Test Blu-ray 4K Ultra HD : Blue Sunshine

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Autrefois sorti en DVD sous les couleurs de l’éphémère « Collection Secrète », vaine tentative française de Bac Vidéo d’exporter les films du label américain « Something Weird », Blue Sunshine débarque aujourd’hui dans une toute nouvelle édition, au format Blu-ray 4K Ultra HD, sous les couleurs du Chat qui fume. On salue bien bas l’initiative de l’éditeur français, qui, de plus, nous propose dans son Combo 4K + 2 Blu-ray, un deuxième film réalisé par Jeff Lieberman : le très méconnu Meurtres en VHS, invisible depuis de très nombreuses années dans l’hexagone, et ayant la particularité de mettre en scène Kevin Dillon ainsi qu’une toute jeune Jennifer Tilly ! On vous propose de ce fait un petit retour sur deux films ayant la particularité commune d’être particulièrement bizarres et attachants…

« Bizarre et attachant » est probablement d’ailleurs ce qui qualifierait le mieux l’intégralité de l’œuvre de Jeff Lieberman. Que l’on pense à La Nuit des vers géants (1976), à Survivance (1981) ou même à Au service de Satan (2004), tous ses films, réalisés avec un Art certain pour s’adapter à des budgets pour le moins modestes, développent une irrépressible attirance pour l’étrange. Cette inclinaison classe définitivement Lieberman comme un cinéaste à part, et ses longs-métrages comme des œuvres absolument uniques, souvent maladroites, mais toujours originales et pleines de promesses. Blue Sunshine et Meurtres en VHS ne font pas exception à la règle…

Blue Sunshine

États-Unis : 1977
Titre original : –
Réalisation : Jeff Lieberman
Scénario : Jeff Lieberman
Acteurs : Zalman King, Deborah Winters, Mark Goddard
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h35
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 7 juin 1978
Date de sortie BR/4K : 30 novembre 2021

En cette année 1977, la Cité des Anges est confrontée à une vague de meurtres sauvages et inexplicables, guidés par la folie. La police porte rapidement ses soupçons sur un jeune homme : Jerry Zipkin. Afin de prouver son innocence, ce dernier, aidé par son amie Alicia Sweeney, mène alors son enquête et constate que les divers assassins présentent pour points communs d’être chauves et d’avoir fréquenté dix ans plus tôt l’Université de Stanford. À cette époque, ils ont absorbé une drogue expérimentale baptisée Blue Sunshine, dont les effets dévastateurs se déclenchent à retardement. Face à cette menace, Jerry pourra-t-il se disculper avant qu’il ne soit trop tard ?

Sonnant comme un coup de massue destiné à mettre fin à l’euphorie et aux rêves utopistes de la jeunesse de la fin des années 60, Blue Sunshine remet en cause la ruée vers le LSD et les acides récréatifs largement consommés par les hippies (et les autres) dans l’insouciance des années Easy Rider. Et si les effets secondaires de ces drogues nouvelles ne faisaient leur apparition que dix ans plus tard ? En cette période post-pandémique peu maitrisée, le film ainsi que les questions ici soulevées par Jeff Lieberman semblent plus que jamais d’actualité : quels seront les effets indésirables de ces vaccins injectés en masse à tous les peuples de la Terre ?

Peut-être ceux imaginés par le scénariste / réalisateur dans Blue Sunshine : perte des cheveux, désorientation, fureur homicide. Dans le film, Jerry Zipkin (interprété par Zalman King, qui deviendrait un réalisateur spécialiste de l’érotisme ciné et TV dans les années 90) voit donc sa vie bouleversée après avoir assisté à l’assassinat brutal et inexpliqué d’un groupe de femmes par un de ses amis, devenu chauve et incontrôlable. Accusé à tort d’être l’auteur de ces crimes, Jerry fuit, mais profite de sa cavale pour chercher une explication au comportement de son ami. Une vague de crimes commis par des chauves ayant la particularité d’être tous diplômés de Stanford le mettra sur la piste d’un acide appelé « Blue Sunshine », que les tueurs auraient tous consommé durant leurs études…

Ainsi, sous couvert de thriller horrifique, Blue Sunshine soulève un certain nombre de questions, et le fait sans avoir l’air d’y toucher. C’est d’ailleurs avec la même candeur qu’il représente quelques-unes des élites du pays de l’oncle Sam (médecins, avocats, policiers, politiciens) en les décrivant comme autant d’hypocrites – autant d’anciens dealers et drogués ayant finalement retourné leurs vestes pour passer du bon côté de la bien-pensance. Un message doucement subversif qui renforce l’impact de ce trip surréaliste emmenant le spectateur au-delà de l’arc en ciel de la prise de LSD…

Au fur et à mesure que le film évolue, Blue Sunshine parvient à développer une sourde atmosphère d’horreur et de paranoïa, régulièrement entrecoupée par des scènes mettant en scène les fameux chauves tueurs ainsi que par les tentatives – souvent maladroites – du héros pour détecter et éviter le danger. La majeure partie du film est ainsi consacrée à l’enquête de Jerry, qui collecte les indices et tente désespérément de comprendre ce qui se cache derrière cette soudaine vague de meurtres. Et finalement, malgré le refus net de Jeff Lieberman de céder aux scènes de flash-backs (on apprendra dans les suppléments qu’il s’agissait d’une contrainte liée au faible budget du film), la façon dont l’enquête avance et dont les pièces du puzzle s’assemblent peu à peu est assez convaincante. Le sentiment d’anxiété générale allant crescendo au fur et à mesure que Blue Sunshine avance, le spectateur se retrouve pleinement immergé dans l’univers étrange du cinéaste.

Jeff Lieberman compose donc plutôt habilement avec le manque de moyens dont il dispose ; pour les scènes mettant en scène les tueurs fous, il multiplie par exemple les plans sur leurs yeux, qui semblent bouger de façon non maitrisée et instinctive. Cela ajoute à l’étrangeté des séquences, et donne un cachet visuel inattendu à des scènes qui auraient tôt fait de sombrer dans le ridicule. Alors, bien sûr, le dénuement formel de Blue Sunshine n’empêchera pas certains spectateurs de ricaner au détour d’une séquence ou une autre, qui pourra leur paraître vaguement absurde ou trop datée pour s’avérer convaincante – on pense par exemple à la fameuse séquence « disco » du film, qui, il est vrai, n’est pas piquée des hannetons. Mais ce côté un poil ridicule, cette façon de lier l’horreur à un certain humour potache, n’étaient-ils pas des effets recherchés de la part de Lieberman ?

Meurtres en VHS

États-Unis : 1988
Titre original : Remote control
Réalisation : Jeff Lieberman
Scénario : Jeff Lieberman
Acteurs : Kevin Dillon, Deborah Goodrich, Jennifer Tilly
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h28
Genre : Comédie, Science-Fiction
Date de sortie BR : 8 décembre 2021

Cosmo, employé d’un vidéo-club dans le quartier de San Pedro, à Los Angeles, découvre que l’une des cassettes en location dans le magasin – un film de science-fiction intitulé Remote Control – provoque des pulsions meurtrières chez tous ceux qui la visionnent. Avec l’aide de son ami Georgie, Cosmo mène alors son enquête, et finit par mettre au jour un complot d’origine extraterrestre…

La nostalgie des années 80 bat son plein depuis quelques années : nombreux sont les films et séries TV transportant le spectateur en plein de cœur des années Madonna et Spandex fluo. En vidéo et en VOD, le cinéma des années 80 a la côte également : les films estampillés Cannon, Amblin et les Hits de vidéo-clubs de l’époque font ainsi partie de ceux qui parviennent encore à résister au spectre de la dématérialisation. Dans les années 80 en revanche, c’était les années 50 qui semblaient faire battre le cœur des américains, et par conséquent du monde entier. On ne compte ainsi plus les films qui exploraient cette décennie au cinéma. On pense à Retour vers le futur évidemment, mais également à Peggy Sue s’est mariée, ou à une petite vague de films fantastiques faisant explicitement référence au cinéma de série B des années 50 : Night of the Creeps, Le Blob, L’invasion vient de Mars, Explorers, Killer Klowns… A la TV, le Elvira’s Movie Macabre, le Mystery Science Theater 3000 ou même le reboot des Jetson exploitaient également ce filon de la nostalgie des Fifties.

Meurtres en VHS s’inscrit à 100% dans cette vague de productions développant une tendresse amusée vis-à-vis de la série B américaine des années 50. La nostalgie se manifeste d’ailleurs d’une double manière, dans le sens où le fait de revoir le film sera une intense source d’émotion pour les cinéphiles de la génération des vidéoclubs triomphants : il y a même des chances pour que quelques-uns profitent de l’excellente définition du Blu-ray pour mettre le film en pause et répertorier toutes les glorieuses jaquettes ornant les boîtiers de VHS sur les étagères du vidéoclub où bosse le personnage principal.

