Critique : L’Attrape-rêves

L’Attrape-rêves

Espagne, Canada, France, 2013
Titre original : Aloft
Réalisateur :
Scénario : Claudia Llosa
Acteurs : , ,
Distribution : Jour2Fête
Durée : 1h36
Genre : Drame
Date de sortie : 26 octobre 2016

Note : 2,5/5

Quand un film patiente plus de deux ans sur les étagères des distributeurs, bien qu’il jouisse d’un certain prestige par sa distribution – c’est le cas ici – ou par sa présentation aux festivals les plus importants – idem –, il y a généralement anguille sous roche. Le troisième film de Claudia Llosa pâtit en effet d’une intrigue trop vague pour éveiller notre intérêt envers des personnages dans un état de flottement existentiel avancé. Notre impression ne se voit point améliorée par le style de la réalisatrice, dont la caméra colle au plus près des personnages, au lieu de leur donner suffisamment d’espace pour extérioriser leur malaise personnel, dû à la maladie, à une enfance malheureuse ou à une vocation longtemps refoulée. Ainsi, il manque une distance juste à , une perspective d’oiseau, susceptibles de mettre de l’ordre dans un récit assez aberrant pour ne rien tenter et, par conséquent, ne rien accomplir.

Synopsis : La veuve Nana Kunning se rend avec ses deux fils, l’aîné Ivan un fauconnier en herbe et le cadet Gully atteint d’un cancer, à une séance de guérison de l’Architecte. Alors qu’elle ne tire initialement que de la frustration de ce rendez-vous manqué, le guérisseur lui annonce que c’est grâce à elle que l’un de ses patients a retrouvé la santé. Tiraillée ente ses devoirs de mère et son don mystique, elle se sent impuissante de retarder la maladie de son propre fils. Vingt ans plus tard, la journaliste française Jania Ressmore demande un entretien à Ivan, devenu entre-temps un spécialiste de l’élevage de faucons. Le véritable but de son enquête est cependant de retrouver la trace de Nana, désormais une célèbre guérisseuse qui vit en réclusion près du cercle polaire.

Donner un sens aux choses

Le titre français du film peut aisément vous induire en erreur, puisque aucun des personnages n’y est en proie à des rêves qu’il faudrait dompter. L’enjeu de l’histoire est bien plus terre à terre, car chacun d’entre eux est confronté à une maladie grave, une sentence de mort vécue dans la propre chair ou par procuration. L’Attrape-rêves n’est pas pour autant un drame de maladie au sens classique du terme. Il s’agit davantage de conférer une texture mélodramatique à l’action, qui va crescendo jusqu’au grand règlement final de tous les griefs accumulés au fil du temps. Hélas, ces soubresauts du désespoir permettent à peine de resserrer un fil narratif fâcheusement délié, dépourvu d’une quelconque emprise sur des personnages qui ont tendance à évoluer en roue libre. Ainsi, l’esthétique confuse de la mise en scène de Claudia Llosa fige les personnages et leurs dilemmes dans un nuage visqueux d’hésitations qui n’éprouve à aucun moment l’urgence de parvenir à une effusion de sentiments sincères.

Vol en piqué du rapace

Notre reproche principal envers le film pourrait se résumer alors en son incapacité de mener à bien ne serait-ce qu’un seul des sujets disparates qu’il traite. Le cœur de l’intrigue a beau être en apparence la relation conflictuelle entre Nana et son fils Ivan, les digressions sont légion pour brouiller les pistes sans aucune justification. En fin de compte, il n’y est donc pas question de faucons, pas plus que de la croyance en des guérisseurs autoproclamés et encore moins du regard critique de la presse sur ces événements ésotériques. La ligne directrice du film préfère visiblement se noyer dans le marasme d’un récit parallèle, qui s’emploie au mieux d’être explicatif, mais dont les ressorts successifs ne contribuent en rien à galvaniser une histoire bancale. Un seul détail nous y surprend alors en bien – et nous ne parlons pas des interprétations, toutes forcées notamment du côté de Mélanie Laurent en mode snob et de Cillian Murphy qui explore hâtivement les affres psychologiques de son personnage adulte, quoique resté prisonnier d’une enfance tortueuse. Non, pour une fois, le maquillage qui nous présente Jennifer Connelly artificiellement vieillie reste sobre et crédible, des adjectifs que nous aurions tant aimé pouvoir appliquer à ce film dans son ensemble !

Conclusion

N’ayons pas peur de l’admettre, nous n’avons pas vraiment compris où la réalisatrice voulait en venir avec cette histoire abracadabrante sur une mère en détresse, qui en rajoute sur l’ardoise de son fils en suivant un drôle d’appel messianique ! Par sa structure alambiquée et son aspect plastique étouffant, L’Attrape-rêves ne nous a en tout cas pas convaincu du bien-fondé de sa sortie tardive, malgré tout un privilège dont l’immense majorité des autres films présentés en compétition au Festival de Berlin de 2014 a bénéficié avant lui.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles