Critique : Nos souvenirs

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Etats-Unis, 2015
Titre original : The Sea of Trees
Réalisateur :
Scénario : Chris Sparling
Acteurs : Mathew McConaughey, Naomi Watts, Ken Watanabe
Distribution : SND
Durée : 1h51
Genre : Drame fantastique
Date de sortie : 27 avril 2016

Note : 3/5

Le public festivalier peut parfois être cruel. La réception à Cannes du nouveau film de Gus Van Sant, qui y était présenté l’année dernière en compétition, fut si glaciale qu’elle a enseveli sous elle la réputation de Nos souvenirs avant que ce dernier n’ait eu une chance de se faire sa place sur le marché. Vu avec le recul, à quelques jours de sa sortie française que l’on présume confidentielle, il n’y a pourtant pas de quoi crier au crime contre le Septième art face à ce conte méditatif, qui reste largement fidèle aux préoccupations de son réalisateur. Le croisement entre l’errance dans la nature de Gerry et les thèmes morbides de Restless donne en effet naissance à une histoire lourde de sens et d’émotions. En somme, Gus Van Sant n’y va pas par quatre chemins pour évoquer les derniers doutes d’un veuf avant son suicide dans un coin reculé. Mais en même temps, cette insistance passablement gracieuse nous paraît tout à fait cohérente au vu d’une œuvre filmique, qui mélange depuis longtemps des influences disparates en provenance du cinéma commercial et indépendant, tout en affirmant un goût pour la vie plus fort que tous les obstacles réunis.

Synopsis : Le scientifique Arthur Brennan s’envole pour le Japon suite au décès de son épouse Joan. Il se rend dans une forêt près du Mont Fuji, connu pour les dizaines de personnes qui y mettent fin à leurs jours chaque année. Alors que Arthur prépare les médicaments qui sont censés lui donner la mort, il aperçoit un homme aux traits exsangues qui titube entre les arbres. Il vient à son secours et lui indique le chemin du retour vers le parking, puisque l’homme, un Japonais nommé Takumi Nakamura, a changé d’avis après s’être taillé les veines. Or, Takumi ne réussit pas à trouver la sortie et reste pendant des jours auprès de Arthur, alors que les deux hommes tournent en rond dans le paysage sauvage. L’Américain aura alors l’occasion de se souvenir des derniers mois passés avec sa femme, une période guère idyllique.

Une passerelle vers le ciel

Une sensation d’étrangeté envahit d’emblée Nos souvenirs. Bien longtemps avant d’être mis au courant par bribes d’information successives des tenants et des aboutissants de la destinée du protagoniste, nous sommes captivés par son cheminement vers l’inconnu. Les signes de son désarroi nous sont certes présentés d’une façon un peu trop insistante, comme ce plan sur les clefs laissées à l’intérieur de la voiture sur le parking de l’aéroport, mais dans l’ensemble, Gus Van Sant entretient avec malice le mystère plutôt que de mettre le spectateur devant le fait accompli. L’ambiance du film, suspendue dans une sorte de représentation naturaliste de l’au-delà, s’avère par conséquent plus convaincante que les différentes pièces du puzzle de l’intrigue, dont au moins une relève de la facilité mélodramatique assez consternante. Alors que l’intrigue n’est au fond rien d’autre qu’un conte de survie à tout prix, l’approche détournée de la mise en scène s’éloigne avec une grâce féerique des bases pragmatiques d’une telle lutte, pour mieux en accentuer le côté surnaturel.

Un Américain au Japon

En somme, ce film injustement mal aimé fonctionne, à condition que l’on se laisse porter par son histoire abracadabrante. Le mélange des cultures n’y est pas plus pertinent que dans nos objets de raillerie privilégiés que sont les films sur les excursions des Américains à l’étranger. En fait, le personnage interprété avec aplomb par aurait aussi bien pu se retirer dans un parc national américain pour méditer une dernière fois sur la perte de sa femme. Sa rencontre avec un guide énigmatique, qui a besoin d’autant d’aide qu’il en donne à son tour, sert avant tout de relais pour déclencher des souvenirs pas nécessairement heureux. Or, l’accomplissement principal du film nous paraît être sa capacité à forcer le trait de tous les côtés, à la fois dans la forêt avec ses cadavres omniprésents et dans les réminiscences d’une vie de couple riche en clichés, en restant parfaitement cohérent par rapport à sa démarche d’un récit qui joue avec les perceptions sans jamais être dupe. Ce sont ainsi non pas les coups de théâtre tristement prévisibles que nous en retiendrons, mais un curieux climat oppressant qui alterne sans prévenir entre la contemplation et l’action.

Conclusion

Et si Nos souvenirs avait fait l’impasse sur le cirque cannois pour sortir sans ce brouhaha négatif, dans l’attente modérément bienveillante qu’ont suscité les derniers films de son réalisateur ? Ce ne sera bien entendu pas un film différent qu’on verrait alors, mais un film exempt de toute polémique tendancieuse, qui pèse forcément sur sa réception. Même si nous pouvons imaginer les raisons pour lesquelles il a été désigné le bouc émissaire prédestiné d’un public de festival stressé, il aurait mérité un accueil plus nuancé et plus abstrait, à l’image de son histoire certes nébuleuse, mais fascinante.

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