Ajoutez à cela la mode outrancière des années 80 et les acteurs, tous sympathiques : Kevin Dillon, connu pour avoir été le héros de The Blob version Chuck Russell, interprète donc le personnage principal. A ses côtés, on notera principalement deux rôles féminins, aux looks rétro-futuristes complètement improbables. Deborah Goodrich (Week-end de terreur) arbore ainsi une coiffure assez folle, donnant vaguement l’impression au spectateur qu’un gros animal l’a copieusement léchée derrière la tête, lui plaquant de ce fait une partie des cheveux dans un mouvement étrange. L’actrice-culte Jennifer Tilly, future héroïne de Bound et idole des fanboys depuis son interprétation de Tiffany dans la saga Chucky, nous livre également son numéro outrancier et amusant pendant le premier quart d’heure de Meurtres en VHS. Son look est tout aussi surréaliste que celui de sa camarade de jeu, sa coiffure se situant quelque part entre les délires capillaires de John Waters sur Hairspray et celle de Jane Jetson. Les décors, accessoires et autres costumes sont à l’avenant, évoquant le meilleur des films d’Albert Pyun de l’époque (Radioactive Dreams et Vicious lips en tête). Bref, c’est du tout bon !

Pour le reste, l’intrigue Meurtres en VHS profite de ses clins d’yeux rigolards et affectueux aux films de science-fiction des années 50 pour amorcer une réflexion sur le regard prenant la forme d’une mise en abime vertigineuse : le scénariste / réalisateur ne se contente pas en effet de mettre en scène un « film dans le film », mais pousse carrément le bouchon en osant le concept de « film dans le film dans le film » par le biais de la connivence avec le public, réduisant à néant le traditionnel « quatrième mur ». Bien sûr, les limites budgétaires empêchent Jeff Lieberman de pousser ses idées à leur paroxysme, mais l’ambiance de vieux film de Drive-in et le mélange d’horreur et de comédie noire fonctionne parfaitement.

Divertissant, malin et parfaitement rythmé, Meurtres en VHS s’avère donc un véritable petit concentré de plaisir. Les rires sont nombreux, et le film ne se prend jamais au sérieux, ce qui le rendra forcément très attachant pour les cinéphiles de la génération VHS, qui pourront y voir une variation sur le thème de Videodrome, mettant cette fois en scène une invasion extraterrestre par le biais de cassettes vidéo « infectées » plongeant leurs spectateurs dans un état second propre au déchaînement de la violence (un peu comme dans Blue Sunshine, tiens).

Le Combo Blu-ray 4K Ultra HD + 2 Blu-ray

[5/5]

Blue Sunshine vient donc de ressortir au format Blu-ray 4K Ultra HD dans un luxueux Digipack estampillé Le Chat qui fume, contenant en bonus le Blu-ray de Meurtre en VHS. Les amateurs seront probablement ravis d’apprendre que ce deuxième film fait également en parallèle l’objet d’une sortie « solo » chez l’éditeur. Comme d’habitude, le packaging et le design de cette nouvelle édition ont fait l’objet d’un grand soin, et du talent de graphiste de Frédéric Domont. Le visuel utilisé pour le fourreau est celui, très psychédélique, de l’affiche du film, que l’on connait depuis de nombreuses années. C’est le même que celui qui avait déjà servi pour l’édition DVD de 2006, sans l’effet miroir / argenté que l’on trouvait sur ce dernier à l’époque – les plus maniaques pourront conserver la jaquette de leur précédente édition à l’intérieur de la nouvelle. Ce nouveau coffret est présenté dans un sublime Digipack trois volets, proposant de façon malicieuse une galette estampillée « Blu-ray 4K Ultra HD », une « Blu-ray » et une comportant le logo « VHS ».

Côté master, la restauration 4K de Blue Sunshine permettra une véritable redécouverte du film à tous ceux qui l’avaient vu pour la première fois en DVD il y a une quinzaine d’années. La clarté et la précision de l’ensemble sont absolument remarquables, le niveau de détail est impressionnant, et l’upgrade est tel que l’on en remarquera peut-être finalement d’avantage les limites – d’un point de vue technique et photographique – que lors de notre prime découverte du film. Mais cette précision retrouvée met également en avant les qualités du film : décors, costumes, maquillages, effets de mise en scène. Les couleurs bénéficient également d’un rafraîchissement tout à fait bienvenu : on découvre par exemple grâce à cette nouvelle édition que le crâne des tueurs chauves du film comporte de singuliers reflets argentés, ce qui ajoute encore à l’étrangeté de l’ensemble. La forte granulation d’origine à été préservée, ce qui renforce le côté puissamment « cinématographique » de ce trip sensoriel. Du très beau travail. Côté son, seule la VO nous est proposée, mais vous aurez le choix entre un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine et un remixage DTS-HD Master Audio 5.1. Que les puristes se rassurent cependant : la spatialisation a été faite intelligemment, en respectant l’esprit du film, et propose donc essentiellement des effets d’ambiance à la portée relativement limitée. Dans les deux cas, les dialogues sont clairs et bien placés. Les surrounds renforcent plutôt bien l’atmosphère générale du film, et apportent un punch supplémentaire aux séquences de foule et de poursuites. Très bon !

