Accueil Dossiers Football et cinema : les realisateurs qui etaient fous de ballon rond

Football et cinema : les realisateurs qui etaient fous de ballon rond

0
65

Certains realisateurs ne cachent pas leur passion du football. Pas comme anecdote de presse, pas comme hobby de fin de semaine. Comme une obsession qui finit par contaminer leur travail. Wim Wenders, Jean-Jacques Annaud, Ken Loach : trois cineastes qui ont mis le ballon rond au centre de leur camera, chacun a sa facon, et pour des raisons tres differentes.

Wenders, Annaud, Loach : trois obsedes du rectangle vert

Wim Wenders n’a jamais cache son amour du football. En 1972, pour son premier long metrage, il adapte le roman de Peter Handke, « L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty ». Pas vraiment un film sur le sport : plutot un thriller existentiel ou un ex-gardien de but expulse erre dans Vienne avant de commettre un meurtre. La tension entre les poteaux comme metaphore de toute une vie. Le film remporte le Prix FIPRESCI a Venise, reste invisible pendant pres de quarante ans a cause de droits musicaux hors de prix, et ressort en Blu-ray en France en octobre 2025.

Jean-Jacques Annaud, lui, a mis deux ans a preparer « Coup de tete » (1979). L’idee lui etait venue en suivant l’epopee de l’En Avant de Guingamp en Coupe de France en 1973, alors modeste club de troisieme division bretonne. Avec Francis Veber, il redige un dossier de 57 questions soumises a des clubs amateurs de Melun, Montargis et Concarneau. Un an de recherche pure avant d’ecrire une seule ligne de scenario. Un an. Pour ceux qui frequentent les sites de paris sur le football et connaissent la fievre du foot de province, ce niveau d’immersion n’a rien de surprenant. Le resultat : une satire sociale avec Patrick Dewaere qui reste, quarante ans apres, l’un des portraits les plus justes du football amateur francais.

Ken Loach, lui, est supporter de Bath City depuis l’enfance. En 2009, il tourne « Looking for Eric » avec Cantona qui joue son propre role. Ce qui est moins connu : c’est Cantona lui-meme qui a apporte l’idee a Loach. Et Loach confiera que lorsqu’il rencontre les freres Dardenne, ils parlent « plus de foot que de cinema ». Difficile de faire plus clair.

Trois styles tres differents. Mais la meme conviction : le football n’est pas un decor, c’est un revelateur.

Ce que le foot fait aux personnages qu’un autre sport ne ferait pas

Pourquoi le football precisement ? Le tennis ou le cyclisme ont aussi produit de beaux films. Mais le football a quelque chose de particulier : il est universel de facon presque violente. Il touche des couches sociales que le cinema atteint rarement autrement.

Loach l’explique bien a propos de « Looking for Eric ». Supprimer le foot, c’est supprimer la seule raison pour laquelle le personnage a encore quelque chose auquel croire. Un fan de Manchester United qui parle a un poster de Cantona. Ca marche parce que le football n’a pas honte de lui-meme.

Quelques choses que le cinema a decouvertes en regardant le foot de pres :

  • L’echec collectif blesse differemment de l’echec individuel, et la camera peut saisir le moment exact ou un vestiaire bascule
  • Le temps mort avant un penalty contient plus de tension que la plupart des climax bien ecrits
  • Un stade de province en octobre dit quelque chose sur une region entiere que le documentaire met du temps a formuler autrement

Des details qui trahissent la vraie passion

« Coup de tete » ne marque pas par ses scenes de match. Elles ont ete tournees a la mi-temps d’un vrai derby Auxerre-Troyes. Guy Roux, conseiller technique sur le film, avait juge que Dewaere « etait assez athletique, mais il n’y avait rien a faire ». Le but decisif dans le film ? Un accident : Dewaere avait detourne la tete par peur du ballon et l’a pris sur le talon. Annaud a garde la scene. Le realisme n’etait pas dans le jeu, mais dans la sociologie du vestiaire et du cafe d’apres-match.

Voici les trois films a (re)decouvrir dans cet esprit :

  1. « L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty » (Wim Wenders, 1972). Prix FIPRESCI a Venise. Sorti en Blu-ray en France en octobre 2025.
  2. « Coup de tete » (Jean-Jacques Annaud, 1979). Nommé aux Cesars 1979, Jean Bouise recompense pour le meilleur second role.
  3. « Looking for Eric » (Ken Loach, 2009). Cantona joue Cantona. Presente en competition officielle a Cannes.

Ces trois films font le meme pari. Qu’un homme confronte au ballon rond en dit plus sur lui-meme que dans n’importe quelle autre situation que la fiction puisse inventer. Hard to argue.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici