Critiques de films Drame — 27 décembre 2012
Tabou

affiche

France, Portugal, Brésil, Allemagne : 2012
Titre original : Tabu
Réalisateur :
Scénario : Mariana Ricardo, Miguel Gomes
Acteurs : , ,
Distribution : Shellac Distribution
Durée : 1h50
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 05 décembre 2012

Globale : [rating:4][five-star-rating]

Miguel Gomes, cinéaste portugais de tout juste quarante ans a réalisé un film atypique, en noir et blanc et en partie muet sans  pourtant copier The artist, un succès oscarisé de l’an passé. Après un prologue « colonial » (qui nous mène sur une fausse voie) où un explorateur en proie au désespoir se jette dans un marigot infesté de crocodile pour rejoindre son épouse défunte, le film démarre vraiment aujourd’hui avant de s’articuler autour de deux parties distinctes dans l’histoire, le temps et la forme.

Synopsis : Une vieille dame au fort tempérament, sa femme de ménage Cap-Verdienne et sa voisine dévouée à de bonnes causes partagent le même étage d’un immeuble à Lisbonne. Lorsque la première meurt, la voisine va découvrir un épisode de son passé : une histoire d’amour et de crime dans une Afrique de film d’aventures.

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Le temps des fantômes

Au début, nous découvrons Pilar au cinéma devant ce prologue justement, devant le fantôme de l’épouse de l’explorateur suicidaire. Pilar qui semble mener une vie assez austère entre les manifestations contre la guerre, l’accueil d’étudiantes chrétiennes, les séances de cinéma, seule ou accompagné d’un ami avec qui elle ne veut pas nouer de relations plus intimes et les visites à sa voisine, la vieille Aurora, placée par sa fille éloignée dans tous les sens du terme, sous la « garde » de la peu amène Santa.

C’est Aurora qui contre toute attente devient en fait le personnage principal du film. Aurora qui semble en proie à un lourd secret et qui meurt avant de revoir celui qu’elle réclame. Cet homme c’est Ventura, que Pilar retrouve et qui va lui livrer le passé d’Aurora, qui va réveiller les fantômes de sa jeunesse.

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Paradis perdu

Et là le film bascule dans le muet, en fait plutôt le film sonore car si les dialogues n’existent pas la bande son est d’une totale richesse. Seule la voix off du vieux Ventura raconte le temps d’hier, le temps d’une jeunesse lointaine et si proche dans son cœur.

Aurora vivait avec son mari dans une ferme africaine, se livrant à la chasse, prenant le thé avec ses amies de la colonie, dansant dans quelques soirées un peu mondaines, un peu désespérées ou élevant un alligator, cadeau de son époux. Aurora est enceinte, Aurora s’ennuie quand elle rencontre le beau Ventura. Tenus à distance par les règles de « bonne conduite » ils succombent vite cependant à une passion charnelle qui les rendra fou amoureux l’un de l’autre et que la distance que Ventura tente de mettre en eux ne dissipera pas. C’est alors la fuite à moto, la veille de l’accouchement et le drame terrible qui les séparera à jamais.

Gomes peint ainsi, sans un mot,  une société portugaise coloniale, un pays au bord de l’indépendance, des amitiés viriles, la culpabilité dans tous ses états et un amour au delà du temps.

 

Résumé

La première partie n’est pas très accessible, un peu ennuyeuse même. On ne sait guère où Miguel Gomes veut nous mener et le trio Pilar, Aurora, Santa n’est pas véritablement attachant. Il est pourtant essentiel pour ouvrir et éclairer cette superbe deuxième partie, film dans le film, anachronique parfois, triste, violent, poétique et fort tout à la fois. Expérience esthétique originale pure et grand film romanesque, Tabou surprend et finit par séduire insidieusement. Il dévoile un des plus beaux talents de réalisateur de 2012 pour clore une année pas si riche que cela.

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Eric

Cet article a été rédigé par Eric Becart, Rédacteur de Critique Film.