Test Blu-ray : Abandonnée

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Abandonnée

Espagne, Royaume-Uni : 2006
Titre original : The Abandoned
Réalisation : Nacho Cerdà
Scénario : Nacho Cerdà, Karim Hussain, Richard Stanley
Acteurs : Anastasia Hille, Karel Roden, Valentin Ganev
Éditeur : ESC Éditions
Durée : 1h39
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 30 mai 2007
Date de sortie DVD/BR : 5 mai 2021

Une américaine abandonnée à sa naissance, retourne dans son pays natal : la Russie. A peine arrivée, personne ne veut la conduire dans la ferme dont elle a hérité de ses parent naturels. Une superstition locale prétend que l’endroit est damné…

Le film

[3,5/5]

Réalisateur d’une trilogie de courts-métrages ayant fait sensation entre 1990 et 1998, Nacho Cerdà avait été bombardé nouveau maestro de l’horreur ibérique au milieu des années 2000 par la presse spécialisée dans le cinéma fantastique. Les dithyrambes les plus folles n’avaient cependant pas réussi à propulser son deuxième long-métrage, Abandonnée, au sommet du box-office. Sorti sur un circuit de 106 salles fin mai 2007, le film de Nacho Cerdà n’atteindrait même pas les 50.000 entrées dans l’hexagone.

Quinze ans plus tard, n’en déplaise à ceux qui repèrent un « Nouveau Evil Dead » tous les six mois, à la fois Abandonnée et Nacho Cerdà semblent malheureusement un peu retombés dans l’oubli – preuve s’il en fallait une que les hauts espoirs qui avaient été placés dans le cinéaste l’avaient sans doute été un peu trop hâtivement. On ne désespère cela-dit pas tout à fait de voir un jour débarquer Cerdà aux commandes d’un film ou d’une série sur Netflix… L’initiative d’ESC Éditions de ressortir Abandonnée au format Blu-ray est cependant à saluer, car le film a beau être plein de défauts, il n’en demeure pas moins un excellent petit film fantastique. Pas la claque ultime qu’on a tenté de nous vendre il y a 15 ans, mais un solide représentant du genre.

Le gros point fort d’Abandonnée réside clairement dans son ambiance, et au soin apporté par Nacho Cerdà aux aspects les plus formels de son œuvre. Il s’agit en effet d’un pur film d’atmosphère, « malaisant » pour utiliser un néologisme à la mode, n’hésitant pas à faire preuve d’une certaine agressivité dans ses effets. Qu’il s’agisse de l’image ou du son, tout semble mis en scène de façon à déranger le spectateur, à le secouer. Cela se traduit à l’image par une alternance de gros plans et de plans d’ensemble, par l’usage de filtres déformants ou de focales inhabituelles, ou encore par le recours à des couleurs extrêmement saturées, avec des jaunes cramés tirant sur le vert. Ajoutons à cela un goût certain pour les plans « gore » un peu craspec, qui tendent à accentuer les aspects les plus baroques du récit. Un gros travail sur le son a également été fait sur Abandonnée, qui multiplie les bruits stridents, bizarres, cacophoniques – cela contribue à faire perdre ses repères au spectateur, et augmente l’immersion au cœur du cauchemar vécu par l’héroïne.

Pour le reste, Abandonnée reste sur les rails très classiques du fantastique européen des années 2000, avec une histoire de trauma familial mêlée à une boucle temporelle et à quelques apparitions spectrales en arrière-plan : Nacho Cerdà et ses co-scénaristes Karim Hussain et Richard Stanley s’appliquent ainsi à enchevêtrer quelques-uns des motifs les plus récurrents du cinéma d’épouvante de l’époque, avec plus ou moins de bonheur selon les séquences. L’impression de dilatation du temps et de l’espace ne suffisent pas toujours, malgré l’énergie déployée par Cerdà, à assurer une immersion sans faille, tant le réalisateur étire ses rebondissements et autres artifices de mise en scène jusqu’à plus soif, comme pour mieux camoufler un nœud scénaristique finalement plutôt attendu et conventionnel.

Pas si virtuose qu’on a bien voulu nous le faire croire, le cinéaste ne parvient malheureusement pas, malgré ses louables efforts afin d’emmener Abandonnée en dehors des sentiers battus, à réellement convaincre à 100%. Pour autant, le film affiche de beaux restes, et s’avérait plein de promesses quant à la suite de la carrière de Nacho Cerdà. Malheureusement, le cinéaste n’a plus rien produit depuis un documentaire sur le fantastique espagnol en 2009. On espère qu’à l’image de ses compatriotes Jaume Balaguero, Alejandro Amenábar, Paco Plaza, Álex de la Iglesia, J.A. Bayona ou encore Jaume Collet-Serra, il parviendra à refaire parler de lui dans le cinéma de genre.

Le Blu-ray

[4/5]

Magnifié par un encodage Haute-Définition de haute volée, ce Blu-ray tardif d’Abandonnée édité par ESC Éditions rend pleinement justice à la photo très particulière du film, signée Xavi Giménez : définition, piqué, respect du grain argentique, couleurs respectées à la lettre… Du beau travail. Côté son, la VO est proposée dans un spectaculaire encodage DTS-HD Master Audio 5.1, et nous propose un rendu sonore puissant, dynamique et immersif, avec une spatialisation des effets vraiment étonnante : le spectateur se retrouve littéralement immergé en plein cœur du film. La VF quant à elle ne bénéficie que d’une piste DTS-HD Master Audio 2.0, qui s’avère cependant très efficace lors des scènes les plus stressantes du film.

Dans la section suppléments, l’éditeur est allé rechercher une partie des suppléments déjà disponibles sur l’édition DVD collector parue chez Wild Side en 2008. On retrouvera donc avec plaisir l’intéressant making of (30 minutes), au cœur duquel on trouvera un long entretien avec Nacho Cerdà entrecoupé d’interventions des acteurs et des membres de l’équipe. Les différentes étapes de la production du film y seront abordés, de l’écriture au tournage en passant par la post-production. On continuera ensuite avec un long entretien avec Nacho Cerdà (28 minutes), qui reviendra sur les origines de sa cinéphilie ainsi que sur l’élaboration de son film, les thématiques, la direction qu’il a voulu lui donner, et le résultat qui s’est quasiment imposé de lui-même. On poursuivra ensuite avec un autre entretien avec Nacho Cerdà (14 minutes), celui consacré aux anecdotes de tournage sur certaines séquences. On notera qu’il passe de l’espagnol à l’anglais à l’occasion de ce sujet. Enfin, on terminera avec la traditionnelle bande-annonce, qui s’accompagnera d’une rencontre entre Nacho Cerdà et Douglas Buck (14 minutes), qui échangeront leurs vues sur le cinéma. On notera par ailleurs – et c’est assez amusant – que Douglas Buck a eu le même type de trajectoire artistique que son collègue espagnol : considéré comme « The next best thing » au milieu des années 2000, il semble ne plus avoir tourné depuis sa collaboration au film à sketches The Theatre Bizarre en 2011.

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