Omar m’a tuer

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Omar m’a tuer

Omar m'a tuerOmar m’a tuer

France : 2010
Titre original : Omar m’a tuer
Réalisateur : Roschdy Zem
Scénario : Roschdy Zem
Acteurs : Sami Bouajila, Denis Podalydès, Maurice Bénichou
Distribution : Mars Distribution
Durée : 1h25
Genre : Drame, Policier
Date de sortie : 22 juin 2011

Globale : [rating:3.0]
[five-star-rating]

Un film français qui parle d’un scandale judiciaire français, c’est rare au cinéma car ça dérange. Omar m’a tuer était donc un pari risqué de la part de Roschdy Zem puisqu’encore en 2011, l’histoire de ce jardinier marocain accusé de meurtre est loin d’être classée… Voilà donc la critique d’un film dans lequel la réalité a dépassé la fiction.

Synopsis : Le 24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte dans la cave de sa villa de Mougins. Des lettres de sang accusent : « Omar m’a tuer ». Quelques jours plus tard, Omar Raddad, son jardinier, est écroué à la prison de Grasse. Il parle peu, comprend mal le français, a la réputation d’être calme et sérieux. Dès lors, il est le coupable évident. Il n’en sortira que 7 ans plus tard, gracié, mais toujours coupable aux yeux de la justice. En 1994, révolté par le verdict, Pierre-Emmanuel Vaugrenard, écrivain convaincu de l’innocence d’Omar Raddad, s’installe à Nice pour mener sa propre enquête et rédiger un ouvrage sur l’affaire…

Omar m’a tuerNon coupable… ou non coupable ?

Il y a des histoires qui marquent. Celle d’Omar Raddad est une de celles-ci, au même titre que des noms comme le petit Grégory ou l’affaire Dutroux entre autre. Pour ceux qui ne sont ni atteints d’Alzheimer, ni trop jeunes, on se souvient tous de ce jardinier avec des costumes trop grands pour lui, et de cette inscription : « Omar m’a tuer ». Même si elle fut reprise à toutes les sauces pour de nombreuses blagues et autres joyeusetés, c’est surtout l’élément central de cette « enquête » autour de la mort de Mme Marchal.

Je dis « enquête » car on sait que ce qui s’est passé dans cette histoire ressemble à tout, sauf à une vraie enquête judiciaire et policière. Des preuves détruites, un homme désigné coupable idéal, un procès bâclé et des demandes rejetées même après la libération du détenu…

Et Roschdy Zem le sait aussi. Il a beau dire qu’il a fait le maximum pour ne pas prendre parti dans son film, c’est quasiment impossible dans cette affaire. On sait de quel côté il est, c’est-à-dire celui de la majorité des gens qui pensent qu’Omar Raddad est innocent. Néanmoins, grâce à la narration indirecte (qui passe par l’écrivain joué par Denis Podalydès) Roschdy Zem a réussi le pari de s’en tenir aux faits, et rien qu’aux faits. Ils sont juste exposés ici. Le tribunal est d’ailleurs le lieu idéal pour ce genre de films qui veulent éviter de prendre position. On montre les arguments de la défense et de l’accusation, ni plus ni moins.

On sent également que Roshdy Zem n’a pas pu ou pas voulu aborder certains aspects de l’enquête. On sait qu’il avait reçu des menaces avant même d’avoir écrit la première ligne du scénario… Est-ce la raison pour laquelle aucune autre personne que Raddad lui-même n’est mis en cause dans cette version de l’histoire ? En effet, tous les autres coupables potentiels, surtout du côté de la famille Marchal, ne sont pas envisagés et on ne traite pas ces aspects et incohérences de l’histoire. D’ailleurs Zem ne tente pas ici de retrouver le coupable ou de refaire le procès. Il se concentre uniquement sur le calvaire d’Omar.

Omar m’a tuerFilm Docu

Du coup, on peut se demander si le film était vraiment nécessaire. Il n’apporte rien de nouveau, et pour avoir tous les détails de l’affaire, mieux vaut regarder un documentaire sur les faits divers qui se plongera un peu plus du côté de l’accusation pour nous apporter des détails manquants ici. En gros, il est préférable de connaître les tenants et aboutissants de l’histoire Marchal-Raddad avant d’y aller, sous peine d’être un peu perdu.

Par contre, la différence avec un documentaire, c’est qu’un film peut prendre quelques libertés pour romancer un peu les choses. C’est le cas ici. Le nom de l’écrivain et ses méthodes d’enquêtes ne sont pas 100% véritables. La réalisation quant à elle peut paraître brouillonne, faite de flashbacks, mélangeant les procès… En réalité, elle est très précise et voulue, et devient un vrai moyen d’illustrer le tourbillon dans lequel s’est retrouvé ce pauvre jardinier marocain qui ne parlait pas français. Ce qui lui est arrivé était inattendu, rapide, incompréhensible et dur. Roschdy Zem est parvenu à retranscrire tout ça dans son film, aidé par un jeu d’acteurs parfait il faut dire.

Sami m’a tuer…

En effet, avant d’être un film sur un procès, c’est un film sur un homme. Comme le disait Coluche, Omar m’a tuer ça pourrait être « C’est l’histoire d’un mec… ». C’est sur lui qu’on s’attarde, c’est lui qui nous touche. On suit l’histoire folle de ce fils d’immigré, parlant peu ou pas le français qui se retrouve en prison du jour au lendemain sans rien n’y comprendre et en étant incapable de se défendre. Durant tout le film, on voit ses peurs, ses faiblesses, ses moments de doutes, ses découragements et ses espoirs. On voit surtout un homme qui ne s’énerve jamais et qui ne tient pas rigueur à la France de toute l’injustice dont il a été victime.

Omar m’a tuer

Cet homme c’est Sami Bouajila qui l’incarne à merveille. Il est physiquement et mentalement rentré dans son personnage et émeut réellement le spectateur. Il n’en fait jamais trop, tout comme l’homme qu’il incarne. Si l’on peut trouver des défauts à ce film, ce n’est certainement pas celui d’une mauvaise interprétation ! Grâce à lui, il est difficile de sortir de la salle et de ne pas se sentir mal pour Omar Raddad si l’on a un minimum de compassion.

Mais Sami Bouajila n’est pas le seul à offrir un très bon jeu. On se doit de noter également la performance de Denis Podalydès, toujours juste et drôle dans ces rôles de détective à la façon de Rouletabille. Il esquisse les seuls rires qu’on peut avoir devant un film pareil. Il enlève également la lourdeur de l’affaire et sert donc de fil conducteur à cette histoire. Son personnage doit représenter Jean-Marie Rouart qui avait écrit le livre « Omar : la construction d’un coupable ». Les faits exposés sont donc résumés à travers l’enquête de cet écrivain uniquement, parti dans le sud trouver les failles de cette histoire.

A noter également : la reconstitution de l’époque est aussi plutôt bien réussie puisqu’on voit dans l’histoire qui se passe au début des années 90 les vieux logos des chaînes de télé de l’époque ainsi que le look vestimentaire… coloré dirons-nous que tout le monde arborait fièrement en ces temps là !

Résumé :

Un film à voir, ne serait-ce que pour la prestation épatante de Sami Bouajila qui se confond complètement avec Omar Raddad tant dans sa discrétion, son respect pour la France, son physique, que dans son amour pour sa famille et son honneur. A éviter pour ceux qui cherchent un éclairage nouveau sur l’enquête inachevée…

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=-iATk8iiHeY[/youtube]

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