L’Étrange Festival 2015 : jour 2… NH10 / Another / courts des 20 ans

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affiche etrange festival 2015 00

Deuxième journée de choses étranges, un couple marqué par une agression et confronté ensuite à la bêtise des crimes « d’honneur » en Inde, une jeune femme dans un univers de sorcières et un programme de courts-métrages choisis pour représenter vingt dernières années dont au moins trois vraies réussites.


NH 10 AFFICHE de Navdeep Singh (
Inde, 2015, Thriller)

Synopsis : Un soir, Meera abandonne son compagnon Arjun à une fête pour retourner à son bureau. Mais sur le chemin, elle est victime d’une agression. Elle s’échappe mais n’en demeure pas moins profondément traumatisée. Arjun décide alors d’organiser un séjour dans le désert pour que Meera et lui se changent les idées.

Notre critique 2/5 :

NH10‬ est clairement affaibli par sa dimension hybride, entre scènes lourdes et peu pertinentes et quelques bonnes idées narratives, et surtout une mise en scène médiocre victime de moyens (apparemment) inexistants. Le traumatisme de Meera repose sur une scène non spectaculaire mais qui n’en pas moins traumatisante, l’intrusion de la violence dans une vie paisible et épargnée par de tels assauts. Par la suite, des commentaires sur l’archaïsme, encore aujourd’hui, de la société indienne, le système des castes en particulier et l’ostracisme dont sont toujours victimes les intouchables (souvent minimisée, genre ça n’existe plus) ou les crimes d’honneur, sont pertinents et permettent d’avaler quelques couleurs scénaristiques mais pas toutes. Hélas, tout ce qui relève de la scénarisation des scènes de violences de survival social qui rappelle plus, en plus faible, Eden Lake que La Traque signalée dans le programme de l’Étrange Festival est plus anecdotique et caricatural. On sauve de cette déception l’étrange passage de batailles par cailloux, qui évoque évidemment de réels cas de lynchage mais aussi l’immaturité crasse des intervenants, comme empêtrés dans un jeu d’enfants qui aurait duré trop longtemps. À cause du meurtre d’un couple mla foutu, de la poursuite très mal coordonnée dans sa dramaturgie, de la lenteur complaisante du récit et du jeu maladroit des acteurs dont l’actrice principale Anushka Sharma (genre «mon dieu, je ne sais pas quoi jouer, qu’est-ce que je fais ?» ; «continue quand même lui répond le réalisateur, ça ne se verra pas. De toute façon je ne suis pas plus doué derrière la caméra !») et malgré un final relativement réjouissant (voir affiche) et son message « Just do it » qui nous permet de penser que l’on n’a pas complètement perdu son temps, le résultat s’avère plus dispensable que recommandable. Dommage, en resserrant l’intrigue et en maîtrisant un peu plus la mise en scène et la direction d’acteurs, le drame aurait pu être plus marquant.


de Jason Bognacki (Etats-Unis, 2014, Fantastique)Another Concept Poster 02

Synopsis : Très jeune, Jordyn a été adoptée après le décès de ses parents. À vingt ans, il est temps pour elle de découvrir ses racines et la vérité sur ses origines pour le moins démoniaques…

Notre critique 3/5 :

Ouverture sur une réunion occulte dans une grotte qui laisse présager du pire avant de glisser dix-huit ans plus tard le jour de l’anniversaire de Jordyn dont le vœu est de retrouver sa mère. Sa tante qui l’a élevée seule aurait du la prévenir qu’il ne s’agissait pas forcément d’une bonne idée… Pour son premier long-métrage, le réalisateur Jason Bognacki s’est débrouillé avec des moyens réduits pour une expérience de cinéma séduisante en convoquant une certaine idée du cinéma de genre en amateur affiché du cinéma de Dario Argento et de l’atmosphère unique de celui de Jess Franco. Son récit étrange relativement peu narratif même s’il est dirigé par une histoire suffisamment claire est porté par des idées de mise en scène personnelles, avec distorsions de l’image, cadrages originaux qui insistent sur les regards de ses trois protagonistes principales. Jordyn se retrouve au milieu d’un affrontement inquiétant entre sa mère et sa tante qui dépasse les quelques maladresses de style grâce aux performances des actrices Paulie Redding (Jordyn), Nancy Wolfe (la tante protectrice) et l’impressionnante Maria Olsen dont le visage expressionniste sied à son personnage de sorcière sataniste sans pitié. La bande son inclut des musiques de Beethoven, Chopin ou Haendel utilisées pour leur ressenti inquiétant. Malgré quelques longueurs, cette lutte entre le bien et le mal a de réelles qualités. , grand producteur du genre (Big Ass Spider, Starry Eyes, Jodorowsky’s Dune, The Agression Scale…) est remercié dans le générique de fin.


