Nécrologie News — 29 janvier 2019
Décès du compositeur Michel Legrand
Lola © Ciné Tamaris Tous droits réservés

Le compositeur français est décédé le 26 janvier à Paris des suites d’une infection pulmonaire. Il était âgé de 86 ans. L’un des plus grands compositeurs de musique de film en France et dans le monde, Legrand avait notamment collaboré à de multiples reprises avec le réalisateur Jacques Demy sur des chefs-d’œuvre du Septième art comme et Les Demoiselles de Rochefort. Il était également un musicien de jazz accompli, qui avait composé des morceaux et des chansons pour de nombreux artistes, de Maurice Chevalier à Yves Montand, de Dizzy Gillespie à Miles Davis. Le Festival de Cannes lui avait rendu hommage l’année dernière à travers l’inclusion de sa chanson emblématique « Les Moulins de mon cœur » du film L’Affaire Thomas Crown, interprétée par Juliette Armanet, lors de la cérémonie d’ouverture.

© Ciné Tamaris Tous droits réservés

Avant que son chemin ne croise celui de Jacques Demy au début des années 1960, Michel Legrand avait déjà travaillé sur quelques films, tels que Le Tripoteur de Jacques Pinoteau, Rafles sur la ville de Pierre Chenal, le documentaire L’Amérique insolite de François Reichenbach, Terrain vague de Marcel Carné et Chien de pique de Yves Allégret. C’est sur le premier long-métrage de Demy, Lola avec la frivole Anouk Aimée, qu’ils ont fait équipe pour la première fois en 1961, suivi par le magistral et entièrement chanté Les Parapluies de Cherbourg avec Catherine Deneuve – Palme d’or au Festival de Cannes en 1964 –, puis trois ans plus tard par le pas moins génial et plus lumineux Les Demoiselles de Rochefort. Après ces deux sommets absolus de la comédie musicale, Legrand avait encore mis en musique six autres films de Demy : avec Jeanne Moreau, Peau d’âne avec Deneuve, L’Événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune avec Marcello Mastroianni, Lady Oscar, Parking et Trois places pour le 26.

Le Joli mai © Potemkine Films Tous droits réservés

En éternel boulimique de musique et de travail, Legrand avait en plus apporté sa pierre mélodieuse à la Nouvelle Vague à travers des films comme , Vivre sa vie et de Jean-Luc Godard, Un cœur gros comme ça de François Reichenbach, Cléo de 5 à 7 de Agnès Varda, Eva de Joseph Losey, Le Joli mai de Chris Marker et Pierre Lhomme, Qui êtes-vous Polly Maggoo ? de William Klein, ainsi que des productions plus commerciales tels que , Le Gentleman d’Epsom, Maigret voit rouge et L’Homme à la Buick de Gilles Grangier, Une grosse tête de Claude De Givray, L’Empire de la nuit de Pierre Grimbalt, Une ravissante idiote et Quand passent les faisans de Édouard Molinaro, La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau, Monnaie de singe de Yves Robert, Tendre voyou de Jean Becker, ainsi qu’un peu plus tard de Jacques Deray.

Les Demoiselles de Rochefort © Ciné Tamaris Tous droits réservés

A partir de la fin des années ’60, Michel Legrand travaillait de plus en plus régulièrement à Hollywood, prêtant ses mélodies par exemple à Bague au doigt corde au cou de Fielder Cook, Sweet November de Robert Ellis Miller, le mythique L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison, Destination Zebra Station polaire de John Sturges, Enfants de salaud de André De Toth, de Sydney Pollack, The Happy Ending de Richard Brooks, Pieces of Dreams de Daniel Haller, La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil de Anatole Litvak, Les Hauts de Hurlevent de Robert Fuest, Un été 42 de Robert Mulligan, – Palme d’or au Festival de Cannes en 1971 – et Maison de poupée de Joseph Losey, Le Mans de Lee H. Katzin, puis quelques années plus tard Lady Sings the Blues et Gable and Lombard de Sidney J. Furie, L’Impossible objet de John Frankenheimer. Vérités et mensonges et De l’autre côté du vent de Orson Welles, Breezy de Clint Eastwood, Les Trois mousquetaires de Richard Lester, Our Time de Peter Hyams et De l’autre côté de minuit de Charles Jarrott.

