Critique : Le procès de Viviane Amsalem

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France, Israël : 2014

Titre original : Gett
Réalisateur : ,
Scénario : Shlomi Elkabetz, Ronit Elkabetz
Acteurs : Ronit Elkabetz, ,
Distribution : Les Films du Losange
Durée : 1h55
Genre : Drame
Date de sortie : 25 juin 2014

Note : 4,5/5

Il y a 10 ans, l’immense comédienne israélienne Ronit Elkabetz a décidé de sa lancer dans la réalisation. Avec son frère cadet Shlomi, ce fut Prendre femme, qui nous permit de faire connaissance avec le couple formé par Viviane et Eliahou. C’est de nouveau ce couple qu’on retrouvait 3 ans plus tard dans Les sept jours, au cœur d’un film consacré aux relations entre frères et sœurs. Cette année, la Quinzaine des Réalisateurs avait sélectionné le 3ème film de Ronit et Shlomi, Le Procès de Viviane Amsalem, qui clôt l’histoire de ce couple de façon remarquable.

Synopsis : Viviane Amsalem demande le divorce depuis trois ans, et son mari, Elisha, le lui refuse. Or en Israël, seuls les Rabbins peuvent prononcer un mariage et sa dissolution, qui n’est elle-même possible qu’avec le plein consentement du mari. Sa froide obstination, la détermination de Viviane de lutter pour sa liberté, et le rôle ambigu des juges dessinent les contours d’une procédure où le tragique le dispute à l’absurde, où l’on juge de tout, sauf de la requête initiale.

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Un peu de droit israélien !

Pour bien entrer dans ce film, il n’est pas inutile de savoir qu’Israël fait partie de ces pays dans lesquels il n’existe quasiment pas de droit de la famille civil ! Seule exception : en 2010, la Knesset a adopté une loi reconnaissant le mariage civil en Israël pour les gens affirmant ne pas avoir de religion. Toute petite fleur pour les 60 000 israéliens qui se disent agnostiques ou athées. Sinon, que ce soit pour les mariages ou pour les divorces, le droit est religieux, c’est-à-dire juif, musulman ou chrétien. Qui dit droit religieux dit, bien sûr, un droit fait pour donner tous les avantages au mari. Ceci est particulièrement vrai pour le divorce dans le cadre de la religion juive : il se déroule dans le cadre d’un tribunal rabbinique et il est conclu par un acte de divorce écrit en araméen, le « get », que le mari remet à son épouse au cours d’une cérémonie au rituel fixé dans les moindres détails. Précision totalement anodine : il n’est possible qu’avec le plein accord du mari. En clair, si c’est le mari seul qui souhaite divorcer, il n’a aucun problème pour arriver à ses fins. Par contre, dans la situation inverse, c’est la galère pour l’épouse. Elle risque fort de ne jamais obtenir ce fameux « get » et de se retrouver dans une situation lui rendant particulièrement difficile toute nouvelle vie amoureuse, puisque toute relation avec un autre homme serait considérée comme adultérine. Et le mari qui a refusé de remettre le « get » à sa femme ? Pas de souci pour lui, il peut avoir sans problème une relation avec une autre femme célibataire, veuve ou divorcée religieusement.

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Un combat acharné

Le Procès de Viviane Amsalem nous montre, sur une période de 5 ans, le combat acharné mené par une femme malheureuse en mariage pour obtenir ce fameux « get ». Le couple : il n’existe plus depuis longtemps. Certes, le mari n’est pas à proprement parler un mauvais bougre et il est tout à fait conscient que Viviane n’est pas vraiment la femme qu’il lui faut. Seul problème : il est têtu, obtus, borné, etc. Pas question pour lui d’accorder ce divorce que sa femme lui demande. Un avocat côté Viviane, un avocat pour son mari et les témoins qui défilent, venant apporter aux 3 rabbins qui composent ce tribunal la vision qu’ils ont du couple et de l’homme et la femme qui le composent. En effet, des raisons juridiques pourraient permettre aux juges de condamner le mari à accorder le divorce, par exemple le fait de ne pas pourvoir aux besoins de sa femme, qu’ils soient vestimentaires, alimentaires, voire même sexuels. Malheureusement pour Viviane, ces témoins sont le plus souvent de mauvaise foi lorsqu’ils sont masculins. Quant aux témoins féminins, on devine vite que certaines sont sous l’emprise de leur mari et qu’elles n’osent pas dire, en sa présence, ce qu’elles pensent vraiment. Difficile pour Viviane de garder son calme lorsque son mari ne répond pas aux convocations des juges et que le temps s’écoule, mois après mois, années après années. Ce calme, il faut quand même, au minimum, donner l’impression de le garder, car Viviane sait bien qu’elle aurait beaucoup à perdre si, par malheur, le désespoir la poussait à des réactions répréhensibles. En fait, même les rabbins/juges arrivent à être agacés par le comportement de ce mari, en particulier lorsque, au dernier moment, il refuse de remettre le « get » à Viviane, alors que, peu de temps auparavant, il avait, du bout des lèvres, donné son consentement. Mais ces rabbins/juges sont des hommes et, en plus, ils rechignent à mettre fin à un foyer juif, quand bien même l’amour s’est éteint entre l’homme et la femme.

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Riche, intéressant et passionnant

On pourrait penser que ce huis-clos tourné dans une salle au mobilier sommaire et qui dure près de 2 heures finit vite par engendrer un sentiment de monotonie et de répétition. Il n’en est rien ! Au contraire, des 3 films consacrés au couple Amsalem, Le procès de Viviane Amsalem s’avère être le plus riche, le plus intéressant et le plus passionnant. C’est sans aucun temps mort que se succèdent les répliques, les requêtes, les refus, les reproches, les réprimandes, en hébreu, en arabe, en français et on passe d’une seconde à l’autre de la tragédie à la comédie. Ronit Elkabetz interprète à la perfection le rôle de Viviane, de cette femme engluée dans une situation totalement kafkaïenne et qui, malgré des nerfs à fleur de peau, ne doit jamais craquer. Simon Abkarian est magistral dans le rôle de ce mari obtus, calme, sûr de son droit et qui refuse de regarder la vérité en face. Avant tout film de dialogue, Le procès de Viviane Amsalem arrive en même temps à avoir les qualités des grands films muets : la caméra de , dont on connaît le travail avec François Ozon, excelle à scruter les mimiques des personnages, des mimiques qui apportent un autre éclairage sur tout ce qu’on entend.

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Résumé

C’est avec un sentiment de révolte qu’on sort de ce grand film de Ronit et Shlomi Elkabetz. Maintenant que l’histoire du couple Amsalem est terminée, on espère qu’ils sauront trouver de nouveaux sujets tout aussi excitants dans le futur. Pour ce qui est des qualités de mise en scène, au vu de ce qu’ils ont montré dans ce 3ème film, on ne se fait pas de soucis pour eux.

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