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Critiques de films Drame Festivals — 19 novembre 2018
Arras 2018 : Genesis


Hongrie, 2018
Titre original : Genezis
Réalisateur :
Scénario : Arpad Bogdan
Acteurs : Anna Marie Cseh, Milan Csordas, Eniko Anna Illesi
Distribution : –
Durée : 2h00
Genre : Drame
Date de sortie : –

Note : 2,5/5

Vue de loin, à travers le filtre des médias occidentaux, la Hongrie a l’air d’être un pays hermétiquement enfermé dans son opposition à tout ce que l’Europe propose, notamment en matière de gestion des flux migratoires. Sa position géographique l’expose en effet au moins indirectement à cette problématique brûlante de notre temps, auquel son cinéma avait répondu sur le ton de la sublimation fantastique avec La Lune de Jupiter de Kornel Mundruczo, sorti il y a deux ans en France. Le regard que le réalisateur Arpad Bogdan porte sur le climat actuel dans son pays est encore plus sombre dans son deuxième long-métrage Genesis, présenté en compétition à l’. Malheureusement, cette histoire en trois parties penche beaucoup trop en direction d’un misérabilisme tendancieux, sous le signe de poncifs aussi manipulateurs qu’un garçon aux grands yeux effrayés, une adolescente handicapée et de surcroît traumatisée par des abus sexuels dans son enfance et une mère meurtrie par la perte de sa fille. Clairement inspirée par l’emphase et la surcharge formelle que l’on peut trouver par exemple chez Alejandro Gonzalez Iñarritu, la mise en scène ne s’efforce point à arrondir les angles de ce pamphlet beaucoup trop brouillon pour nous affecter réellement.

Synopsis : Ricsi est un jeune garçon rom, qui souffre de l’absence de son père, incarcéré pour avoir volé du bois. Alors que sa communauté vit dans la crainte d’attaques racistes, la maison de Ricsi est incendiée et sa famille sauvagement abattue un soir. Le traumatisme de la victime, tout juste rescapée du carnage, est accentuée par le harcèlement qu’il subit à l’école. La tireuse à l’arc Virak tombe amoureuse du gérant d’un chenil. Elle s’inquiète par contre de plus en plus des fréquentations suspectes de son nouvel amant, ancien agent des services spéciaux hongrois. Afin de prouver son ambition professionnelle, l’avocate Hanna est chargée de défendre, malgré elle, un des responsables de la tuerie de la famille de Ricsi, qui soulève de nombreuses polémiques publiques et autres dilemmes personnels.

Un chien sourd sur un tapis de course

La sensation de transe que Arpad Bogdan cherche à instaurer d’emblée avec son film vire rapidement au cauchemar. Après une brève présentation initiale des trois volets à peu près distincts du scénario, il s’engage en effet sur la voie d’une subjectivité de plus en plus affectée, qui va jusqu’à déborder au niveau sonore pour indiquer la surdité partielle de Virak. Cet appui abondant sur le ressenti des personnages, tour à tour choqués par les explosions de violence auxquelles ils sont confrontés à distance variable, réduit alors les enjeux du récit à un simple enchaînement de situations de crise, gérées avec plus ou moins de sérénité et de lucidité selon les circonstances. Hélas, de ce sentiment de stress permanent, orchestré avec assez peu de finesse, ne découle rien de bien consistant en termes de mise en abîme de la conscience collective dans un pays, lui aussi soumis à un régime draconien d’abrogation des droits et des certitudes. Car la seule réponse que le réalisateur semble vouloir apporter à tant de confusion misérabiliste est l’appel à une forme de dénonciation plus ou moins fourbe et surtout riche en bons sentiments, censés démontrer que tout n’est pas encore perdu pour le peuple hongrois ou en tout cas pour ceux et celles qui osent encore s’insurger contre sa civilisation gangrenée par la peur et la haine.

Victime – assassin – avocate

A ce message très peu nuancé correspond la forme narrative en triptyque de Genesis. Il y a évidemment des personnages secondaires qui relient entre elles les différentes parties d’un récit plutôt bancal, mais son fil conducteur reste avant tout la provocation poussive de l’indignation chez le spectateur. Alors qu’on ne peut pas nier l’impact émotionnel de la nuit de l’horreur chez la famille de Ricsi, retranscrite assez efficacement à la fois dans sa banalité inéluctable et sa dimension tragique, la suite s’avère déjà sensiblement moins concluante, voire carrément pénible dans ses nombreuses tentatives de construire à coups de revirements peu organiques un édifice fictif à partir de ce fait divers cynique. La culture du secret autour des sévices du passé et du présent – sans surprise plus souvent subis que commis dans le cadre d’un film à vocation grossièrement attendrissante – y fonctionne en parfaite conformité avec la loi des coups de théâtre hautement prévisibles ou tout au moins réduits à l’astuce d’écriture dépourvue de quelque justification dramatique que ce soit.

Conclusion

C’était sans doute le film de trop pendant notre séjour festivalier au programme particulièrement chargé cette année à Arras ! Peu importe, même dans des circonstances moins fatigantes, il nous paraît difficile de trouver des côtés franchement positifs à Genesis, une œuvre peu avare en clichés et autres lieux communs autour de la communauté rom et de leurs adversaires directs en terre hongroise, une extrême droite trop barbare pour refléter astucieusement le revirement politique qui s’y est opérée depuis le début de la décennie.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles