Inch’Allah

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inchallah_afficheInch’Allah

Canada, France : 2011
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Anaïs Barbeau-Lavalette
Acteurs : , ,
Distribution : Happiness Distribution
Durée : 1h41
Genre : Drame
Date de sortie : 03 avril 2013

Globale : [rating:2.5][five-star-rating]

Après plusieurs documentaires et un premier long métrage de fiction dont les sujets montrent son attachement à ceux qui ne lui sont pas forcément les plus proches, Anaïs Barbeau-Lavalette réalise avec Inch’Allah une plongée au cœur du conflit israélo-palestinien.

Synopsis : Dans un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, Chloé, jeune sage femme québécoise accompagne les femmes enceintes. Entre les check points et le mur de séparation, Chloé rencontre la guerre et ceux qui la portent de chaque côté : Rand, une patiente avec qui elle va rapidement se lier d’amitié et Ava, jeune militaire, voisine de palier en Israël.

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Une réalisation pas totalement maitrisée

L’ approche du sujet, brûlant, n’est pas inintéressante mais la réalisation n’est pas sans pêcher par une certaine maladresse. La répétition de scènes « miroirs » notamment qui s’interpellent et expliquent (la brune aux longs cheveux de la scène d’ouverture / le plan furtif sur les ongles peints et la bouche « rouge cerise » de Rand avant l’attentat, Safi le jeune frère cadet de Rand, qui ne quitte pas son costume de Superman (pour voler au dessus du mur?) et qui s’acharne à ramasser dans la décharge des paysages grossièrement peints sur des toiles / Safi arrivant à  percer le mur de séparation pour « voir dehors » un arbre et un plus petit qui pousse à côté) peuvent tout autant paraître comme subtilement ingénieuses que comme grossièrement mécaniques.

Dans ce monde en guerre, les scènes sont cependant traitées majoritairement avec une grande lenteur, trop grande qui parfois fait relâcher l’attention.

Le personnage central, celui de Chloé, est  très loin de nous. On ne ressent guère d’empathie pour elle, elle nous est lointaine, pas particulièrement sympathique. C’est un choix mais peut-être pas le bon pour nous faire entrer dans le film.

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Chloé n’est pas en guerre

Car la réalisatrice fait pénétrer le spectateur dans ce monde en guerre par l’intermédiaire de Chloé, jeune sage-femme d’origine québecoise. Chloé partage sa vie entre son travail  dans un dispensaire pour femmes palestiniennes en Cisjordanie et son appartement en Israël.

Elle est confrontée à la misère de Rand, une jeune palestinienne dont elle suit la grossesse et avec qui elle s’est liée d’amitié. Rand vit du ramassage dans une décharge derrière le haut mur de séparation. Elle ressent le mal-être d’Ava, jeune militaire israélienne, sa voisine de palier et son amie aussi, Ava qui souffre de voir son pays sous les bombes terroristes tout comme elle souffre de devoir faire son job de soldate.

Chloé, sous le coup d’une blessure intime (on sait juste au détour d’un dialogue qu’elle a perdu quelqu’un  (séparation, décès?), est ballottée entre ces deux mondes.

Mais le film n’est pas l’ouverture à la conscience politique de Chloé. Elle n’est pas indifférente  mais elle ne prend pas partie, elle souffre comme souffrent ces deux amies. Elle fait le lien parfois quand elle remet à Rand un rouge  à lèvres que lui offre Ava par son intermédiaire. Cette scène n’est pas si anecdotique d’ailleurs car lors d’un passage frontière obtenu grâce à Ava, Rand descend de voiture pour montrer à la jeune militaire qu’elle porte son rouge à lèvres. Dans quoi peut bien se nicher une part d’humanité…

Part d’humanité, de possible fraternité aussi quand Faysal et le soldat israélien, qu’il tente de convaincre de laisser sa sœur franchir le barrage pour se rendre à l’hôpital, se retrouve à partager la même passion de la même équipe de foot.

Le film réussit assez bien à montrer. Il n’est pas une explication politique, il n’est pas la défense d’Israël ou de la Palestine. Il n’est pas militant d’une cause. Chloé constate. Chloé partage avec les uns et les autres la vie, les joies, les peines.

Elle partage aussi bien avec Rand et sa famille une soirée TV devant la Star Académie ou un pique nique ensoleillé sur les ruines du village d’enfance de la mère de son amie qu’une nuit dans une boite  de Tel Aviv avec Ava et un réveil sur la plage au côté d’un amant d’un soir.

Mais derrière ces moments de presque bonheur, la violence est là, toujours présente. C’est Faysal, le frère de Rand qui ne supporte pas de voir sa sœur et sa mère heureuse de cette visite sur le lieu de leurs ancêtres qu’ils ne peuvent retrouver qu’avec une autorisation spéciale des israéliens. C’est la mort d’un ados sous les roues d’un char israélien qu’il caillassait violemment avec sa bande – mais un char contre des pierres …. C’est les attentats aveugles dans les colonies et les affiches qu’impriment Faysal glorifiant le martyre des terroristes. C’est les contrôles sans fin aux check points….

Alors quand le bébé de Rand naît dans la voiture bloqué par un barrage israélien et ne survit pas, quand son mari, emprisonné, est condamné à 25 ans de réclusion,  Chloé prend de plein fouet la colère de Rand. Rand qui plus que les militaires qui ont empêché son transfert à l’hôpital, fait porter à Chloé la responsabilité de son bébé. Chloé qui n’est pas venue assez vite car elle s’amusait à Tel Aviv avec ses amis juifs, Chloé qui n’a pas choisi entre les arabes et les juifs. Chloé qui est traitée de sale chienne blanche. Cette violence verbale c’est celle d’une haine  profonde, incommensurable.

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Chloé à la dérive

Fragile, déboussolée, Chloé va alors commettre l’irréparable, passer une bombe de l’autre côté.

Lorsque cette bombe éclate  et que l’on comprend que c’est Rand, devenue kamikaze qui s’est fait sauter avec, c’est aussi une enfant israélien qui passait là qui meurt, amère tribut pour l’enfant mort de Rand.

Chloé est entrée dans une guerre qui n’était pas sa guerre (Ava le lui dit au début du film), qui ne le devient pas d’ailleurs. Il est probable qu’elle ne s’en remettra pas, cette bombe ayant tué ceux qu’elle était prête à aimer.

Résumé

Inch’ Allah n’est pas un plaidoyer pour une cause. Mais là où « une bouteille à la mer » de Thierry Benisti faisait naître une note d’espoir sur un lien entre les peuples, Inch’ Allah est d’un pessimisme noir, terrifiant, sourd d’une haine raciale  que rien ne semble pouvoir éteindre.

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