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Critique : Loin des hommes


France, 2014
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : David Oelhoffen et Antoine Lacomblez , d’après une nouvelle d’
Acteurs : , , Angela Molina
Distribution : Pathé Distribution
Durée : 1h42
Genre : Drame
Date de sortie : 14 janvier 2015

Note : 3/5

Aride comme les hauts plateaux de l’Atlas, pudique comme la philosophie humaniste d’Albert Camus, cette adaptation libre de l’une de ses nouvelles a surtout donné un très beau film. Avec une intensité sourde, David Oelhoffen n’y évoque point un choc des cultures, mais plutôt une bataille subtile pour un peu de compréhension et de solidarité, pendant que l’équilibre social et historique se détraque irrémédiablement. Si l’on veut considérer Loin des hommes comme un western – une référence pleinement assumée par son réalisateur –, ce serait alors un western algérien aux multiples facettes. Car sa principale qualité est une redistribution cyclique des cartes à une vitesse impressionnante, un changement de donne permanent auquel les deux personnages, interprétés magistralement par Viggo Mortensen et Reda Kateb, s’adaptent aussi bien qu’ils le peuvent.

Synopsis : Algérie, 1954. L’instituteur Daru enseigne seul dans une école perdue dans les montagnes. Alors que les premiers signes de la révolte autochtone effraient les colons français, Daru considère qu’il n’a rien à craindre, puisque ses élèves sont exclusivement algériens. Un jour, un gendarme lui amène Mohamed, accusé d’avoir tué son cousin et attendu à la capitale provinciale pour son procès. En tant qu’officier de réserve, Daru est censé escorter le prisonnier jusque là. Il refuse d’abord cette mission périlleuse. Mais sur l’insistance de Mohamed, qui a des raisons très personnelles pour vouloir être jugé, il entame avec lui une longue marche à l’issue incertaine.

L’exil ou le royaume

Le monde de Daru est en apparence d’une simplicité confondante. Située dans une vallée à l’abri de toute influence extérieure, son école paraît être un havre de paix, où les enfants des alentours s’épanouissent autant en apprenant les origines de l’écriture qu’en jouant au foot avec leur professeur. Or, la réalité dure et violente ne tardera pas à faire irruption dans ce vase clos, voire à en dynamiter les limites édifiantes pour faire comprendre à l’enseignant que ni son style de vie faussement altruiste, ni ses idéaux culturels n’y sont les bienvenus. Ce personnage sobrement noble ne pourra pas maintenir longtemps sa neutralité, face à l’engrenage de la révolte, qui bousculera le statu quo hypocritement solide, imposé par le pouvoir colonial. Il préférerait rester en dehors de tout cela, par exemple en rendant la liberté à un homme dont le crime paraît presque anecdotique, comparé aux massacres qui s’annoncent. A force de se défendre et surtout de défendre son hôte attaqué de tous les côtés, il devra pourtant choisir son camp. Cette prise de position implique forcément une activité plus laide et sale que celle dont il s’acquitte volontairement pour préserver la quiétude de son quotidien. Mais pour garder intact le royaume harmonieux de cette Algérie, qui n’a jamais été aussi idyllique que les occupants voulaient le faire croire, il faudra consentir de lourds sacrifices ou bien partir.

Le début d’une amitié impossible

Le paragraphe précédent pourrait aisément donner l’impression que le récit de ce film au tempérament calme viserait à interroger avec emphase le dilemme d’allégeance de Daru. Il se trouve certainement un peu de cette quête existentielle au fil d’une intrigue parfaitement équilibrée entre des scènes d’action et des pérégrinations plus contemplatives dans des paysages majestueux. Mais le cœur quasiment stoïque de l’histoire se situe du côté des rapports entre le gardien récalcitrant et son prisonnier au contraire très attaché à cette longue marche vers une exécution probable. La finesse de la narration résulte alors de sa capacité à n’insister à aucun moment sur les liens qui se tissent progressivement entre les deux hommes. Au fur et à mesure qu’ils approchent de leur destination, ils se sauvent certes respectivement la vie à plusieurs reprises. Mais ces actes de bravoure et de camaraderie naissante sont aussi peu mis en avant que les stades successifs de désenchantement chez Daru de son rôle dans l’édifice colonial. Cette manière subtile de conter les choses ne peut que nous subjuguer, dans ce film qui en dit plus long sur l’homme et ses doutes en général et les premières étapes de la guerre d’Algérie en particulier, que toutes les leçons d’Histoire bien intentionnées réunies.

Conclusion

Dans un monde qui se cherche par le biais de crises identitaires et de flux migratoires sans précédent, la voix humaniste d’Albert Camus est plus que jamais d’actualité. Grâce à la sensibilité à fleur de peau du deuxième film de David Oelhoffen, elle résonne avec une clarté transcendante. Cette dernière nous permet d’approfondir sereinement la réflexion sur la condition humaine en temps de tension accrue, au lieu de chercher à nous convaincre avec des prises de position sommaires.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles