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Oscars 2026 : les statistiques des nominations

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Veuillez nous excuser de nous avoir soustrait cette année à la tâche fastidieuse de recopier l’intégralité des nominations aux 98ème Oscars, annoncées jeudi dernier, le 22 janvier, par les acteurs Danielle Brooks (nommée il y a deux ans à l’Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle pour La Couleur pourpre) et Lewis Pullman (Le Testament d’Ann Lee). Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas suivi de près l’annonce transmise en directe sur la chaîne Youtube de l’Académie du cinéma américain.

Bien au contraire, puisque notre activité préférée après ce moment crucial au cours de la saison des prix de cinéma – en dehors des éternels pronostics – consiste à nous pencher sur les faits marquants, historiques ou plutôt anecdotiques, qui ponctuent cette longue liste de films et de noms ! Voici donc ce que nous considérons comme les éléments essentiels des informations dont nous disposons pendant cette longue parenthèse de sept semaines – merci, les Jeux olympiques d’hiver ! –, avant que les célèbres enveloppes ne soient ouvertes le dimanche 15 mars prochain.

Sinners © 2025 Eli Joshua Adé / Proximity Media / Domain Entertainment / Warner Bros. Discovery France Tous droits réservés

LE fait exceptionnel, voire historique de l’annonce de la semaine passée était évidemment la domination sans partage de Sinners. Le film de Ryan Coogler, grand succès planétaire du printemps dernier, a raflé pas moins de seize nominations dans autant de catégories. Un record absolu en près d’un siècle de cérémonies des Oscars ! Jusque là, seuls trois films avaient atteint le chiffre déjà très confortable de quatorze nominations : Eve de Joseph L. Mankiewicz en 1951, Titanic de James Cameron en 1998 et La La Land de Damien Chazelle en 2017.

De mauvaises langues pourraient reprocher à Sinners de n’être arrivé à un tel cumul vertigineux que grâce à la nouvelle catégorie du Meilleur casting. Sauf que même sans cette nomination là, il serait toujours arrivé à un total unique et qu’à l’époque de Titanic, deux catégories dédiées au son existaient encore.

Non, il n’y a pas à tergiverser, ce que cette épopée de vampires vient d’accomplir est simplement inouï. Une sorte de tempête idéale, où les planètes étaient parfaitement alignées pour atteindre ce chiffre plus que remarquable. Pour l’instant, on ne s’aventurera pas à lui prédire également un raz-de-marée le soir de la cérémonie. Il est tout de même hautement improbable qu’il ne reparte pas avec une demi-douzaine de trophées au moins …


Contrairement à la réputation américano-américaine que l’Académie avait depuis très longtemps, sa catégorie reine du Meilleur Film s’était ponctuellement ouverte aux nominations de films étrangers depuis La Grande illusion de Jean Renoir en 1939. Et même s’il a fallu attendre trente ans supplémentaires jusqu’à Z de Costa-Gavras, il arrivait plus régulièrement dans les années ‘70 que les personnages parlent suédois dans des longs-métrages nommés comme Meilleur Film.

Or, le véritable déclic, certes encore timide, s’est opéré à partir du sacre du film sud-coréen Parasite de Bong Joon-ho en 2020. Depuis, chaque année, il y a au moins l’un des dix films nommés dont la langue principale n’est pas l’anglais. Mieux encore, cette année-ci est la deuxième de suite avec deux productions ni-américaines, ni-britanniques de nommées (L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho du Brésil et Valeur sentimentale de Joachim Trier de la Norvège), après Emilia Pérez de Jacques Audiard et Je suis toujours là de Walter Salles l’année dernière.


Ces dernières années, on aurait pu croire que les goûts des trois festivals européens majeurs (Berlin, Cannes et Venise) et des membres de l’Académie du cinéma américain allaient de plus en plus en se rapprochant. Ainsi, cela faisait trois années de suite que la Palme d’or était nommée comme Meilleur Film (Sans filtre de Ruben Östlund, Anatomie d’une chute de Justine Triet et Anora de Sean Baker) et qu’elle était même victorieuse en 2025. Avec un Lion d’or de Venise sous forme de Pauvres créatures de Yorgos Lanthimos comme complément de prestige en 2024.

