Biopic Critiques de films Drame — 01 décembre 2013
Lovelace

LA

États-Unis : 2013
Titre original : Lovelace
Réalisateur : ,
Scénario :
Acteurs : , , ,
Distribution : Hélios Films
Durée : 1h33
Genre : ,
Date de sortie : 8 Janvier 2014

Globale : [rating:4.5/5][five-star-rating]

Une caméra qui traduit parfaitement l’atrocité d’une violence gratuite et infondée, une actrice qui oscille entre révolte et naïveté, tel est le portrait central d’une oeuvre cinématographique parfaitement orchestrée et qui rend justice à l’un des personnages les plus sulfureux des années 70 aux États-Unis : . Quatrième transposition de la vie de l’actrice, le long métrage a le mérite de confronter le spectateur à une réalité étrangement actuelle. 

Synopsis : À la fin des années 60, Linda décide de quitter une famille avec laquelle elle entretient des rapports tumultueux et épouse le jeune et charismatique Chuck Traynor. Sous son influence, elle accepte de jouer dans un film pornographique, , qui sortira en 1972 sur les écrans. Le long métrage acquiert rapidement une immense notoriété, faisant de la jeune Linda, une icône incontournable. Devenue l’emblème de la révolution sexuelle aux États-Unis, Linda Lovelace se laisse rapidement entrainer dans un tourbillon incontrôlable de souffrances. 

L1

L’ambivalence d’un personnage controversé

Lovelace maîtrise parfaitement l’art de la dualité jusque dans les moindres détails. Les réalisateurs Rob Epstein et Jeffrey Friedman cultivent l’ambivalence des deux personnages principaux avec une intransigeante subtilité. La première tient sans nul doute au choix des acteurs. À l’aube de sa carrière, Amanda Seyfried bouscule les conventions et confirme enfin un talent tout en mesure, délicat et touchant. L’alternance d’un personnage pris au piège entre révolte et douceur, fait d’elle un être hybride et profondément humain, une jeune Sylphe majestueuse et énigmatique. Face à elle, Peter Sarsgaard est à l’image du personnage de Chuck : imprévisible et charismatique bien que profondément pervers et amoureux. Mais au-delà des affres de la violence et de la perversion, le long métrage n’en oublie pas le message initial, celui martelé par Linda Lovelace tout au long de sa vie : la possibilité de sortir de l’emprisonnement d’une vie qu’on n’a jamais voulue. Preuve en est, le biopic ne contribue pas à renforcer la vision naïve de Linda Lovelace mais lui donne au contraire une substance nécessaire à la transmission d’un message d’espoir édifiant. La caméra fait donc appel aux sursauts empathiques du spectateur, dans la grande tradition du biopic. D’ailleurs, la vivacité de l’action, figée par la candeur d’un personnage meurtri, exacerbe le talent d’une actrice qui est parvenue à s’approprier un destin immortel.

L1:2

La genèse d’un combat

Lovelace a le courage d’entretenir un lien indéfectible entre la réalité et la fiction, non pas pour alimenter un discours féministe trop souvent stigmatisé, mais pour évoquer le destin d’une actrice en dehors des normes, celles-là même qui constituent l’armature du film. Car l’amer paradoxe réside dans cet entre-deux pervers, qui la pousse irrémédiablement en dehors de la norme tout en l’y ramenant contre son gré. Cataloguée au rang d’actrice X, Linda Lovelace a bataillé toute sa vie pour enlever le costume salissant qu’on l’avait poussé à revêtir. Ce travestissement, son impossibilité à choisir est mère de profondes réflexions, souvent biaisées, sur le rapport entre la célébrité et son public. Si Gorge profonde reste son seul et unique grand succès, doit-il pour autant être le rôle de sa vie ? Comment changer, détourner ou même transformer les attentes du public ? Finalement, Linda Lovelace choisira la lutte. En cela, le film est une belle leçon de courage et d’humilité, un témoignage d’envergure à l’image d’un combat qui a inspiré une époque. Grâce à une mise en scène très sixties et des décors parfaitement adaptés, le film est une belle photographie d’une Amérique en pleine révolution sexuelle, bien qu’encore façonnée par les traditions conservatrices. Et quelle plus belle interprétation que celle de Sharon Stone ! Bien loin de Basic Instinct, elle incarne l’Amérique puritaine dans sa dualité entre amour et contrôle, un tenant essentiel à l’équilibre du film. Grâce à des plans astucieux et des répliques acerbes, les réalisateurs dévoilent la réalité inquiétante d’un commerce qui fait passer le corps de la femme du domaine naturel au champ culturel. Le destin de ce bien de consommation meurtri qu’incarne Linda est cruellement évident : pour beaucoup, il ne sera jamais rien d’autre. Seule face à la vacuité d’une vie ordinaire, Linda Lovelace sait bien que le combat se transcende par son engagement contre les violences faites aux femmes. Malheureusement le film ne le montre pas, s’arrête en plein élan, laissant le spectateur face à la genèse d’un combat.

L2

Résumé

Linda Lovelace restera dans les mémoires pour son rôle dans Gorge Profonde, une prestation qui lui aura valu une vie de paillettes et de désespoir. Malgré quelques choix scénaristiques regrettables, le film sait comment capter l’intérêt du public, grâce au regard volatile de la brillante Amanda Seyfried. 

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Mayeul

Cet article a été rédigé par Mayeul Permezel, Rédacteur de Critique Film.