Critique : Rêves d’or

reves d'or afficheRêves d’or

Mexique, Espagne : 2013
Titre original : La jaula de oro
Réalisateur :
Scénario : Diego Quemada-Diez, Lucia Carreras, Gibran Portela
Acteurs : Brandon López, Karen Martinez, Rodolfo Dominguez, Carlos Chajon
Distribution : Pretty Pictures
Durée : 1 h 48
Genre : Drame
Date de sortie : 4 décembre 2013

4/5

Depuis de nombreuses années, le périple vers les de migrants originaires de l’Amérique Centrale est devenu un genre cinématographique à part entière. Il y a 4 ans, Sin Nombre, de Cary Fukunaga, avait permis à ce genre de faire une timide percée commerciale dans notre pays : Prix du Jury à Deauville, près de 150 000 entrées dans l’hexagone. Intéressant par son sujet, le film souffrait d’une réalisation un peu trop calibrée, un peu trop artificielle. Sur un sujet similaire, le réalisateur espagnol Diego Quemada-Diez nous offre un film beaucoup plus juste, beaucoup plus sincère et, par conséquent, beaucoup plus fort.

Synopsis :Originaires du , Juan, Sara et Samuel aspirent à une vie meilleure et tentent de se rendre aux États-Unis. Pendant leur périple à travers le Mexique, ils rencontrent Chauk, un indien du Chiapas ne parlant pas l’espagnol et qui se joint à eux. Mais, lors de leur voyage dans des trains de marchandises ou le long des voies de chemin de fer, ils devront affronter une dure et violente réalité…

Reves d'or 3

Le rêve de 4 adolescents

Originaires du Guatemala, Juan, Sara et Manuel n’ont qu’un rêve en tête : traverser le Mexique, passer la frontière avec les Etats-Unis et s’installer dans ce pays qui, pour eux, représente l’Eldorado. Ils n’ont que 16 ans, l’âge de tous les espoirs. Sara est une fille, elle va s’habiller en garçon, se coiffer en garçon, se transformer en un garçon prénommé Oswaldo. Lors de la traversée du Mexique, ils font la connaissance de Chauk, un jeune indien tzotzil qui ne parle pas du tout espagnol. Contrôlés par la police mexicaine, ils sont refoulés vers le Guatemala, y compris Chauk qui, originaire du Chiapas, est, par conséquent, mexicain. Mais nos adolescents sont têtus comme des mules, et ils repartent vaillamment vers le nord. Mules … : c’est ainsi qu’on appelle celles et ceux qui passent de la drogue pour les trafiquants et il faut parfois en devenir une pour franchir la dernière frontière !

Reves d'or 1

Dix années de travail

Rêves d’Or est le premier long métrage de Diego Quemada-Diez, un espagnol qui vit sur le continent américain depuis une petite vingtaine d’années. C’est en tant qu’assistant du directeur de la photographie de Land and Freedom de . qu’il a débuté dans le cinéma. Plus tard, il a travaillé de nouveau avec Ken Loach, dans Carla’s Song, dans Bread and Roses. Par la suite, son métier d’opérateur caméra et de chef opérateur l’a amené à travailler avec de nombreux autres réalisateurs, tels Isabel CoixetChris MengesOliver StoneAlejandro González IñárrituSpike Lee et Fernando Meirelles. Des fréquentions qui ont beaucoup appris à Diego. Toutefois, de tous les réalisateurs avec qui il a travaillé, c’est de Ken Loach que Diego Quemada-Diez reconnaît avoir le plus appris : « la meilleure mise en scène est silencieuse, indirecte » lui avait-il dit. Une recommandation que le réalisateur a suivie en ne faisant pas lire le scénario à ses interprètes, en se contentant pour chaque scène de les mettre en situation. A eux, au moment du tournage, d’interagir avec l’environnement du moment. Cette méthode, qui fait appel à l‘improvisation, était contrebalancée par le long et méticuleux travail effectué par Diego Quemada-Diez pour préparer son film. En effet, une petite dizaine d’années se sont écoulés entre le moment où Diego a commencé à imaginer l’histoire à raconter et le moment du tournage. Certes, le réalisateur n’a pas fait que cela pendant ces longues années mais il a passé beaucoup de temps à Mazatlan, une ville mexicaine qui est une des plaques tournantes de cette migration incessante. Il a pu ainsi recueillir le témoignage direct de nombreux migrants. Pour mieux connaître la situation qui les avait fait partir, il a aussi enquêté dans les pays que les migrants quittent, tout en enquêtant également dans celui où ils rêvent d’arriver, les Etats-Unis, afin de connaître précisément la situation qui les attend.

Reves d'or 4

Un western détourné

Alors que Rêves d’or, le titre français du film du film de Diego Quemada-Diez, évoque ce qu’ont en tête, avant leur départ, les milliers de migrants originaires de l’Amérique Centrale, le titre original La jaula de oro (La cage dorée) renvoie lui à ce que vont trouver ceux qui arriveront au bout du long et dangereux périple : une forme de prison. On trouve l’origine de ce titre dans une chanson de Los Tigres del Norte enregistrée en 1983 et qui avait déjà inspiré un film mexicain en 1987. En 30 ans, malheureusement, la situation est loin de s’être améliorée. Ce rêve d’or n’est pas sans faire penser à ce qu’ont connu les Etats-Unis au 19ème siècle, au moment de la ruée vers l’or. C’est sans doute pourquoi le film fait souvent penser à un western, sauf qu’il s’agit ici d’une migration du sud vers le nord et non de l’est vers l’ouest. On y retrouve le train, symbole du progrès, l’attaque du train, les trafiquants, les affrontements entre le bien et le mal. Comme souvent dans les westerns, les personnages qui incarnent le bien ne sont pas tous issus du même moule. C’est ainsi que Diego Quemada-Diez oppose Juan et Chauk, le premier matérialiste, rationnel, individualiste, le second ayant une conscience plus communautaire, laissant davantage son cœur s’exprimer. Loin des canons bisounours de certains films, plus proche, malheureusement, de la réalité, Diego Quemada-Diez n’hésite pas à faire disparaître des personnages importants en cours de route. En fait, le film, par ailleurs passionnant, se rapproche parfois du documentaire, ne serait-ce que par l’utilisation d’une caméra super 16, très souvent portée à l’épaule. On notera que malgré son expérience de chef opérateur, le réalisateur a choisi de donner la responsabilité des prises de vue à quelqu’un d’autre, en l’occurrence Maria Secco. Quant aux acteurs de son film, aucun n’est professionnel. Les 3 jeunes guatémaltèques ont été choisis au cours d’un casting géant organisé dans un quartier pauvre de Guatemala, la capitale du pays. Brandon López, qui joue Juan, pratique le hip-hop et Karen Martinez, l’interprète de Sara, avait déjà joué de petits rôles au théâtre. Rodolfo Dominguez, l’interprète de Chauk, est un véritable indien tzotzil, joueur de harpe et de jarana. La qualité de l’interprétation a permis à Rêves d’or d’obtenir le Prix « Un certain talent » de la sélection  du , récompensant l’ensemble des acteurs du film.

Résumé

Pour son premier long métrage, Diego Quemada-Diez a frappé fort et juste. Le spectateur est littéralement happé par ce conte bouleversant, mélange de film sociologique, de documentaire, de western et de thriller. Pas de doute : Rêves d’or fait partie des toutes meilleurs réalisations sur ce thème de l’exil de populations fuyant la misère régnant dans leur pays d’origine dans l’espoir d’un avenir qu’ils voudraient doré.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

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