Rien de tel ou presque cette fois-ci, puisque les vainqueurs 2025 de Berlin (La Trilogie d’Oslo Rêves de Dag Johan Haugerud) et de Venice (Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch) y sont aux abonnés absents. Seule la Palme d’or, Un simple accident de Jafar Panahi a réussi d’obtenir deux nominations : pour le Meilleur scénario original et le Meilleur Film international.


Des actrices et des acteurs qui s’improvisent comme producteurs ou qui en font carrément une activité professionnelle à part entière, il y en a de plus en plus. Les nominations aux Oscars en tiennent compte au plus tard depuis le début du siècle, par exemple en nommant l’acteur Bradley Cooper à cinq reprises en cette capacité depuis American Sniper de Clint Eastwood en 2015.

La particularité de cette année-ci est que, pour la première fois, pas moins de trois acteurs font partie de la course à l’Oscar du Meilleur Film – avec quasiment aucune chance de le gagner, mais peu importe – : Timothée Chalamet pour Marty Supreme de Josh Safdie, Brad Pitt pour F1 Le film de Joseph Kosinski et Emma Stone pour Bugonia de Yorgos Lanthimos.


Un film produit par deux anciens lauréats de l’Oscar du Meilleur réalisateur qui n’ont pourtant pas mis en scène ce film-là, c’est une anomalie qui devrait arriver pour la première fois en 2026, non ? Car Sam Mendes (Meilleur réalisateur pour American Beauty en l’an 2000) et Steven Spielberg (Meilleur réalisateur pour La Liste de Schindler en 1994 et pour Il faut sauver le soldat Ryan en 1999) sont effectivement nommés comme producteurs de Hamnet de Chloé Zhao.

Eh bah non, puisqu’il existe un précédent plutôt triste avec The Reader de Stephen Daldry pour lequel Anthony Minghella (Meilleur réalisateur pour Le Patient anglais en 1997) et Sydney Pollack (Meilleur réalisateur pour Out of Africa en 1986) étaient nommés en 2009. Des nominations posthumes puisqu’ils étaient tous deux décédés l’année précédente.

Quant à Steven Spielberg, il obtient cette année sa 24ème nomination depuis sa première en 1978 comme Meilleur réalisateur pour Rencontres du troisième type. Et c’est sa troisième pour un film pas réalisé par lui-même, après Lettres d’Iwo Jima en 2007 et Maestro de Bradley Cooper il y a deux ans.

Paul Thomas Anderson sur le tournage d’Une bataille après l’autre © 2025 Merrick Morton / Ghoulardi Film Company / Domain Entertainment /
Warner Bros. Discovery France Tous droits réservés

Quelqu’un d’autre qui accumule des nominations depuis un bon bout de temps est le réalisateur américain Paul Thomas Anderson, PTA pour les intimes. Grâce à ses trois nouvelles pour Une bataille après l’autre (Meilleur Film, Meilleur réalisateur et Meilleur scénario adapté), il en est à présent à quatorze. Sans n’avoir jamais gagné jusqu’à ce jour !

Ce qui devrait changer avec une très forte probabilité à la mi-mars, à minima à travers l’Oscar scénaristique. Pourtant, l’Académie du cinéma américain paraît apprécier l’univers cinématographique d’Anderson, puisque pratiquement tous ses dix longs-métrages ont été au moins nommés, à l’exception de son premier Hard Eight et de Punch Drunk Love.

A titre personnel, le cinéaste en est désormais à sa quatrième nomination en tant que Meilleur réalisateur. Ce niveau de reconnaissance sur la durée avait aussi été bénéfique à son confrère Steven Spielberg. Néanmoins, ce type de reconnaissance tardive est finalement assez rare dans la catégorie du Meilleur réalisateur, la tendance étant davantage aux jeunes talents qu’aux prix presque honorifiques, remis à George Cukor, Carol Reed ou plus récemment Martin Scorsese.


