Quentin Tarantino reçoit le Prix Lumière

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Vendredi 18 octobre, Lyon s’apprête à vivre une soirée inoubliable. Alors que la semaine s’est déjà déroulée sous le signe de « QT » dans toute la ville hantée par la présence du réalisateur passant de salle en salle, il est temps de célébrer ce cinéphile insatiable comme il se doit.

Véritable rockstar, les produits dérivés à son image se sont vendus comme des petits pains durant tout le festival, et le public accueillait Mr Q. avec des applaudissement toujours plus chaleureux au fil des jours. C’est donc dans une ambiance particulière que 3000 personnes prennent place dans l’amphithéâtre lyonnais. Beaucoup de public (enfin ceux qui ont pu obtenir une place !) mais aussi beaucoup d’invités.

Et ils sont nombreux à s’être déplacés pour venir dire bravo à . Beaucoup d’artistes français de toutes les générations tout d’abord: Claude Brasseur, Richard Berry, Béatrice Dalle, Leïla Bekhti, Vincent Pérez, Tahar Rahim, Clotilde Courau, Clovis Cornillac, Ludivine Sagnier… Quelques personnalités surprenantes étaient également présentes: , Arielle Dombasle, Harry Roselmack… Et puis il y avait aussi les « collègues » réalisateurs étrangers venus assister au sacre de leur ami: Michael Cimino, Jessy Shartzberg, ou Fatih Akin.

Mais surtout, il y avait le « clan » Tarantino. Hormis Samuel L Jackson et qui n’ont pas pu venir, le réalisateur était accompagné de , , ses producteurs de la première heure et , et bien sûr de sa muse, , qui aura fait un aller-retour surprise spécialement pour récompenser son « très cher ami » comme elle le soulignera plus tard.

Après un rapide discours d’introduction donné sur scène par Thierry Frémaux durant lequel il rappelera que ce signe l’équivalence du prix nobel de littérature pour le cinéma et que Quentin Tarantino, malgré son jeune âge, mérite bien sa récompense, il appelle un par un les invités proches de QT à venir dire quelques mots à leur ami. Tim Roth ouvre le bal, visiblement de façon totalement improvisée, avec beaucoup d’humour mais aussi beaucoup de tendresse envers celui qui a « changé sa vie ».

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Alors qu’il se rasseoit et que l’on sent déjà Quentin Tarantino qui retient ses larmes, Mélanie Laurent vient rendre son hommage à son tour. Mais au lieu d’un simple discours, elle a décidé d’exprimer son affection en chanson. Accompagnée par la chanteuse Irma à la guitare et d’un pianiste, elle reprendra simplement « Bang, bang » de Nancy Sinatra, l’une des chansons préférées de Q.T qu’il aura magnifié dans Kill Bill. L’émotion de la soirée est définitivement palpable et Tarantino ne s’arrêtera plus d’applaudir et de lutter contre les larmes à partir de ce moment (et nous aussi).

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Dans un registre bien différent, son ami Lawrence Bender dira quelques mots après cela avant de laisser la place à l’imposant Harvey Weinstein. Le producteur superstar remerciera celui qui aura sauvé sa société et racontera de nombreuses anecdotes sur la personnalité de Quentin. Il rappellera par ailleurs que le réalisateur est extrêmement généreux et que sa cinéphilie passe avant tout. Et que c’est bien grâce à lui si des réalisateurs étrangers comme Wong Kar Wai auront pu être distribués aux Etats-Unis en dehors de Chinatown…

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Après cette légère parenthèse plus humoristique, un nouveau cadeau attend Q.T. Son ami Michael Madsen a tenu à lui adresser un message particulier. Sur l’écran, on voit apparaitre ce cowboy solitaire à la voix si unique. Il commence à lire un poème qu’il a écrit lui-même. Sur ses mots sont projetées des images de films et d’événements qui ont marqués la vie de Tarantino. Tandis que le public applaudit ce joli geste, Harvey Keitel monte sur scène. Pendant 12mn, la salle retiendra son souffle. 12mn durant lesquelles cet immense acteur ne cachera pas ses larmes d’affection qu’il adresse à (qui était en pleurs depuis très longtemps déjà…) et à celui qu’il considère comme son fils: Quentin Tarantino. Certainement le moment le plus beau de la soirée par sa sincérité et sa simplicité. Pas de discours tout fait, mais la place est donnée à la véritable émotion, celle de deux hommes qui s’admirent et s’apprécient mutuellement plus que tout.

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Tandis que nous séchons nous-même nos propres larmes, il est désormais temps d’accueillir celle que l’on attendait tous. Le meilleur pour la fin. La muse, l’actrice, l’amie. Uma Thurman. Dans une démarche pleine de grâce, elle quitte sa place à gauche de QT pour monter sur scène derrière son pupitre. Ce sera le seul discours « préparé » de la soirée. S’il était écrit, c’était parce que la belle ne voulait rien oublier en remerciant celui pour lequel elle aura tourné 3 fois. Celui qu’elle aime profondément et qui aura changé sa vie. A son tour, elle remerciera la cinéphilie et la passion qui animent QT et son influence dans le monde du cinéma. Il n’en fallait pas plus pour que Tarantino devienne rouge écarlate, et essuie quelques larmes (encore) avant de s’apprêter à recevoir son prix…

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La voix pleine de trémolos, mais surtout le souffle court, Tarantino cherche ses mots en arrivant sur la scène. « C’est bien la première fois que ça arrive » dira ce bavard invétéré. Il remerciera les organisateurs du festival, ses amis Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier avant de nous asséner le coup de grâce de l’émotion en racontant qu’il s’est souvent senti très seul car il n’avait pas vraiment de famille, mais que les gens sur cette scène étaient la seule famille dont il cherchait l’affection et le respect. Dans la même émotion, il terminera par remercier « Vous », c’est-à-dire le public, la ville de Lyon et surtout la France. Et pour se faire, il fera distribuer à chaque personne de l’assemblée un cadeau bien spécial: un bout de la pellicule 35mm de Jackie Brown, qui sera projeté juste après. Logique, quand on repense que durant une semaine, le réalisateur n’aura eu de cesse de répéter que seul le 35mm traduisait vraiment le cinéma, et non pas le numérique « fucking piece of shit« . Il rappellera ensuite que c’est chez nous que le cinéma est né, que « Le cinéma est [sa] religion et que la France est son Vatican« . Avant de réaliser que cela était une insulte ou presque à notre laïcité, il plaisantera sur le fait que si les parents des frères Lumière ne s’étaient pas rencontrés, il vendrait sûrement des Royal with cheese en ce moment même…

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Vendeur de burger, voilà qui aurait été un véritable gâchis du talent d’un homme incroyablement passionné et amoureux du 7ème art. Rarement on aura eu l’occasion de voir une cérémonie si drôle, émouvante et authentique à la fois. Au-delà même de l’homme, c’est l’art du cinéma dans son entier qui aura été célébré ce vendredi. Rien que pour cela, le obtient la Palme du plus beau festival de cinéma. Loin des paillettes de Cannes, voilà un festival pour le public, durant lequel des artistes prestigieux viennent parler des films qu’ils aiment vraiment, loin de toute promotion, mais proche de ce qu’ils sont tout comme nous: d’ éternels spectateurs qui rêvent devant un grand écran. Un seul mot s’impose alors aux organisateurs du festival et à ses invités de marque après cette soirée inoubliable: Merci.

Retrouvez le résumé de ma semaine au Festival Lyon Lumière ici

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