Critiques de films Drame — 10 février 2012
La Vie d’une autre

La Vie d’une autre

Français, belge, luxembourgeois : 2011
Titre original : La Vie d’une autre
Réalisateur :
Scénario : Sylvie Testud
Acteurs : , ,
Distribution : ARP Selection
Durée : 1h37
Genre : Comédie dramatique, Romance
Date de sortie : 15 février 2012

Globale : [rating:2][five-star-rating]

Inspiré d’un roman éponyme de Frédérique Deghelt paru en 2007 chez Actes Sud, La vie d’une autre est le premier long métrage de Sylvie Testud (, , ). L’actrice française passe donc derrière la caméra, entourée par un couple d’acteurs original, Juliette Binoche (Copie Conforme) et Mathieu Kassovitz (L’ordre et la morale).

Synopsis : Marie, 40 ans, se réveille en pensant qu’elle en a 25. Elle a oublié 15 ans de sa vie. Elle se réveille au début d’une histoire d’amour qui en fait se termine. Elle se réveille et elle a quatre jours pour reconquérir l’homme de sa vie.

 

Une adaptation sans âme

Basé sur une histoire originale prenante et pleine d’émotions, le film met en scène une héroïne à la recherche de son passé, de sa mémoire. Il s’interroge en grande partie sur le passage à l’âge adulte. Si l’enfant que j’ai été rencontrait l’adulte que je suis aujourd’hui, est-ce que je lui plairais ? Est-ce que ma vie correspondrait à ses attentes, ses rêves ? Mais c’est aussi les questions autour du couple : comment vivre après dix ans de mariage la même romance que le premier jour de la rencontre ? Les scènes d’introduction, où l’on rencontre Marie jeune, tendent vers le ridicule tant son personnage est rendu grotesque, par ses gestes, mimiques, intonations. Certainement pour créer une plus grande distinction entre celle du passé et celle du présent, mais l’effet tranche trop avec le reste du récit.

Comme souvent, l’adaptation cinématographique laisse à désirer par rapport au roman. Ici, ce n’est pas tant dans les coupes, l’interprétation des caractères ou la place des personnages, mais plutôt dans les choix narratifs, les éléments mis de côté et ceux inventés. Le livre repose ainsi en grande partie sur la recherche du journal intime de Marie, permettant de dévoiler petit à petit ce qui a causé l’oubli de ses souvenirs, mais aussi la souffrance de l’héroïne. À l’inverse, le film élimine presque totalement ses émotions pour se centrer sur une crise conjugale, familiale en lien avec une vie professionnelle dévorante. Sylvie Testud abandonne l’essence même de son personnage, la rendant certes plus populaire, mais la désincarnant de son ressenti et ainsi de son âme.

L’utilisation des musiques donne une allure de série américaine : multiplications de standards ou de chansons connues, soulignant les émotions de manière maladroite et exaspérante. Une nouvelle mélodie vient succéder à la précédente sans se soucier d’un rythme cohérent, en relation avec la narration.

La vie d'une autre de Sylvie Testud

Des silhouettes désincarnées

Juliette Binoche incarne une Marie transparente et naïve, un peu gourde parfois, à mille lieues d’exprimer les sensations qu’on pourrait ressentir après avoir oublié 15 ans de sa vie. Son jeu n’est pourtant pas mauvais, mais les dialogues ne lui permettent pas de sortir de cette adaptation réductrice. Le rôle de l’enfant n’est qu’un concentré de clichés et de répliques surécrites. Les personnages secondaires (le mari, l’enfant, les parents…) deviennent de simples satellites gravitant autour de Marie. La rencontre avec chacun s’effectue de manière logique et organisée, justifiant l’histoire et ses raisons dans un ordre attendu et sans surprise. Les rapports entre les individus sont laissés consciemment dans le flou, amenant une compréhension difficile des enjeux suggérés par les images (rapport entre le mari et la cousine, la mère et l’enfant). On finit par ne plus comprendre, ne plus savoir quelles questions se poser, quels indices rechercher pour interpréter le black-out de Marie, et du coup, l’intérêt pour l’histoire s’en voit diminué au fil du récit. Sylvie Testud a inversé les rôles mari / femme par rapport à l’écrit d’origine, et c’est peut-être là que le bât blesse. Si dans le roman, le personnage de Marie est sympathique, elle l’est beaucoup moins dans le film. Quant à Mathieu Kassovitz, qui interprète le mari, son rôle est trop effacé et sans réel impact sur le cours des évènements. On ne sent aucune implication de l’acteur dans son personnage, qui confesse avoir accepté de jouer essentiellement pour nourrir ses prochains travaux de mise en scène (observer un tournage et notamment les acteurs de plus près, sans avoir la casquette du chef).

Résumé

Le premier film de Sylvie Testud ne restera pas dans les mémoires. Malgré de bonnes intentions et un très bon matériel de base (le roman de Frédérique Deghelt), la réalisatrice s’entrave dans l’amoncellement de clichés, les répliques attendues et ridicules, des émotions à peine survolées et une structure narrative sans cohérence. Juliette Binoche et Mathieu Kasovitz, très en dessous de leurs capacités, en deviennent de simples acteurs banals, tendant vers une silhouette floue et mal dégrossie.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=C2bjEb8vrxo[/youtube]

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Laurie

Cet article a été rédigé par Laurie Villenave, Rédactrice de Critique Film.