Critique : Maigret tend un piège (1958)

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Maigret tend un piège, photo du film Girardot

Maigret tend un piège, affiche du film
France, Italie : 1957
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Michel Audiard
Acteurs : , ,
Distribution : Les Acacias
Durée : 1h59
Genre : Policier
Date de sortie : 29 janvier 1958

4/5

Le vieux Paris dans  la chaleur étouffante du mois d’Août: un tueur de femmes sème la terreur et multiplie ses victimes. Maigret alerté par l’assassin lui-même va se livrer à un jeu du chat et de la souris sans merci.

Paris, 1957. Une série de meurtres met la police judiciaire en échec : quatre femmes ont déjà été retrouvées poignardées, leurs vêtements lacérés. Certain de la susceptibilité du coupable, le commissaire Maigret fait croire à son arrestation pour le pousser à se manifester…

Maigret tend un piège, photo du film Girardot

Gabin / Maigret : une évidence

Jean Gabin campe ici le commissaire Maigret pour la  première fois de sa carrière – il reprendra le rôle en 1959 avec Maigret et l’affaire Saint-Fiacre et en 1963 avec Maigret voit rouge. Il y apporte sa carrure, son tempérament, sa verve et confirme qu’il est une des meilleures incarnations du héros de Simenon à l’écran dans une composition fidèle à son auteur tout en instinct et compréhension de la personnalité du criminel.

C’est un Maigret fatigué, qui reporte à nouveau ses vacances et qui parle même de retraite mais un Maigret qui va quand même mettre toute sa pugnacité à confondre l’assassin du Marais. Si l’on est très rapidement sur la voie du coupable, il y a quand même quelques rebondissements mais c’est avant tout l’intrigue psychologique qui est magistralement menée jusqu’à la révélation finale. Maigret tisse savamment sa toile pour prendre au piège celui qu’il a deviné être l’assassin et qui bénéficie de la complicité consentie de sa mère et de son épouse.

Tout à tour débonnaire, rassurant, compréhensif, autoritaire, menaçant…. Gabin / Maigret perce à jour la mécanique du crime. « Il mouille sa chemise » et les scènes où il obtient les aveux et où il confronte les deux femmes de l’accusé sont des morceaux de bravoure où se mêle le verbe et la psychologie.

Un film d’acteurs

Gabin est entouré d’une distribution à sa hauteur: Jean Desailly, coupable tout autant que victime, pauvre fou d’avoir été trop aimé, Annie Girardot, toute de retenue apparente, d’abnégation et de mensonges pour protéger son mari, la fantastique Lucienne Bogaert qui prête sa voix et son maintien inimitables  à la mère recluse dans la haine d’un défunt mari qui la trompait, recluse dans la détestation des autres femmes, recluse dans son amour maternel. Et puis bien sur Paulette Dubost, toujours délicieusement piquante et qui campe Mauricette, la bouchère, un petit rôle mais un rôle clef.

Maigret tend un piège, photo du film Girardot

Paris, fin des années 1950

C’est enfin l’atmosphère du Paris des années 50, ses appartements soigneusement rangées, où la vie semble s’écouler comme figée à jamais, où les secrets sont gardés dans les tiroirs de lourds buffets, avec ses concierges et ses habitants qui assistent à la reconstitution d’un crime comme à un spectacle. On pense notamment à cette inénarrable scène où Madeleine Barbulée fait ses courses et entame ce dialogue surréaliste avec la commerçante « nous dinons tôt ce soir, nous allons à la reconstitution… nous vous y verrons ? » « Non » répond son interlocutrice, « nous avons réservé à l’opéra comique ce soir »…

On reproche souvent à Jean Delannoy son classicisme, mais force est de reconnaître qu’avec Michel Audiard aux dialogues, Paul Misraki à la musique et Louis Page à la photographie, il a réalisé une des meilleures adaptations de Maigret à l’écran restituant l’atmosphère étouffante d’un Paris écrasé autant par la chaleur de l’été que par la pesanteur des années 50. Un régal de bout en bout.

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