Palmarès Dinard 2017 : Sur la Terre, comme au Ciel

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Il pleut sur Marseille disait la chanson d’ouverture de Marius et Jeannette de Robert Guédiguian. Ces paroles pourraient résumer la météo de Dinard durant la 28ème édition de son Festival du Film Britannique. J’ai le droit de reprendre à voix haute ce cliché : je suis breton (d’origine). La pluie a en effet accompagné nos journées, avec heureusement quelques éclaircies bienvenues. Le ciel ne donnant pas que des bonnes nouvelles, le jury présidé par Nicole Garcia a primé un film plus près du sol en attribuant son Grand Prix, le Hitchcock d’or, au drame Seule la terre de Francis Lee. Le scénario un peu trop bien agencé sur la naissance de la romance entre Johnny, jeune éleveur agricole qui tente de faire tourner la ferme familiale et Gheorghe, saisonnier roumain fait longtemps craindre une copie quasi conforme du Secret de Brokeback Mountain, notamment lors d’un bivouac peu subtil.

Heureusement le film finit par trouver sa vérité lorsqu’il se rapproche au plus près de l’essence de ses principaux personnages, à commencer par ce jeune éleveur du Yorkshire (le titre original God’s own country est le petit surnom de cette région) qui multiplie les brèves rencontres secrètes avec d’autres hommes. D’abord assez antipathique dans son attitude avec les autres, il finit par s’ouvrir à l’idée d’un épanouissement intime en admettant qui il est. Éteindre les braises de sa colère, dépasser ses frustrations, le combat semble trop lourd pour lui, explosant parfois ouvertement ou de façon plus souterraine et intime. Son père atteint d’un AVC (joué par Ian Hart), sa grand-mère surtout attentive à la survie de l’exploitation et à le saisonnier roumain qui lui permet de trouver un sens à sa vie pourraient se limiter à des présences désincarnées uniquement utiles pour définir le personnage principal mais ils sont regardés avec affection par le réalisateur prometteur, à défaut de nous avoir complètement séduit. Décidément les «petits paysans» semblent inspirer les jeunes auteurs, Francis Lee partageant d’ailleurs avec Hubert Charuel (dans ce film découvert à Cannes au printemps dernier) le fait d’avoir des parents issus de ce milieu et de suffisamment bien le connaître pour l’évoquer avec respect et en toute connaissance de cause.

Le prix du scénario revient à Daphne de Peter Mackie Burns, porté par la performance de Emily Beecham en jeune femme qui entame sa vie d’adulte. Si elle porte encore des traces de l’adolescente qu’elle était encore peu de temps auparavant, c’est bien une vie d’adulte qu’elle mène, entre le restaurant où elle travaille comme cuistot ou lorsqu’elle enchaîne les amants dans l’idée de combler un vide. Elle se révèle petit à petit et révèle une personnalité finalement attachante sous un tempérament impétueux et autodestructeur.

Prix du scénario pour Daphné

Des qualificatifs qui peuvent être utilisés pour ses comparses masculins des autres films en compétition. Leur difficulté de se remettre en question pour être heureux est prégnante. Ils se satisferont peut-être, à la fin de leur histoire narrée sur grand écran, d’être un peu moins des «branleurs» (wankers en VO) selon le mot du héros de Seule la terre. Guère aimables et guère aimés, ou plutôt guère capables d’apprécier l’affection de leurs proches ou de rencontres occasionnelles, le jeune fermier et la rousse incendiaire partagent avec le jeune anglais emprisonné en Thaïlande dans Une prière avant l’aube de Jean-Stéphane Sauvaire, le boxeur de Jawbone et le futur chanteur des Smiths (le principal protagoniste de England is mine de Mark Gill) cette même incapacité, au moment où on les rencontre, à trouver leur place dans un monde qui ne semble pas vouloir d’eux, alors que d’autres croient encore en eux. Plus fragiles qu’égocentriques ou monstrueux, ils tombent bien bas après la réussite ou ont du mal à s’évader de leurs galères avant de la connaître. Si l’aide d’une tierce personne est un déclencheur pour la reprise en mains de leur vie, c’est la réalisation qu’ils sont les seuls artisans de leur bonheur qui peut les sauver. Les divers scénarios, aussi décevants peuvent-ils se révéler au final, ont le mérite de ne pas être condescendants à leur égard. Pili de Leanne Welham a échappé à notre présence pourtant intensive dans les salles de Dinard mais semble aussi se pencher sur des destins d’êtres en souffrances tentant d’en sortir, plus ou moins spontanément.

Côté courts-métrages, le Jury présidé par l’acteur Phil Davis (en remplacement du réalisateur Shane Meadows précédemment annoncé) a choisi de primer des films qui parlent de notre société. D’hier avec une mention pour The Party qui revient sur le conflit enfin résolu entre protestants et catholiques qui a meurtri l’Irlande pendant des décennies et d’aujourd’hui avec We love Moses, autre film sur la difficulté d’assumer ses désirs face au regard pesant des autres. L’acteur de Vera Drake à qui le festival rendait hommage cette année était accompagné de Manon Ardisson, l’une des productrices de Seule la terre, de la journaliste Stéphanie Chermont et de l’acteur Michael Smiley. Le public a lui primé l’amusant The Driving Seat où un couple de quinquagénaires tente de donner un peu de piment à sa sexualité déclinante en s’encanaillant dans leur voiture. S’ils avaient vu À l’heure des souvenirs, ils auraient compris que la banquette arrière est plus confortable car un peu privé de volant, quand même. Ce trop sage film de Ritesh Batra, révélé par The Lunch box, était présenté dans le cadre de l’hommage à Jim Broadbent, qui a reçu ce soir un trophée pour l’ensemble de sa carrière.

Parmi les autres courts présentés, plusieurs se distinguent même sans trophée. On retiendra avant tout Dear Marianne de Mark Jenkin. Un court qui n’est pas sans nous rappeler le Festival d’Epinal, Regards sur courts, que nous évoquions ici, les diapositives étant remplacées par des vidéos brèves filmées en Super 8 Kodachrome 40, montées sur la voix de ce vacancier qui se promène dans les comtés irlandais de Wexford, Waterford et Cork, avec des commentaires portés par une mélancolie communicative le poussant à comparer les lieux qu’il visite à ceux de son passé. La bande son accentue ce ressenti, notamment le tic-tac d’une horloge qui donne une musique apaisante mais aux accents tristes. White riot : London de Rubika Shah est l’autre coup de coeur de cette série, hélas victime d’être trop court pour évoquer dans toute sa complexité les tensions sur l’immigration en Angleterre à la fin des années 70 qui a notamment impulsé la création de Temporary Hoarding, un fanzine punk et politique créé par des artistes en réaction à ces tensions. La réalisatrice confie ici préparer un longs-métrages sur le racisme en Angleterre, pas si souvent évoqué au cinéma. On attend avec curiosité ce projet prometteur qui a (hélas) des liens avec l’actualité …

Palmarès complet

Longs-métrages :

  • Hitchcock d’or : Seule la terre de Francis Lee
  • Hitchcock du meilleur scénario : Daphne de Peter Mackie Burns
  • Mention spéciale du jury et Hitchcock du Public : Pili de Leanne Welham

Courts-métrages / Shortcuts

  • Hitchcock du jury : We love Moses de Dionne Edwards
  • Mention spéciale : The Party d’Andrea Harkin
  • Prix du public : The Driving Seat de Phil Lowe

Autres prix

  • Hitchcock « Coup de cœur » décerné par l’association La Règle du Jeu : Seule la terre
  • Hitchcock d’Honneur : Jim Broadbent

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