La Piscine © Avco Embassy Pictures Tous droits réservés

Après cette parenthèse américaine, interrompue seulement par Les Mariés de l’an deux de Jean-Paul Rappeneau, Legrand était majoritairement revenu en France, afin d’y collaborer entre autres avec Philippe De Broca (La Poudre d’escampette), Jacques Deray (Un peu de soleil dans l’eau froide et Un homme est mort), Jean-Pierre Blanc (La Vieille fille), Serge Korber (Les Feux de la chandeleur et Je vous ferai aimer la vie), Jean Delannoy (Pas folle la guêpe), Édouard Molinaro (Le Gang des otages), Jean-Paul Rappeneau (Le Sauvage), Nadine Trintignant (Le Voyage de noces), Joseph Losey (Les Routes du sud) et Élie Chouraqui (Mon premier amour).

Atlantic City © Paramount Pictures Tous droits réservés

Dans les années ’80 et ’90, Michel Legrand était toujours aussi prolifique, ce qui nous a donné, côté américain et étranger, des films comme Le Chasseur de Buzz Kulik, Atlantic City de Louis Malle – Lion d’or au Festival de Venise en 1980 –, le téléfilm « Une femme nommée Golda » de Alan Gibson, Les Meilleurs amis de Norman Jewison, Un amour en Allemagne de Andrzej Wajda, le James Bond officieux de Irvin Kershner, Yentl de Barbra Streisand, Scoop de Ted Kotcheff, La Boutique de l’orfèvre de Michael Anderson, Dingo de Rolf De Heer, The Pickle de Paul Mazursky et de Robert Altman. En France, on a pu encore entendre son style devenu désormais inimitable chez Claude Lelouch (Les Uns et les autres et Partir revenir), Élie Chouraqui (Qu’est-ce qui fait courir David ? et Paroles et musique), Édouard Molinaro (Palace), Tony Gatlif (Gaspard et Robinson) et Danièle Thompson (La Bûche). Alors qu’il a continué à travailler pour le monde du spectacle à partir du tournant du siècle, son œuvre filmique de cette dernière partie de sa carrière est assez parcimonieuse, puisque elle ne contient que And now Ladies and Gentlemen de Claude Lelouch, Cavalcade de Steve Suissa, Disco de Fabien Onteniente, Oscar et la dame en rose de Eric-Emmanuel Schmitt, et Les Gardiennes de Xavier Beauvois et J’ai perdu Albert de Didier Van Cauwelaert.

Yentl © Lost Films Tous droits réservés

Michel Legrand a été nommé à l’Oscar à treize reprises : trois fois pour la Meilleure musique originale pour Les Parapluies de Cherbourg, L’Affaire Thomas Crown et Un été 42, trois fois pour la Meilleure musique adaptée ou la Meilleure Comédie musicale pour Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort et Yentl, ainsi que sept fois pour la Meilleure chanson pour « I Will Wait For You » de Les Parapluies de Cherbourg, « The Windmills of Your Mind » de L’Affaire Thomas Crown, « What are you doing the rest of your life ? » de The Happy Ending, « Pieces of Dreams » du film du même titre, « How do you keep the music playing ? » de Les Meilleurs amis, « The Way he makes me feel » et « Papa can you hear me ? » de Yentl. Il l’a gagné à trois reprises, pour la Meilleure chanson en 1969 pour L’Affaire Thomas Crown, la Meilleure musique originale en 1972 pour Un été 42 et pour la Meilleure musique adaptée en 1984 pour Yentl. La presse étrangère d’Hollywood a été à peu près aussi généreuse envers lui avec quatorze nominations, quoique pas tout à fait pour les mêmes films, ainsi qu’un Golden Globe pour la chanson de L’Affaire Thomas Crown. C’est du côté des César que le compte n’était pas vraiment bon, avec trois misérables nominations pour Atlantic City, Les Uns et les autres et Paroles et musique. Legrand était marié depuis septembre 2014 avec l’actrice Macha Méril (Sans toit ni loi).

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles