Test Blu-ray 4K Ultra HD : Le Festin nu

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Le Festin nu

États-Unis, Canada, Royaume-Uni, Japon : 1991
Titre original : Naked Lunch
Réalisation : David Cronenberg
Scénario : David Cronenberg
Acteurs : Peter Weller, Judy Davis, Ian Holm
Éditeur : Metropolitan Vidéo
Durée : 1h55
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 11 mars 1992
Date de sortie BR4K : 3 mai 2024

1953, à New York. Un ancien drogué, Bill Lee, devenu exterminateur de cafards, est mis sous les verrous par deux agents de la brigade des stupéfiants. Dans le commissariat, un insecte géant le charge d’une étrange commission à transmettre dans le cadre d’une incompréhensible mission d’espionnage. Tout à sa tâche, Bill Lee découvre que sa femme se drogue avec de la poudre insecticide. Le docteur Benway lui prescrit un puissant narcoleptique mais, à son retour, Bill Lee constate que sa femme le trompe avec deux amis à la fois. Il cause accidentellement sa mort et s’enfuit dans le secteur international de Tanger, Interzone, où un extraterrestre, un Mugwump, le rejoint…

Le film

[4/5]

Pour ceux qui s’étonneraient de la bizarrerie ambiante développée par David Cronenberg sur Le Festin nu, on rappellera que le film est l’adaptation d’un roman de William S. Burroughs, une des icônes de la Beat Generation. Réputé « inadaptable », le roman fut écrit sous l’influence de drogues hallucinogènes, d’héroïne et de cocaïne, et s’avérait totalement déstructuré, que cela soit dans la forme ou le fond. Conçu sous la forme de note éparses vaguement reliées entre elles, le roman laissait libre cours à toutes les folies et à toutes les divagations allégoriques et sexuelles, avec une touche de science-fiction barrée, de mutations corporelles, d’orgies homosexuelles, de complots et de créatures difformes et angoissantes.

On a souvent déclaré, en parlant du livre de William S. Burroughs, qu’il était l’œuvre d’un homme ayant expérimenté à peu près toutes les drogues qui lui tombaient sous la main, et qu’il fallait probablement avoir également expérimenté toutes sortes de drogues pour le comprendre. On suppose qu’il en va de même pour Le Festin nu version David Cronenberg : si le cinéaste en signe une adaptation très libre et beaucoup plus structurée, il faudra vraiment s’accrocher en tant que spectateur pour vivre et saisir la portée symbolique de la descente aux enfers dans l’esprit d’un junkie que nous propose le film.

Qu’on aime le film ou pas, que l’on apprécie le cinéma de David Cronenberg ou pas, il convient dans tous les cas de reconnaître que Le Festin nu demeure, même plus de trente ans après sa sortie, un putain de trip sur celluloïd qui n’a pas pris une ride. Le film prend tous les atours d’un rêve éveillé, tirant régulièrement sur le cauchemar. A l’image du personnage principal, brillamment interprété par Peter Weller, le spectateur ne comprend pas toujours ce qu’il voit ou entend, mais l’atmosphère du livre est étonnamment bien recréée.

Toute la narration du Festin nu avance sur la ligne ténue qui sépare le fantasme de la réalité, David Cronenberg se posant en guide touristique de l’Interzone. Beaucoup d’éléments nous échappent, et même après plusieurs visionnages, le spectateur aura toujours cette impression diffuse : celle d’avoir vécu un rêve étrange, sans logique, prenant place dans un univers bizarrement rétrofuturiste. La mise en scène, les décors, les costumes et même plus largement la photo de Peter Suschitzky et la musique d’Howard Shore sont à l’avenant, disposant de plusieurs niveaux de lecture et ne ressemblant à rien de ce qui a été réalisé auparavant.

Tout en étant très différent des autres œuvres de David Cronenberg, Le Festin nu se rattache néanmoins par bien des aspects aux thématiques chères au cinéaste canadien. Son choix de ne pas essayer de livrer une adaptation traditionnelle du bouquin mais plutôt d’en extraire certains éléments en les combinant avec des éléments connus de la vie de William S. Burroughs lui a ainsi permis de créer une espèce de film hybride se concentrant en quelque sorte sur l’écriture du livre plutôt que sur le livre lui-même. Le résultat dépasse de fait le simple stoner movie qui suivrait les dérives hallucinatoires du personnage principal, et prend des allures littéraires et « méta » que l’on n’avait pas forcément vu venir, et qui font de ce Festin nu un voyage cinématographique mémorable.