La réalisatrice sino-américaine Chloé Zhao fait déjà partie du club hautement exclusif des femmes lauréates de l’Oscar du Meilleur réalisateur. Elles ne sont que trois à s’être imposée dans ce domaine traditionnellement masculin : Kathryn Bigelow en 2010 pour Démineurs, Zhao en 2021 pour Nomadland et Jane Campion l’année suivante pour The Power of the Dog. Avec cette dernière, Zhao est depuis la semaine passée la seule réalisatrice à être nommée deux fois.

Cependant, un léger indicateur que les choses vont très doucement dans la bonne direction est le fait que c’est la troisième année consécutive qu’une réalisatrice y est nommée, après Justine Triet pour Anatomie d’une chute de Coralie Fargeat pour The Substance.


En fonction de la considération de ses origines comme norvégiennes ou danoises, Joachim Trier, nommé pour Valeur sentimentale, est soit le deuxième Norvégien, soit le deuxième Danois nommé comme Meilleur réalisateur. Côté norvégien, il a été précédé par Morten Tyldum pour Imitation Game en 2015 et côté danois par Thomas Vinterberg pour Drunk en 2021.

Les autres réalisateurs scandinaves cités auparavant étaient tous suédois, par ordre chronologique : Jan Troell (Les Émigrants), Ingmar Bergman (Cris et chuchotements, Face à face et Fanny et Alexandre), Lasse Hallström (Ma vie de chien et L’Œuvre de dieu la part du diable) et Ruben Östlund (Sans filtre).


Enfin, il pourrait raisonnablement être le trouble-fête du sacre de Paul Thomas Anderson : le réalisateur américain Ryan Coogler. Déjà nommé deux fois au début de la décennie, comme producteur de Judas and the Black Messiah de Shaka King et pour la chanson « Lift Me Up » de Black Panther Wakanda Forever, il ajoute trois autres nominations depuis jeudi dernier. Coogler devient ainsi le troisième cinéaste afro-américain qui accomplit ce triple exploit (Meilleur Film, Meilleur réalisateur et Meilleur scénario) après Jordan Peele en 2018 pour Get Out et Spike Lee l’année suivante pour Blackkklansman.

On en saura un peu plus sur les véritables chances de Ryan Coogler de devenir le premier réalisateur afro-américain oscarisé après la 78ème cérémonie des prix du syndicat des réalisateurs, la Directors Guild of America, qui aura lieu dans moins de deux semaines, le samedi 7 février.

Jessie Buckley dans Hamnet © 2025 Hera Pictures / Neal Street Productions / Amblin Entertainment / Book of Shadows / Focus Features /
Universal Pictures International France Tous droits réservés

Les cinq femmes nommées comme Meilleure actrice sont toutes nées dans un espace de dix ans à peine. Pour les plus âgées d’entre elles, c’était en 1979 (Kate Hudson et Rose Byrne) et en 1989 pour la plus jeune (Jessie Buckley). Cette dernière, nommée une première fois il y a quatre ans comme Meilleure actrice dans un second rôle dans The Lost Daughter de Maggie Gyllenhaal – avec laquelle elle vient de refaire équipe pour The Bride qui sortira le 4 mars prochain –, est quasiment garantie d’être victorieuse aux Oscars pour son rôle de mère meurtrie dans Hamnet.

Elle deviendrait alors la deuxième actrice irlandaise oscarisée après Brenda Fricker (Meilleure actrice dans un second rôle en 1990 pour My Left Foot) et la septième Meilleure actrice dans un film réalisé par une femme après Marlee Matlin dans Les Enfants du silence de Randa Haines, Holly Hunter dans La Leçon de piano de Jane Campion, Hilary Swank dans Boys don’t cry de Kimberly Peirce, Charlize Theron dans Monster de Patty Jenkins, Meryl Streep dans La Dame de fer de Phyllida Lloyd et Frances McDormand dans Nomadland, déjà de Chloé Zhao.


