Critique : Les Règles du jeu

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France, 2014
Titre original : –
Réalisateurs : et
Scénario : Claudine Bories et Patrice Chagnard
Acteurs : –
Distribution : Happiness Distribution
Durée : 1h46
Genre : Documentaire
Date de sortie : 7 janvier 2015

Note : 3/5

Difficile de démarrer dans la vie active, alors que le contexte économique est morose et qu’aucun aspect du CV ne permet de se distinguer des milliers d’autres jeunes en quête d’un premier emploi. Pour faire la différence, il faudra alors savoir vendre une personnalité guère séduisante, qui traîne encore avec elle les attributs physiques et mentaux de l’adolescence. Quel est donc notre soulagement de ne pas être au chômage et, en même temps, quelle belle leçon en réalisme social que ce documentaire, qui suit une poignée de jeunes postulants à l’attitude et au destin fort variés !

Synopsis : Au cabinet Ingeus, près de Lille, un programme d’insertion dans le monde du travail, par le biais d’un suivi personnalisé pendant au moins six mois, est financé par l’Etat. Les conseillers y préparent des jeunes à leurs entretiens d’embauche, après leur avoir appris comment mettre en valeur leur parcours jusque là. Lolita, Kevin, Hamid et Thierry ont signé un contrat avec cette entreprise de placement, dans l’espoir de trouver un travail à l’issue de la formation.

Un premier élan prometteur

La crise a infesté depuis des années le marché du travail en France. Même avec les meilleurs diplômes et un CV en béton, il y devient de plus en plus compliqué de trouver un métier à la hauteur de ses ambitions personnelles. Que dire alors de ces jeunes hommes et femmes, issus de milieux n’ayant peut-être pas eu l’occasion d’encadrer suffisamment leur éducation, qui aspirent, eux aussi, à une place au soleil ? Ce n’est pas de la motivation qui leur manque, certes, mais ils risquent de perdurer tout en bas de l’échelle sociale, si personne ne leur donne un petit coup de pouce pour mieux s’intégrer dans le monde adulte. Tel est le rôle d’agences comme celle au centre du documentaire Les Règles du jeu, qui proposent une trame de formation très volontariste, à la fin de laquelle attendrait, selon les belles promesses énoncées lors de la réunion d’information initiale, une embauche quasiment assurée. Il y a quelque chose de profondément américain dans cette façon assez naïve de voir les choses, comme si la prospérité ne dépendait que d’une volonté inébranlable de réussir, coûte que coûte. La réalité française est bien évidement toute autre. La mise en scène en retrait de Claudine Bories et Patrice Chagnard ne manque pas de le souligner, sans avoir besoin de trop insister.

La routine s’installe

Car les candidats, qui ont chacun droit à une petite partie des neuf chapitres qui rythment le film, sont tout sauf de futurs collègues rêvés. Même celui qui s’en sort encore le mieux – Thierry avec sa détermination de sportif et son attitude de charmeur infaillible – finit par douter de sa capacité à garder un travail stable, moins payé que les missions irrégulières d’intérimaire qui constituaient sa seule expérience professionnelle. Quant aux autres, ils se retrouvent tous, à un moment donné, en position d’échec face à des exigences auxquelles ils ne peuvent ou ne veulent pas répondre positivement. Au fil des saisons, le désenchantement remplace une euphorie pas très crédible pour commencer. Tandis que deux des postulants prennent de moins en moins au sérieux cette tentative méthodique de les calibrer pour un marché du travail conformiste et sans pitié, la seule fille du groupe officieux garde son flegme imperturbable. Elle sort seulement de ses gonds, lorsqu’il est question d’une existence privée sans doute encore plus pénible que cette litanie de coups de fil infructueux à passer sans le moindre état d’âme. En somme, aucun des participants n’a accepté de s’inscrire à Ingeus par plaisir. Or, la nécessité vitale de grandir par l’intermédiaire d’un travail est reflétée avec une franchise touchante par ce documentaire. Celui-ci ne cherche d’ailleurs nullement à camoufler le bilan plus que mitigé de l’opération, en termes d’un contrat de travail en CDD, qui justifierait les efforts consentis par ces jeunes confrontés à la dureté du monde adulte.

Conclusion

Alors que nous admettons volontiers être hantés par le spectre de la perte de l’emploi, il n’existe pas de meilleur rappel à l’ordre et à la reconnaissance professionnels que d’être confronté à la galère des autres. Ce documentaire poignant y arrive haut la main, sans se moquer de ses sujets au comportement parfois inquiétant et sans porter non plus aux nues un cadre officiel en fin de compte assez inefficace pour enrayer le fléau du chômage des jeunes.

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