Rencontre avec Andy Serkis pour La Planète des Singes : l’affrontement

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Le 25 avril dernier, Andy Serkis était à Paris pour nous présenter les premières images de La Planète des Singes : l’affrontement.

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Le comédien a évoqué la réflexion sur la condition humaine et simiesque, l’approche émotionnelle du scénario (de motion capture à emotion capture, selon sa formule), l’évolution des singes dans une société marquée un virus qui a décimé la population humaine, comment César a du apprendre à assumer ses origines de chimpanzé après avoir vécu parmi des humains pour être un bon leader. Il est revenu sur l’ambition de César d’agir en leader bienveillant qui espère toujours qu’humains et singes pourront vivre en bonne intelligence et sa lutte intérieure entre ses parts humaine et simiesque. Il a encore précisé que le tournage a eu lieu quasiment exclusivement en décors réels, à 95%, à Vancouver. Seul un lieu de l’action a été complètement construit.

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L’acteur très impliqué dans ces nouvelles technologies s’est montré pédagogue et passionné par son travail d’acteur mais aussi d’ambassadeur numéro un de la motion capture, dont il a saisi le potentiel créatif et technologie à une place privilégiée, à la fois comme comédien et comme nouvel expert de cette technologie. Pour lui, comme il le précisera encore ci-dessous, la performance capture n’est qu’un nouvel outil pour capter le jeu des acteurs. Les progrès de la technologie permettent aussi d’apporter plus de détails et de nuances à l’apparence physique des singes et à la texture de leur fourrure.

Enfin, il a précisé que s’il était peu probable qu’il réalise un futur volet de la saga, il a deux projets avancés derrière la caméra, La Ferme des Animaux d’après George Orwell et Le livre de la Jungle d’après Rudyard Kipling pour la Warner, qui s’annonce différent de la nouvelle relecture par Disney prévue en 2015, plus proche de l’oeuvre d’origine et plus sombre.

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Ensuite quelques privilégiés de la presse régionale (dont moi-même pour l’agence Continentale Presse) ont pu interroger un peu plus longuement l’acteur.

Lien vers la critique du film

 

L’une des motivations lorsque l’on est acteur est de se montrer. N’est-il pas frustrant pour vous d’être à ce point caché derrière la motion capture ?

Andy Serkis : Non, j’ai toujours souhaité, même à mes débuts au théâtre, me fondre totalement dans le personnage. L’art du jeu repose à mes yeux sur la capacité de disparaître à l’intérieur de son personnage. Lorsque je joue au théâtre, je mets mon propre maquillage et j’aime cette idée de me transformer jusqu’à ne plus être reconnaissable. Cette approche a guidé toute ma carrière. Cette technique de performance capture permet cela, mais à un degré infini. Grâce à cette technologie, tout est possible désormais. Imaginez, avec un maquillage et des prothèses traditionnelles, je serais finalement beaucoup plus caché en tant qu’acteur. Observez attentivement les films d’origine. Les acteurs avaient une couche si épaisse de maquillage que finalement on ne pouvait pas vraiment lire leurs émotions sur leur visage. Avec cette technologie, il n’y a plus de barrière entre le travail et l’expression de l’acteur et ce que voit le spectateur car la couche de maquillage numérique est très fine. Cela permet d’être plus subtil et plus nuancé, d’être à la fois plus réel mais aussi d’avoir cette émotion dans les gros plans, comme dans un film classique où l’on apparaît effectivement à l’écran.

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Qu’apporte la motion capture à la performance de l’acteur ?

Cette technique offre la possibilité de n’avoir aucune contrainte de jeu à cause de son apparence physique, de sa taille, de sa couleur de peau et même de son sexe. Les seules limites sont l’imagination et votre capacité à habiter un rôle. Il est désormais possible de se transformer en n’importe quoi sans prendre le risque d’être ensuite cantonné à un type de rôle lié à son physique.

Je vous donne un exemple concret. J’ai prévu de réaliser une adaptation de La Ferme des Animaux (Animal Farm) de George Orwell et nous avons donc des acteurs qui jouent des poules. Ils ne sont pas animés, ils ne font pas des voix qui vont ensuite être reprises pour les personnages. Ils rentrent physiquement dans la peau de poules et les font vivre comme si elles étaient réelles. Ils sont aussi touchants que des acteurs dans un film traditionnel. On peut avoir du mal à comprendre que voir deux acteurs qui jouent des poules peut être une vraie expérience émotionnelle, et pourtant c’est vrai.

Est-ce que le lien filial entre César et James Franco dans le premier film se transmet dans le rapport de votre personnage à son fils? Il y a plusieurs liens entre pères et fils dans le film, entre ceux de Jason Clarke et son fils, entre le singe Ash et son père ? Et au passage, que ressentez-vous à l’idée d’être le fils de James Franco ?

Je ne vais pas extrapoler sur cette dernière question (rires). César est un outsider, il croit qu’il est humain, croit vraiment que James Franco, Will, est son père, jusqu’au moment où il est enfermé dans le sanctuaire. Il doit couper ce lien et tuer le père pour survivre puisqu’il n’est plus possible d’avoir confiance en l’être humain. En même temps, il a eu un modèle extraordinaire avec ce savant parce qu’il a été aimé en tant comme un enfant humain. Il a grandi avec l’amour d’un père. Lorsqu’il arrive dans cette communauté de singes, il lui est très difficile d’expliquer à ses congénères qu’il voit du bon dans l’homme. Ils ne peuvent pas comprendre cela car ils ne peuvent voir en l’homme qu’un oppresseur. Ce sont des hommes qui les torture dans les laboratoires et les exploitent en tant que monstres dans les cirques. Ils n’ont aucune bonne expérience avec les êtres humains. César, lui, ne voit pas de différence fondamentale entre les hommes et les singes.

