Hommage à la femme fatale Lizabeth Scott

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La comédienne américaine Lizabeth Scott qui a marqué de son empreinte indélébile le cinéma noir américain est décédée à l’âge de 92 ans le 31 janvier dernier. Parmi ses quelques prestations magistrales, elle était l’épouse aigre d’Arthur Kennedy, lassée de son manque d’ambition et qui change radicalement de visage lorsqu’ils trouvent de l’argent qui ne leur appartient pas dans La Tigresse de Byron Haskin (1949) (critique). Le titre français la désigne bien elle, un petit nom attribué par le ‘vrai’ propriétaire du magot, Dan Duryea, qui regrettera lui aussi d’avoir croisé sa route. Malgré un visage carré et une voix rauque, sa féminité déborde et écrase ces deux hommes trop faibles pour elle, criminelle opportuniste qui se laisse mener par ses vilaines impulsions et les circonstances. Son interprétation est d’autant plus fascinante qu’elle ne surjoue pas la vilenie mais impose une empathie inattendue, sans pour autant justifier ses actes. Un équilibre subtil entre l’écriture de Roy Huggins et son jeu fascinant.

Dans La Tigresse : ci-dessus avec Arthur Kennedy,  ci-dessous avec Dan Duryea
Dans La Tigresse : ci-dessus avec Arthur Kennedy,
ci-dessous avec Dan Duryea

LIZABETH SCOTT la tigresse 02

Dans Pitfall de Andre de Toth (1948) (critique), elle s’impose à trois hommes dont Dick Powell en assureur qui enquête sur les magouilles d’un escroc à la petite semaine qui tente de détourner des fonds afin de pouvoir offrir des cadeaux onéreux pour la séduire et Raymond Burr en détective privé pas très malin mais très attiré par cette femme décidément fatale.

avec Dick Powell dans Pitfall
avec Dick Powell dans Pitfall

Toujours dans le registre du film noir, on la remarque également en 1946 dans L’Emprise du crime de Lewis Milestone, avec Barbara Stanwyck (une autre reine du genre), Van Heflin et Kirk Douglas et la même année dans En marge de l’enquête de John Cromwell, où elle manipule un étrangement faible Humphrey Bogart. Dans La Furie du désert de Lewis Allen (1947), elle donne la réplique à Burt Lancaster, qu’elle retrouve dans L’Homme aux abois où apparaît une nouvelle fois Kirk Douglas et dans lequel elle révèle un talent de chanteuse. Elle enregistrera d’ailleurs un disque de jazz dans les années 50. Toujours dans le registre noir, citons encore La main qui venge de William Dieterle (1950) avec Charlton Heston, Two of a Kind de Henry Levin (1951), Racket de John Cromwell (1951), Stolen Face de Terence Fisher (1952), une production de la Hammer, Bad for Each Other d’Irving Rapper (1953) ou The Weapon de Val Guest (1956). Peu d’autres comédiennes se sont si souvent illustrées, et à autant de reprises, dans ce genre et dans autant de premiers rôles.

avec Robert Hutton et Robert Mitchum dans Racket
avec Robert Hutton et Robert Mitchum dans Racket

Sa filmographie ne se limite pourtant pas à ce seul genre. Dans La Vie facile (Easy Living) de Jacques Tourneur, elle est Liza, l’épouse d’un quaterback en fin de carrière (Victor Mature) à qui elle reproche sans ménagement de devenir un raté. Elle s’est également illustrée dans le western avec Montagne rouge (1951) de Dieterle encore et Quatre étranges cavaliers d’Allan Dwan (1954). On la voit aussi dans la comédie Fais-moi peur (ou Tu trembles carcasses) avec Dean Martin et Jerry Lewis et la comédie musicale Amour frénétique aux côtés d’une autre icône mythique, Elvis Presley qui marque véritablement la fin de sa carrière malgré une dernière apparition dans Pulp de Mike Hodges, avec Michael Caine. Cette brillante parodie de son genre fétiche a été tournée moins de trente ans après sa première apparition sur grand écran, dans le mélodrame romantique You came along de John Farrow tiré d’un roman d’Ayn Rand.

avec le réalisateur John Cromwell et Humphrey Bogart  sur le tournage de En marge de l'enquête
avec le réalisateur John Cromwell et Humphrey Bogart
sur le tournage de En marge de l’enquête

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