Il y a un quart de siècle, en 2001, Kate Hudson était la favorite présumée pour remporter l’Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Presque célèbre de Cameron Crowe. Le sort et surtout une catégorie finalement très imprévisible en ont décidé autrement, puisque c’était en fin de compte Marcia Gay Harden qui était repartie avec l’Oscar pour Pollock. Après une carrière remplie de haut et de bas, la fille de Goldie Hawn revient sur le devant de la scène grâce à Sur un air de blues de Craig Brewer.

Vingt-cinq ans entre deux nominations, ce n’est pas un record – celui-là était tenu côté féminin par Helen Hayes et sa pause de 39 ans entre ses Oscars pour La Faute de Madeleine Claudet et Airport – mais c’est quand même fort respectable dans une industrie très avare en secondes chances à accorder à des actrices d’un certain âge. Parmi les consœurs de Hudson qui ont dû faire preuve d’encore plus de patience, on peut citer Lynn Redgrave (32 ans entre Georgy Girl et Ni dieux ni démons), Angela Bassett (29 ans entre Tina et Black Panther Wakanda Forever), Sally Field (28 ans entre Les Saisons du cœur et Lincoln) et Julie Christie (26 ans entre John MCCabe et L’Amour et après). A noter qu’aucune d’entre elles n’a été « promue » comme Hudson de la catégorie des seconds rôles à celle des rôles principaux.


Il serait tentant de supposer que Renate Reinsve soit la première actrice norvégienne nommée à l’Oscar de la Meilleure actrice, face aux icônes suédoises du cinéma mondial qu’étaient Greta Garbo et Ingrid Bergman. Toutefois, grâce à Valeur sentimentale, elle est la deuxième après Liv Ullmann, qui vient de recevoir le prix honorifique aux European Film Awards, cérémonie de laquelle le film de Joachim Trier était reparti le grand gagnant. Par contre, là où Ullmann s’était avant tout illustrée dans des productions suédoises, Les Émigrants et Face à face pour commencer, Reinsve est restée fidèle à son pays d’origine et à sa langue maternelle.


Contrairement à ce que l’on a écrit un peu plus haut, il existe un lien entre le microcosme des festivals et celui des Oscars. L’actrice australienne Rose Byrne, nommée pour If I Had Legs I’d Kick You de Mary Bronstein, en est le meilleur exemple. Lauréate en février dernier de l’Ours d’argent de la Meilleure interprétation principale, elle est la première actrice doublement célébrée de la sorte en dix ans et Charlotte Rampling dans 45 ans.

D’autres comédiennes ayant été découvertes de la sorte du côté du festival allemand puis invitée à Hollywood sont Anna Magnani dans Car sauvage est le vent, Edith Evans dans Les Chuchoteurs, Holly Hunter dans Broadcast News, Isabelle Adjani dans Camille Claudel, Michelle Pfeiffer dans Love Field, Juliette Binoche dans Le Patient anglais, Fernanda Montenegro dans Central do Brasil, Halle Berry dans A l’ombre de la haine, Nicole Kidman dans The Hours, Catalina Sandino Moreno dans Maria pleine de grâce et Charlize Theron dans Monster. Ce qui représente un taux de double réussite plutôt réduit.

Timothée Chalamet dans Marty Supreme © 2025 Atsushi Nishijima / Central Pictures / A24 / Metropolitan Filmexport Tous droits réservés

Comme pour la Meilleure actrice, il se dessine un favori chez les messieurs, quoique pas avec la même probabilité indéniable. On parle bien sûr de Timothée Chalamet, qui en est déjà à sa troisième nomination alors qu’il vient d’avoir trente ans fin décembre. Ce qui fait de lui le plus jeune acteur à réaliser cet exploit. Et s’il gagne lors de la 98ème cérémonie des Oscars, il sera le deuxième lauréat le plus jeune, juste derrière Adrien Brody qui était à quelques jours de son trentième anniversaire au moment de son premier Oscar pour Le Pianiste en 2003.

Un détail encore plus pointu : puisque Chalamet est également le producteur de Marty Supreme de Josh Safdie, il devient le plus jeune acteur nommé en parallèle comme producteur sans être le réalisateur, détrônant Warren Beatty qui était plus proche des 31 ans en 1968 et sa double nomination pour Bonnie et Clyde. Enfin, Chalamet est le seul acteur à avoir également été nommé l’année passée, pour son interprétation de Bob Dylan dans Un parfait inconnu de James Mangold.


Le cinéma brésilien a décidément le vent en poupe aux Oscars en ce moment. Un an après les nominations surprise de Je suis toujours là de Walter Salles dont celle de Fernanda Torres qui devenait la deuxième actrice brésilienne nommée, après sa mère Fernanda Montenegro vingt-six ans plus tôt, Wagner Moura est le tout premier comédien brésilien honoré de la sorte.

Puisqu’il avait déjà gagné le prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes pour son rôle dans L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho, il s’inscrit dans la lignée prestigieuse composée de Ray Milland dans Le Poison, Marlon Brando dans Viva Zapata, Spencer Tracy dans Un homme est passé, Richard Harris dans Le Prix d’un homme, Jack Nicholson dans La Dernière corvée, Jon Voight dans Le Retour, Jack Lemmon dans Le Syndrome chinois et dans Missing, William Hurt dans Le Baiser de la femme araignée, Bob Hoskins dans Mona Lisa, Marcello Mastroianni dans Les Yeux noirs, Gérard Depardieu dans Cyrano de Bergerac, Javier Bardem dans Biutiful, Jean Dujardin dans The Artist, Bruce Dern dans Nebraska et Antonio Banderas dans Douleur et gloire.


Leonardo DiCaprio a beau avoir sept nominations dramatiques au compteur, grâce à sa sixième en tant que Meilleur acteur dans Une bataille après l’autre, c’est avant tout sa présence dans des œuvres nommées comme Meilleur Film qui impose. Elles sont à présent au nombre de douze : Titanic de James Cameron, Gangs of New York, Aviator, Les Infiltrés, Le Loup de Wall Street et Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese, Inception de Christopher Nolan, Django Unchained et Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino, The Revenant de Alejandro Gonzalez Inarritu, Don’t Look Up Déni cosmique de Adam McKay et donc Une bataille après l’autre.

Apparemment, seul son partenaire à l’écran dans Blessures secrètes et Killers of the Flower Moon Robert De Niro en aurait légèrement plus.

Jacob Elordi dans Frankenstein © 2025 Bluegrass Films / Demilo Films / Double Dare You / Netflix France Tous droits réservés

Si vous avez lu soigneusement entre les lignes au niveau du paragraphe sur Kate Hudson, vous savez sans doute ce qui va suivre. A savoir un nouveau record, côté féminin, en termes de pause, de trou, de traversée du désert, appelez-le comme vous voudrez, entre deux nominations. En effet, cela fait exactement quarante ans depuis la première nomination de Amy Madigan comme Meilleure actrice dans un second rôle pour Soleil d’automne de Bud Yorkin en 1986. Comme le titre de ce film-là est Twice in a Lifetime, on pourrait dire que l’épouse de l’acteur Ed Harris a enfin réussi d’être nommée deux fois dans une vie … Et pas pour n’importe quel rôle, puisque sa tante Gladys dans Évanouis de Zach Cregger avait marqué les esprits l’été dernier !

Le record d’écart entre deux nominations est par contre toujours tenu par Judd Hirsch, qui a dû attendre deux ans de plus que Madigan pour voir sa deuxième citation arriver pour The Fablemans en 2023, après sa première pour Des gens comme les autres en 1981. Si Madigan gagne l’Oscar, elle ne sera que la deuxième Meilleure actrice dans un second rôle sans autre nomination pour son film depuis le début du siècle, après Penélope Cruz dans Vicky Cristina Barcelona en 2009.


Gagner un Oscar peut légitimement être considéré comme le couronnement d’une carrière. Et après ? Souvent, les lendemains des fêtes sont douloureux, l’Académie du cinéma américain n’aimant rien plus que passer à autre chose et à d’autres têtes. Réussir de se faire nommer une nouvelle fois après un Oscar amplement mérité peut donc relever du défi insurmontable. Tandis que Gwyneth Paltrow attend toujours au purgatoire malgré son rôle marquant dans Marty Supreme, deux comédiens ont réussi cette année à se libérer de cette malédiction officieuse.