Cette histoire de transmission père-fils est une thématique importante, que ce soit entre Malcolm (Jason Clarke) et son fils (Kodi Smit-McPhee), mais aussi entre César et son fils Blue Eyes. Il essaie d’inculquer à son fils que dans chaque espèce, il y a du bon et du mauvais. Leur voyage ensemble dans ce film est de prendre conscience de la force de ces liens. La principale faille de César, c’est qu’il croit fondamentalement que la terre sera mieux protégée si ce sont les singes qui règnent, parce qu’il pense, à tort, que le singe est une créature plus humble. Mais il va réaliser qu’il y a de bons humains aussi.

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Vous avez joué Gollum dans Le Seigneur des Anneaux et personne n’ayant vu de Gollum dans la vraie vie, vous pouviez imaginer ce que vous vouliez. Est-ce plus difficile de donner vie à des singes qui existent pour de vrai ?

Oui et non car lorsque je me suis mis dans la peau de César pour le premier film déjà, j’avais basé mon jeu sur l’observation d’un singe bien particulier qui s’appelait Oliver qui marchait sur ses deux pieds tout le temps. Il avait été élevé par des humains et ses expressions du visage étaient proches de celles de l’homme. C’est un singe qu’on appelait un ‘humanzé’ par opposition à ‘chimpanzé’. C’était dans les années 70. Certains croyaient même que c’était un singe transgénique, né d’un singe et d’une femme ! Pour moi c’était donc un peu particulier car les autres acteurs qui jouent des singes ont travaillé leur jeu en regardant des singes plus ‘classiques’. Il ne faut pas oublier que César, grâce à la drogue qu’on lui a administrée et qui a décuplé ses facultés intellectuelles, est complètement différent d’eux. Il a des traits plus humains.

Pour le premier film, La Planète des singes, les origines, j’ai d’ailleurs aussi observé beaucoup d’enfants surdoués, notamment certains qui à quatre ou cinq ans pouvaient exécuter un concerto ou résoudre des équations mathématiques complexes. C’est en cela que César est à un stade très avancé, entre l’homme et le singe. D’ailleurs dans son apparence physique et ses mouvements autant que dans son intelligence émotionnelle, il est très articulé. Le défi principal était qu’il articule son langage, sa pensée et ses émotions par les mots et par le langage des signes. C’était ça le plus important. Je n’ai pas voulu rendre César trop humain mais je n’ai pas voulu le rendre trop simiesque non plus. Le défi était de composer un arc nuancé et que l’on comprenne bien chaque étape de son évolution.

Avez-vous une idée globale du scénario de l’ensemble de la série, y compris la direction dans laquelle s’engage(nt) le ou les prochain(s) film(s) ?

Je n’avais pas connaissance des scénarios des suites lorsque je me suis engagé sur le premier film. Ils ne sont pas encore écrits et l’on ne sait pas encore quelle sera la prochaine étape de ce voyage.

Est-ce que le projet a changé avec le départ de Rupert Wyatt, le réalisateur du premier film, et l’arrivée de Matt Reeves aux commandes ? Avez-vous pu donner votre avis sur ce choix et restera-t-il aux commandes du troisième volet ?

Je n’ai pas participé au choix du réalisateur mais dès qu’il est arrivé sur le projet, nous avons eu de vraies discussions sur sa vision, qui s’est avérée très différente de celle Rupert Wyatt. J’avais lu des premiers traitements sur lesquels Rupert avait travaillés et qui montraient une évolution très différente et plus éloignée dans le futur. Matt adorait ce qu’avait fait Rupert dans le premier et ça l’excitait de montrer ce temps délicieux avant que les singes n’évoluent trop, avant qu’ils ne décident vraiment quel allait être le type de société qu’ils allaient construire, et comment César allait les diriger vers cette société. C’était intéressant car j’ai collaboré avec Matt, les producteurs et les scénaristes pour décider du chemin qu’allait parcourir César dans ce deuxième film.

Le film est un blockbuster hollywoodien et pourtant vous êtes manifestement attaché à la dimension politique du projet, même si vous restez dans le divertissement. Est-ce que cela vient du fait que vous êtes anglais ?

Ce n’est un mystère pour personne que ces deux films livrent un commentaire sur nos sociétés. Le succès du premier film repose aussi sur l’idée qu’il captait un sentiment d’oppression et de révolte qui montait dans la société. Même au moment où Les Deux Tours de Peter Jackson sont sorties en 2001-2002, il y avait des résonances précises par rapport aux situations difficiles d’alors. C’est aussi pour ça que ces films ont du succès dans le monde entier, mais sans vouloir appuyer exagérément cette dimension. Hasard ou coïncidence, ces films peuvent arrivent à des moments précis et forts de notre histoire.

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Merci à Alexis Rubinowicz, Morgane Bonet et Alicia Bohbot de la Fox pour cet entretien ainsi qu’à mes collègues qui ont participé à cette entrevue.

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