Critique : Les Bêtes du sud sauvage

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afficheLes Bêtes du sud sauvage

États-Unis : 2012
Titre original : Beasts of the Southern Wild
Réalisateur : Benh Zeitlin
Scénario : Benh Zeitlin, Lucy Alibar
Acteurs : Quvenzhané Wallis, Dwight Henry, Levy Easterly
Distribution : ARP Sélection
Durée : 1h32
Genre : Drame, Fantastique
Date de sortie : 12 décembre 2012

4/5

A chaque festival où il passe, le premier film de Benh Zeitlin rafle de nouveaux  prix. Après avoir remporté le Grand prix du jury au festival indépendant de Sundance, le phénomène Hushpuppy a déferlé sur la France et a reçu le triomphe escompté. Caméra d’or et lauréat des prix Regard Jeune et Fipresci au dernier festival de Cannes, Les bêtes du sud sauvage fut également sacré au 38 ème festival de Deauville en recevant non pas une mais trois récompenses dont le prestigieux Grand Prix. Un palmarès que l’équipe de critique-film avait trouvé discutable malgré la qualité indéniable de ce petit bijou à l’état brut (voir Deauville- jour 9).

Synopsis : Hushpuppy, 6 ans, vit dans le bayou avec son père. Brusquement, la nature s’emballe, la température monte, les glaciers fondent, libérant une armée d’aurochs. Avec la montée des eaux, l’irruption des aurochs et la santé de son père qui décline, Hushpuppy décide de partir à la recherche de sa mère disparue.

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Les Forces de la Nature

Les bêtes du sud sauvage est l’histoire d’une petite fille, de son père, d’un lieu hostile mais chérit de ses habitants : le bathtub. C’est l’histoire de la nature, des bêtes qui la peuplent. Toutes les bêtes. Et les bêtes les plus coriaces de ce paysage sont certainement les Hommes qui y vivent. Ils crient, pêchent, ont des accès de rage bestiale. Vivant en harmonie avec la nature, les habitants du bathtub sont des plus opiniâtres et refusent de quitter leurs terres et leurs racines malgré la menace des éléments. Du haut de ses six ans, la petite Hushpuppy n’est pas épargnée, élevée à la dure par son père qui tente de lui apprendre à survivre dans cet environnement menaçant. De la force, voilà ce que ce père veut transmettre à son enfant, une force physique mais surtout une force de caractère.  Dès la première scène et les premiers mots que la petite prononce, une énergie et une étonnante sagesse se dégagent de ce petit bout de femme téméraire et obstiné. Une vraie force de la nature.

Époustouflante de bout en bout, la jeune interprète de Hushpuppy (Quvenzhané Wallis)  est un vrai phénomène et offre une interprétation toute en nuances, tantôt drôle avec son caractère bien trempé, tantôt extrêmement attendrissante. Une prestation d’autant plus étonnante lorsque l’on sait que les acteurs de ce petit bijou ne sont pas des professionnels mais des autochtones. Benh Zeitlin a longtemps cherché ses personnages dans la région même où le film a été tourné et il les a trouvés en Dwight Henry, boulanger de son état, et Quvenzhané Wallis, découverte par hasard dans une école du quartier.  Ce choix parfaitement approprié apporte une authenticité et une fraîcheur incontestable à ce film cherchant à dépeindre avec sincérité une communauté du sud de la Lousiane.

L’autre force de la nature n’est autre que les éléments qui se déchaînent sur le bathtub, ( « la baignoire » en anglais : un nom prophétique ?) submergeant en une nuit les habitations. Filmant la nature simplement à la manière d’un documentaire, caméra à l’épaule, Benh Zeitlin rend compte des ravages provoqués par une telle catastrophe naturelle. Une nature dévastée qui ne détruit pourtant pas la ténacité et l’acharnement de cette tribu, qui entreprend de s’accommoder de cette situation et de reprendre espoir. La caméra du réalisateur se faufile partout, captant des petits détails et capturant cette atmosphère singulière, brute et à la fois tellement touchante.

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Entre poésie et trivialité

Le véritable tour de force de ce film est de faire naître une extrême poésie là où on ne s’attend pas à en trouver. Vacillant entre passages oniriques et plans mettant en scène toute la trivialité de la vie, Benh Zeitlin parvient à faire de ce film un méli-mélo d’émotions saccadées certes, mais bien présentes. Les bêtes du sud sauvage est un enchantement, un rêve éveillé sublimé par des images simples et épurées ainsi que par de douces mélodies qui pincent le coeur ou qui, parfois, transmettent toute la force de ces personnages. Ce sentiment d’émerveillement est renforcé par l’utilisation judicieuse que Benh Zeitlin fait de la caméra subjective, mettant le spectateur au niveau de la petite Hushpuppy et nous permettant de découvrir de nouveaux mondes à travers ses yeux étonnés de fillette de six ans. Rêve et réalité se mêlent au point où l’on se demande si les aurochs, ces animaux préhistoriques, sont le fruit de notre imagination.

A travers sa façon de filmer le quotidien, le jeune réalisateur parvient à créer une expérience sensorielle parfois peu ragoûtante et  pourtant pleine de grâce, en contraste avec le décor et la bestialité des habitants du bathtub. 

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Résumé

Touchant et sincère, Les bêtes du sud sauvage est de ces films envoûtant qui fait naître une poésie incroyable dans les moments les plus anodins, dans les situations les plus dures, dans un environnement bien peu propice au rêve. Difficile de rester insensible face à Hushpuppy et à sa « tribu », tous plus tenaces et profonds les uns que les autres. On ne peut que tirer notre chapeau à ces comédiens pour leurs premiers pas au cinéma et à Benh Zeitlin pour ce premier film rafraîchissant, pur et émouvant. Le phénomène Hushpuppy n’a pas fini de faire parler de lui !

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