Critiques de films Drame — 02 octobre 2018
Intégrale Claude Berri #12 : Jean de Florette / Manon des sources (1986)

Jean de Florette afficheJean de Florette & Manon des sources

France : 1986
Titres originaux : Jean de Florette & Manon des sources
Réalisateur :
Scénario : Claude Berri
Acteurs : , , ,
Durée : 2h00
Genre : Drame
Date de sortie : 27 août 1986

Note : 4/5

Jean de Florette et Manon des sources sont un film en deux parties de Claude Berri sortis tous deux en 1986. Il s’agit d’une adaptation des romans éponymes de Marcel Pagnol mettant en scène une histoire qui repose sur le mensonge, la vengeance et les conséquences des actes. Un casting brillant ponctue ce chef d’œuvre aux nombreuses récompenses : Daniel Auteuil, Yves Montand, Gérard Depardieu et, dans le second film, Emmanuelle Béart, se donnent la réplique.

 

 

Synopsis Jean de Florette : Dans un petit village de Haute Provence, Jean de Florette vient s’installer sur le terrain dont il vient d’hériter et rêve à de merveilleuses cultures. Mais Ugolin a lui aussi un projet pour ce terrain : y faire pousser des oeillets. Le vieil oncle Papet va l’y aider…

Synopsis Manon des sources : Dix ans plus tard. Manon vit dans la grotte de Baptistine dans les collines tandis que Ugolin culpabilise, amoureux fou de la belle. Elle va découvrir la source qui alimente le village et la détourner. Elle tient enfin sa vengeance. Peu à peu les langues du village se délient. La loi du silence est rompue et le Papet et Ugolin sont accusés d’avoir tué le père de Manon, Jean de Florette. Pour le Papet une autre terrible vérité éclate…

 

Jean de Florette

 

Une première partie plus réussie que la seconde

Jean de Florette est un film totalement réussi. Berri met magnifiquement en scène cette histoire déchirante qu’il n’est plus nécessaire de conter. Déchirante, c’est bien le mot, car on est partagé entre un Gérard Depardieu (Jean de Florette) en père de famille débordant de gentillesse, mais auquel il arrive tous les malheurs du monde, et un Daniel Auteuil vilain mais attachant, sans cesse tiraillé entre son oncle César (Yves Montand) calculateur et manipulateur qui n’attend que la disparition de Jean de Florette, et son amitié pour ce dernier. Il faut dire que son physique maigrichon, sale, ses grands yeux écarquillés et son accent du sud collent parfaitement à sa personnalité : un jeune homme simplet mais pas foncièrement mauvais, prêt à écouter le premier venu sans se soucier des conséquences de ses actes. La proie parfaite pour César. Ensemble, ils forment un duo terrible (ils ne se gênent pas pour souhaiter le malheur des uns et détruire les biens des autres, sans scrupules) mais à la fois très drôle (de bonnes répliques tout au long de la saga).

Des personnages bien dessinés dès l’entame du film, et un Gérard Depardieu attachant, bien qu’il ne sorte pas tellement du rôle de poète-rêveur qui lui sied si bien. Berri fait tout pour éveiller les émotions du spectateur. En effet, on ressent beaucoup de compassion pour Jean tout au long du film, et ce ne sont pas les magouilles de César et de son neveu qui arrangeront les choses. En même temps, les nombreuses péripéties permettent de donner une certaine dynamique à ce premier film, que l’on ne retrouvera malheureusement pas dans sa suite Manon des sources.

Cette seconde partie manque vraiment de punch et on a franchement l’impression que les scènes s’enchaînent mollement. Peut-être est-ce dû à cette vengeance que l’on attend depuis le 1er film et qui n’arrive jamais ? On a bien un semblant de vengeance dans Manon, notamment lorsqu’elle bouche la source et immobilise le village, ou lorsqu’elle ignore Ugolin (Daniel Auteuil), mais il manque un petit quelque chose qui fait que le châtiment vaille vraiment le détour.

Heureusement, Emmanuelle Béart sauve un peu cette suite avec son personnage. Manon est tout simplement superbe, une belle jeune fille sauvage et douce à la fois qui dégage quelque chose de très érotique (notamment au début, lorsqu’elle danse nue dans la montagne en jouant de l’harmonica). Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que tous les hommes du village tombent amoureux d’elle. Ugolin avouera même « avoir eu peur de commettre un crime tant elle est belle ».

 
Manon des sources
 

Une réalisation fluide qui respecte les romans de Pagnol

On obtient une très belle histoire d’ambitions, de terres et d’argent qui montera les uns contre les autres, chacun souhaitant tirer profit du malheur de l’autre. Le plus intéressant est qu’au final, cette guerre reste silencieuse, personne n’avoue vraiment ses plus sombres pensées… sauf Manon.

Coté réalisation, le film est propre et beau, sans effets et fioritures. On apprécie l’ambiance du sud et cette autre époque qui nous plongent tout droit dans l’œuvre de Pagnol : les cigales, le soleil, les maisons en pierre, les fleurs, les accents… C’est très fluide et joliment accompagné par une musique qu’on n’oublie pas.

Pour terminer, le final est remarquable et inattendu. La réalisation de cette scène est parfaite, les révélations sont faites dans le calme d’une soirée ensoleillée, à proximité d’une église et entre deux personnages déjà âgés, des aveux faits à l’approche d’une mort certaine. Un final grandiose qui vient ponctuer deux films grandioses.

 

 

Conclusion

Une saga culte qui ne se démode pas. On reste toutefois sur sa faim avec Manon des sources qui manque de rythme par rapport à Jean de Florette, mais le final est superbe et rattrape toutes les fautes.

 

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Julien

Cet article a été rédigé par Julien Mathon, fondateur et rédacteur du site Critique Film. Lire tous ses articles