D’un côté, il y a Emma Stone dans Bugonia de Yorgos Lanthimos, deux ans à peine après son deuxième Oscar pour Pauvres créatures du même réalisateur. De l’autre, il a fallu sensiblement plus de temps à Sean Penn pour se faire réinviter, dix-sept ans après son deuxième Oscar du Meilleur acteur pour Harvey Milk. A présent, il a été rétrogradé chez les acteurs de seconds rôles et il est même peu probable qu’il fasse le déplacement au Dolby Theatre au mois de mars. Mais sa citation pour le méchant dans Une bataille après l’autre nous paraît néanmoins méritée.


Nous avons pris l’habitude d’être toujours un peu déçus quand nous croisons des personnalités du cinéma dans la vraie vie, lorsqu’elles paraissent forcément plus petites que lors de leur exposition sur un écran géant. Avec l’acteur australien Jacob Elordi, nommé dans le rôle mythique de la créature dans la version de Guillermo Del Toro de Frankenstein, cela ne risque guère d’arriver. Du haut de ses 1m96, il fait partie du club exclusif des nommés aux Oscars très grands.

Y figurent également l’acteur James Cromwell (Babe Le Cochon devenu berger / 2m01), l’acteur Tim Robbins (Mystic River / 1m96), le réalisateur Adam McKay (The Big Short / 1m96), l’acteur Jeff Goldblum (Little Surprises / 1m94), l’acteur et réalisateur Clint Eastwood (Impitoyable et Million Dollar Baby / 1m93), le réalisateur Tom Hooper (Le Discours d’un roi / 1m91) et le fraîchement nommé Stellan Skarsgård (Valeur sentimentale / 1m91).

Le maître de cérémonie des Oscars pour la deuxième année de suite, l’animateur Conan O’Brien, mesure aussi d’imposants 1m93. Malgré ses meilleurs efforts cette année, l’acteur Dwayne Johnson (1m93) n’a pas été adoubé par les membres de l’Académie, son projet ambitieux Smashing Machine de Benny Safdie ayant fait un four cuisant dans les salles de cinéma américaines.


Ces deux-là, par contre, ils reçoivent enfin la reconnaissance qu’une longue et illustre carrière aurait dû leur apporter bien plus tôt. Les vétérans Delroy Lindo et Stellan Skarsgård ont finalement été nommés pour la première fois. Tous deux septuagénaires, leurs chemins avaient pourtant déjà croisé ceux de films nommés aux Oscars.

Pour le premier, ce fut le cas pour Malcolm X et Da 5 Bloods Frères de sang de Spike Lee, ainsi que L’Œuvre de dieu la part du diable de Lasse Hallström. Et pour le deuxième avec A la poursuite d’Octobre rouge de John McTiernan, Breaking the Waves de Lars von Trier, Will Hunting de Gus Van Sant, Amistad de Steven Spielberg, Millénium Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes de David Fincher et Dune de Denis Villeneuve. De quoi provoquer un choix d’autant plus cornélien chez les membres de l’Académie que leurs deux films, Sinners et Valeur sentimentale, leur ont donné l’occasion de briller.

Le Maître du Kabuki © 2025 Shuichi Yoshida / Aniplex / Asahi Shimbun Publications / Credeus / Toho / Pyramide Distribution
Tous droits réservés

Un an après la défaite assez cuisante de Emilia Pérez de Jacques Audiard dans la catégorie du Meilleur Film international, l’honneur français est à peu près sauf cette fois-ci grâce à Un simple accident de Jafar Panahi. Le deuxième film en farsi à être nommé également pour son scénario après Une séparation de Asghar Farhadi – Oscar du Meilleur Film étranger en 2012 –, la Palme d’or du dernier Festival de Cannes devrait facilement s’y imposer, non ?

Probablement pas, puisque les deux films représentés du côté du Meilleur Film, L’Agent secret et Valeur sentimentale, sont amplement donnés favoris. En guise de lot de consolation, la France aura malgré tout quelque chose à fêter, puisque les cinq films nommés ont tous été financés au moins en partie par des capitaux français.


La catégorie du Meilleur Film d’animation existe cette année depuis un quart de siècle. C’était même la dernière nouvelle catégorie ajoutée jusqu’à l’introduction du Meilleur casting cette année-ci. Et pourtant, l’actrice Natalie Portman, co-productrice d’Arco de Ugo Bienvenu, est la première comédienne à y être nommée. Ce qui lui fait désormais quatre nominations en tout, après les trois pour ses interprétations dans Closer Entre adultes consentants de Mike Nichols, Black Swan de Darren Aronofsky et Jackie de Pablo Larrain.


Pour le nouveau champ de récompense du casting, la grande favorite pour ce premier Oscar compétitif, après les deux honorifiques remis à Lynn Stalmaster et Juliet Taylor, est Francine Maisler pour Sinners.

Active dans le métier de directrice du casting depuis le milieu des années 1990, elle a assemblé entre autres les distributions exquises de Usual Suspects de Bryan Singer, Larry Flynt de Milos Forman, Pour le pire et pour le meilleur de James L. Brooks, Hors d’atteinte de Steven Soderbergh, A la rencontre de Forrester de Gus Van Sant, Spider-Man de Sam Raimi, Collatéral de Michael Mann, Le Nouveau monde de Terrence Malick, Mud Sur les rives du Mississippi de Jeff Nichols, 12 Years a Slave de Steve McQueen, Capitaine Phillips de Paul Greengrass, Birdman de Alejandro Gonzalez Inarritu, Invincible de Angelina Jolie, Ex Machina de Alex Garland, Premier contact de Denis Villeneuve, Baby Driver de Edgar Wright, Vice de Adam McKay, Marriage Story de Noah Baumbach, Uncut Gems des frères Safdie, Bones and all de Luca Guadagnino, Babylon de Damien Chazelle et Mickey 17 de Bong Joon-ho.


Un petit cocorico du côté technique à travers deux grands créateurs d’images et de sons. Tandis que le chef-opérateur franco-iranien Darius Khondji obtient sa troisième nomination pour Marty Supreme, après celles pour Evita de Alan Parker et Bardo Fausse chronique de quelques vérités de Alejandro Gonzalez Inarritu, le compositeur français Alexandre Desplat en est déjà à sa douzième grâce à Frankenstein. Et la deuxième pour sa collaboration avec le réalisateur Guillermo Del Toro, huit ans après son deuxième Oscar gagné pour La Forme de l’eau. Pour rappel, Desplat avait été victorieux pour la première fois en 2015 pour The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson.


En dehors de la représentation assez large des films nommés comme Meilleur Film international, deux autres productions étrangères ont trouvé leur chemin jusque dans la catégorie très technique du Meilleur maquillage. Il s’agit du japonais Le Maître du Kabuki de Lee Sang-Il et du norvégien The Ugly Stepsister de Emilie Blichfeldt.


Et pour finir sur une note mi-comique, mi-tragique, la compositrice Diane Warren peut une fois de plus se faire de faux espoirs de décrocher son premier Oscar compétitif … au bout de 17 nominations. Cette année-ci, il aura même fallu d’un documentaire en son honneur, Diane Warren Relentless de Bess Kargman, pour lui assurer sa nomination annuelle. Car son nom a été coché sur la liste de présélection par les membres du département musical de l’Académie sans interruption depuis 2018, c’est-à-dire neuf années consécutives !

Avec une telle série, elle est a priori la personne vivante la plus souvent nommée d’année en année, dépassant son illustre confrère John Williams qui ne peut se prévaloir que de huit années, entre 1996 (Nixon et Sabrina) et 2003 (Arrête-moi si tu peux). Hélas, rien ne semble pouvoir arrêter notre chère Diane Warren, même pas un Oscar honorifique – de consolation ? – qu’elle avait déjà obtenu en novembre 2022.

Diane Warren Relentless © 2024 Drexler Films / XTR / Greenwich Entertainment Tous droits réservés

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