Sur le Blu-ray « Bonus », la restauration 2K de Meurtres en VHS s’avère tout aussi convaincante. L’image est propre, d’une stabilité impeccable, et définition et piqué sont excellents. L’encodage ne nous réserve aucune mauvaise surprise, le grain cinéma est respecté, et les contrastes finement travaillés. La restauration a globalement fait place nette des tâches, rayures et autres griffes disgracieuses, et propose une image stable, bénéficiant d’un rendu carrément inespéré au regard de la popularité du film en France. Côté son, l’éditeur nous propose le film en VF et VO d’époque en DTS-HD Master Audio 2.0, s’imposant dans les deux cas sans souffle ni bruits parasites. Les dialogues sont parfaitement clairs, dynamiques et bien équilibrés. On appréciera la VF d’époque blindée de voix que l’on adore, et les sous-titres ne souffrent d’aucun problème particulier.

Du côté des suppléments, outre le gros morceau que constitue la (re)découverte de Meurtres en VHS, on notera la présence de nombreux bonus consacrés à Blue Sunshine : on commencera avec un commentaire audio de Jeff Lieberman (VO), pour enchainer avec une large sélection de vignettes consacrées au film, et donnant largement la parole au scénariste / réalisateur du film. Le premier supplément est un passage de Jeff Lieberman dans l’émission Fantasy Film Festival (12 minutes). Cette émission de 1980, dont la particularité était d’être présentée par un jeune Mick Garris, reviendra essentiellement sur la genèse et le tournage de La nuit des vers géants, son premier film. En fin de sujet, il évoquera également Blue Sunshine, qui devait être diffusé à la TV juste après l’entretien. On poursuivra ensuite avec un autre entretien avec Jeff Lieberman (7 minutes), qui reviendra sur son expérience du LSD ainsi que sur son rapport à l’autorité, qui ont largement influencés la tonalité du film. On retrouvera également le cinéaste au cœur d’une session de questions/réponses au Jumpcut Cafe (15 minutes), ce qui lui permettra de partager une petite série d’anecdotes – parfois amusantes, notamment lorsqu’il évoque le fait qu’on lui ait proposé de réaliser La fièvre du samedi soir ou les essais de Jeff Goldblum pour le film – avec un parterre d’une vingtaine de cinéphiles venant d’assister à une projection du film.

On passera ensuite à l’équipe du film, avec tout d’abord un entretien avec Robert Waldon (10 minutes), qui joue le médecin / ancien dealer et ami du héros du film. Il évoquera l’état de sa carrière au moment du tournage, avant de revenir sur l’effervescence des années 70 ainsi que sur le respect qu’il a pour Jeff Lieberman, qu’il décrit comme un perfectionniste assez maniaque. On continuera avec un entretien avec Richard Crystal (7 minutes), qui incarne le premier tueur chauve à péter un câble à l’écran. Il se remémorera surtout les séances de maquillage lui ayant permis de devenir à l’écran le tueur chauve qui entrerait dans la légende du film. Enfin, on terminera avec un entretien avec Sandy King (10 minutes), scripte du film, qui reviendra sur les particularités de son métier ainsi que sur son expérience mouvementée sur le tournage de Blue Sunshine.

Les amoureux du film curieux de constater l’évolution de la ville de Los Angeles se régaleront également d’un retour sur les lieux de tournage (9 minutes), en compagnie de Jeff Lieberman qui rejouera pour l’occasion une poignée de scènes du film. On trouvera également une poignée de scènes commentées par l’acteur Mark Goddard (9 minutes), qui lui permettront de revenir brièvement sur sa carrière ainsi que sur le tournage de Blue Sunshine.

Mais Le Chat qui fume ne s’arrête pas là, et nous propose également un intéressant court-métrage de Jeff Lieberman, intitulé The Ringer (20 minutes), qui porte en lui les germes de ce que deviendrait Blue Sunshine. Le court est également proposé avec un commentaire audio du réalisateur. Enfin, on terminera avec la traditionnelle bande-annonce. Pour vous procurer cette édition limitée à 1000 exemplaires, rendez-vous sur le site du Chat qui fume.

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