous offrant une spatialisation étonnamment dynamique, riche d’effets certes discrets mais efficaces, et créant une immersion idéale pour le spectateur. On notera par ailleurs que Le Chat qui fume n’oublie pas les cinéphiles ayant laissé tomber les système de spatialisation sonore : un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 est également disponible, et s’avérera sans doute plus cohérent si vous visionnez Achoura sur un simple téléviseur.

Du côté des suppléments, Le Chat qui fume fait à nouveau très fort, et nous propose une quantité de bonus impressionnante : rien de moins que cinq heures vous seront nécessaires si vous commencez avec le Commentaire audio de Talal Selhami et embrayez avec le reste. On commencera donc le tour du propriétaire avec un entretien avec Talal Selhami (57 minutes), qui reviendra sur toute la production du film : idée de départ, écriture, financement, choix des techniciens, galères avec la boite d’effets spéciaux, tournage en 2015… Les anecdotes sont nombreuses et passionnantes, surtout en ce qui concerne les problèmes rencontrés par l’équipe au moment de la post-production, ainsi que sur l’expérience de producteur du cinéaste. Il reviendra également sur ses regrets mais également les choses dont il est le plus fier au cœur du film.

On continuera ensuite avec un entretien avec les acteurs Sofiia Manousha et Ivan Gonzalez (36 minutes), qui reviendront sur leur rencontre avec Talal Selhami et la façon dont ils sont arrivés sur le projet. Ils se remémoreront ensuite le tournage ainsi que le travail aux côtés du cinéaste. Le sujet suivant est un entretien avec la productrice Lamia Chraïbi (12 minutes), qui reviendra sur son travail et sa carrière avant d’aborder sa rencontre avec Talal Selhami. Elle expliquera être arrivée sur le projet tardivement, alors que celui-ci en était déjà à un stade de préparation assez avancé, puis reviendra sur le tournage et les nombreuses tuiles durant la post-production. Enfin, on aura également droit à un entretien avec le monteur Julien Fouré (23 minutes), qui reviendra sur son boulot de monteur basé au Maroc et bien sûr à son travail sur le film.

Mais ce n’est pas tout : on enchaînera en effet avec un passionnant making of du film (57 minutes), tourné à la façon d’un journal de bord, commençant le 28 janvier 2015 et s’arrêtant le 9 mars. On y découvrira énormément de moments volés sur le tournage ainsi qu’une poignée d’entretiens avec l’équipe. La bonne humeur et le professionnalisme sont à l’ordre du jour. On terminera enfin par un intéressant making of rétrospectif (29 minutes), rythmé par les souvenirs de Talal Selhami, les images du tournage et quelques séquences abandonnées, présentées ici sous la forme de storyboards ou de scènes dénuées d’effets visuels. Les mélomanes pourront également se pencher sur une courte featurette dédiée à la musique du film (5 minutes), signée Romain Paillot. On notera également la présence d’un bonus caché – un court-métrage intitulé The Curious case of Ivan Gonzalez (5 minutes), un faux documentaire extrêmement amusant consacré à l’acteur Ivan Gonzalez. Pour vous procurer cette édition limitée à 1000 exemplaires, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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