Le coffret Blu-ray 4K Ultra HD

[5/5]

Déjà sorti au format Blu-ray il y a quelques années, dans une édition techniquement assez faible, Le Festin nu s’offre aujourd’hui une édition Blu-ray 4K Ultra HD à la hauteur de toutes nos attentes grâce aux efforts de Metropolitan Vidéo. On notera d’entrée de jeu la classe inouïe du packaging : le Digipack quatre volets accueillant le Combo Blu-ray 4K Ultra HD + Blu-ray du film nous arrive accompagné d’un livret de 64 pages contenant une introduction de David Cronenberg ainsi qu’un entretien avec David Cronenberg réalisé en 1991 par Serge Grünberg pour Les Cahiers du Cinéma et une large sélection d’affiches et de photos. Le tout sera surmonté d’un boîtier en carton rigide d’une élégance folle, dont la composition graphique très originale est signée L’Étoile graphique. De l’édition « Collector » qui déchire sa race, et que vous serez fiers de voir trôner sur vos étagères !

Côté transfert, la remasterisation 4K du Festin nu, supervisée par Peter Suschitzky et approuvée par David Cronenberg, est absolument renversante. L’image est vraiment somptueuse, avec un niveau de d’une précision chirurgicale et des contrastes saisissants. L’étalonnage Dolby Vision améliore de façon assez nette les couleurs du film, ainsi que la luminosité des différentes teintes, chaudes ou froides, voulues par David Cronenberg et son chef opérateur Peter Suschitzky ; le Blu-ray, si excellent soit-il, parait presque terne en comparaison de la présentation 4K que nous propose ici Metropolitan. Même les couleurs sombres (tels que le marron des chaussures ou des vêtements des personnages), sont plus éclatantes en 4K, sans parler des teintes jaunes souvent utilisées tout au long du film. Le grain argentique a par ailleurs été scrupuleusement préservé et s’avère d’une finesse assez remarquable. Du côté des enceintes, la version originale nous est proposée en DTS-HD Master Audio 5.1, qui ouvre davantage les effets et les sons d’ambiance, tout en offrant une restitution acoustique plus aérée du score souvent étrange d’Howard Shore. Le film est également proposé en VF/VO et DTS-HD Master Audio 2.0, et la stéréo offre en réalité une expérience très satisfaisante, le film n’ayant pas spécialement été conçu pour une spatialisation outrancière. Que cela soit en version française ou en version originale, les dialogues sont clairs et nets tout au long du film.

Du côté des suppléments, Metropolitan Vidéo nous gâte également : on commencera avec un intéressant Commentaire audio du réalisateur David Cronenberg (VOST), qui nous délivrera une poignée de réflexions très intéressantes sur la conception et le tournage du film ; même si son ton un peu monocorde pourra vous endormir un peu, il est assez fascinant à écouter. On continuera ensuite avec un making of d’époque (55 minutes) signé Chris Rodley, ayant eu l’honneur de se voir remasterisé en HD à partir de la copie 16 mm personnelle du documentariste. Il s’agit d’un document passionnant, qui rassemble des entretiens avec l’équipe et les acteurs, mais s’intéresse également aux effets spéciaux, ainsi qu’à la vie et au roman de William S. Burroughs. On pourra y découvrir de nombreux moments volés sur le plateau, ainsi que des interventions de Burroughs lui-même.

On continuera ensuite avec un entretien avec le producteur du film Jeremy Thomas (21 minutes), qui se remémorera la genèse du Festin nu et évoquera sa relation avec le réalisateur David Cronenberg, et on embrayera aussi sec avec une Masterclass de David Cronenberg et Howard Shore (21 minutes), qui s’était déroulée au regretté Virgin Megastore à l’occasion de la parution d’un livre d’entretiens avec Serge Grünberg il y a une vingtaine d’années. Le cinéaste et son compositeur fétiche y évoqueront leur collaboration de longue date, et… hé bien, c’est à peu près tout. Si vous désiriez en apprendre davantage sur les influences d’Howard Shore ou ses méthodes de travail, malheureusement, vous en serez pour vos frais, mais il faut admettre que la musique est un Art sur lequel il est difficile de s’exprimer, surtout face à un public de néophytes. On terminera enfin par deux bandes-annonces, celle d’origine (créée avec la collaboration de William S. Burroughs) et celle de la reprise du film dans les salles en 2023, et par une présentation du film par Serge Grünberg (16 minutes). Le critique / spécialiste de David Cronenberg nous proposera une lecture assez intéressante du film, axée sur le pouvoir de l’imagination et la création artistique, en soutenant la thèse selon laquelle le personnage incarné par Peter Weller dans le film n’a en réalité jamais quitté New York. Très intéressant !

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