Counter de Volker Schreiner 0220 ans d’étranges courts-métrages, première partie

Avec (5/5), l’allemand signait un classique instantané du mash-up, concept que l’on peut résumer à l’idée d’emprunter des images existantes (fictions, documentaires, films d’entreprises, clips, courts, films de famille…) pour les détourner de leur sens d’origine et créer une œuvre d’essence expérimentale radicalement différente. Ici le titre résume bien le concept : un décompte de 266 à zéro grâce à l’inclusion de nombres, puis de chiffres, extraits de longs-métrages plus ou moins connus (mais aussi de la série Mission Impossible – le décompte répétitif probablement) et plus ou moins facilement identifiables (la liste des œuvres citées est en fin de générique). Le réalisateur-monteur joue avec les apparitions de comédiens dans un même film (on finit par attendre de plus en plus impatiemment un retour du délectable Cary Grant de face puis de profil dans un même mouvement répété comme à l’infini, on s’amuse encore de celles désabusées de Robert Duvall dans Chute libre ou Guy Pearce dans L.A.Confidential) mais devant des nombres différents ou dans deux films sans lien qui s’enchaînent alors qu’ils ont été tournés avec suffisamment d’écart dans le temps et de style visuel pour créer un étrange effet, celui où Charlton Heston se succédant à lui-même de La Soif du Mal au Survivant étant saisissant pour capter le ressenti du temps qui passe. Les apparitions des éléments de ce décompte sont essentiellement visuelles avec quelques variations surprenantes qui permettent de ne jamais trop anticiper la trouvaille suivante, sauf lorsque telle est l’intention de Schreiner comme ces numéros qui s’enchaînent dans une prison de Tueurs nés, en suivant une femme blonde qui remonte une rue ou des escaliers que l’on descend ou que l’on remonte (La Tour Infernale) . Avec sa succession non stop de plans de portes de chambres d’hôtels auxquelles on frappe ou que l’on claque sans ménagement, qui créent un effet comique ou un suspense haletant mais aussi des annotations sur papiers (dont l’emblématique 163 Racine sur un paquet d’allumettes dans Les Incorruptibles de Brian de Palma, revu par hasard quelques jours avant cette séance), des ascenseurs dont l’un ensanglanté par le même cinéaste (Pulsions), des voitures ou des bus (plaques minéralogiques ou places de parkings dans Le Sport favori de l’homme, là encore revu peu avant), une partie d’un numéro de téléphone, des enchères et coup de cœur personnel la quête éperdue de Eunice, Schreiner varie les endroits dans le cadre pour placer ce compte à rebours (vers quel zéro ?) et nous nous surprenons à les guetter, les plans étant souvent très brefs. Scandé par les musiques des films en question que l’on espère reconnaître (ce n’est évidemment pas toujours le cas), ce chef d’oeuvre du genre a reçu le Grand prix bien mérité de L’Étrange Festival en 2006.

https://youtu.be/IhhcSj00wok

En bref sur les autres films (on y reviendra ou on complétera ce texte lâchement abandonné avant la fin de sa rédaction complète), citons encore un autre coup de maître, celui de avec (5/5) et son collage désespéré et hilarant de publicités commandées par la chaîne familiale Cartoon Network nommé aux Oscars. Les phrases «My spoon is too big» et «I am a banana» prononcés sur un ton monocorde devraient rester dans les annales plus ou moins saignantes (comprenne qui verra). Voir ici la critique de de évoqué plus haut.

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