Critiques de films Drame — 24 mars 2013
La Religieuse

affiche

France, Belgique, Allemagne : 2012
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Guillaume Nicloux, Jérôme Beaujour
Acteurs : , ,
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h54
Genre : Drame
Date de sortie : 20 mars 2013

Globale : [rating:3][five-star-rating]

En 1967, Jacques Rivette fit scandale avec « Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot ». Plus de 45 ans plus tard, Guillaume Nicloux donne son interprétation du livre de Diderot. Le scandale est loin, il reste le film. La religieuse par Guillaume Nicloux c’est une double histoire, l’histoire d’une révolte, l’histoire trouble de ces femmes qui ont voué leur vie à la religion mais ne sont pas exemptes des tourments humains.

Synopsis : XVIIIe siècle. Suzanne, 16 ans, est contrainte par sa famille à rentrer dans les ordres, alors qu’elle aspire à vivre dans « le monde ». Au couvent, elle est confrontée à l’arbitraire de la hiérarchie ecclésiastique : mères supérieures tour à tour bienveillantes, cruelles ou un peu trop aimantes… La passion et la force qui l’animent lui permettent de résister à la barbarie du couvent, poursuivant son unique but : lutter par tous les moyens pour retrouver sa liberté.

la religieuse

Une révolte

La jeune Suzanne avoue n’aimer que le Christ, c’est suffisant pour que sa mère qui cherche à assurer son avenir compromis par les vicissitudes financières de la famille et le secret transparent de sa naissance bâtarde, l’envoie au couvent. Mais croire en Dieu ne suffit pas pour faire une vocation, croire en Dieu ne suffit pas pour renoncer à un monde qu’elle n’a même pas connu.

Suzanne refuse le voile, s’obstine, fait scandale. Son couvent a beau être protecteur, la mère supérieure être compréhensive et aimante, la jeune novice Ursule lui vouait une indéfectible amitié, Suzanne refuse le mensonge, refuse le refus de la vie, refuse la vie qu’on a décidé pour elle.

Jusqu’au bout Suzanne va lutter. L’usure de ses forces, le péril de sa santé n’émoussent jamais le cri qui jaillit de son cœur « je veux sortir ».

la religieuse

Des âmes humaines

Ce n’est pas Suzanne ici qui est tourmentée. Elle est malmenée, vilipendée, abandonnée, battue mais elle garde son âme sans céder aux doutes, aux compromissions, sans se soumettre.

Mais que dire des mères supérieures qui se succèdent.

La mère de Moni, qui a bien compris la volonté de Suzanne et l’accepte mais qui sait combien il est difficile alors d’échapper à la volonté des parents voudrait tant lui faire partager son amour de la vie monastique pour adoucir sa peine. Qu’elle est humaine cette supérieure, désolée pour Suzanne, meurtrie de n’avoir pu mieux la préparer à cette existence, oui qu’elle est humaine quand elle avoue que, elle, elle n’a eu aucun mérite car elle n’a jamais souhaité qu’entrer au couvent.

Elle aurait vécue que la vie de Suzanne aurait peut-être été transformée en trouvant une alliée dans son combat.

Mais sa mort dramatique plonge Suzanne aux mains de sœur Christine, la nouvelle supérieure.

Elle cache sous un visage d’ange un penchant pour la mortification, un sadisme larvé sous couvert d’expiation. Elle soumet Suzanne à toutes les tortures dont peut disposer une mère supérieure : privation de nourriture, enfermement dans une geôle glaciale, humiliation, ostracisation, douleurs physiques (en la faisant marcher sur du verre pilée en en la faisant coucher sur le sol sous les pas des nonnes), douleurs morales (privée de communions, de confessions….).

Enfin l’abbesse de Ste Eutrope,  nouveau couvent où elle a trouvé refuge. L’abbesse a fait de son couvent un lieu où les sœurs aiment rire, où la musique peut être plaisir, où les tapis et les fauteuils confortables réchauffent les pièces, où les gourmandises viennent égayer le quotidien, où le repos n’est pas banni. Mais elle brûle d’un amour des femmes qu’elle ne peut contenir entraînant à sa suite rivalités amoureuses et désespoir.

Aucune de ces religieuses n’est finalement en paix avec elle-même et toutes ont fait de leur couvent le lieu où cacher ou assouvir leurs désirs les plus secrets. Elles sont humaines quelque part jusque dans leur inhumanité.

Guillaume Nicloux a fait un merveilleux choix d’actrice. Pauline Étienne, jeune artiste belge qui n’a encore que quelques rôles au cinéma, porte le rôle de Suzanne avec une force et un naturel remarquables. Françoise Lebrun est une mère de Moni dont la bonté et la douleur embrument constamment le regard et la voix. Louise Bourgoin,  les yeux comme toujours au bord des larmes devant les châtiments qu’elle inflige, est une étonnante mère Christine, Isabelle Huppert, l’abbesse de Ste Eutrope, emporte toutes ses scène avec sa voix, son regard, ses gestes brûlants de fièvre, de désir, de souffrance. Nicloux, en les filmant souvent en gros plans, sans maquillage, parfois à la seule lumière des bougies leur a donné à toutes leur part d’un véritable chemin de croix.

 la religieuse

 

Résumé

« La religieuse » mise en scène par Guillaume Nicloux vient à point nommé pour marteler que le choix religieux ne peut-être, ne doit-être que le choix intimement personnel de chacun.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=ltF5o9dfp34[/youtube]

Articles semblables

Partage

Auteur

Avatar
Eric

Cet article a été rédigé par Eric Becart, Rédacteur de Critique Film.