Décès du compositeur Ennio Morricone

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La Bataille d’Alger © 1965 Casbah Film / Igor Film / Carlotta Films Tous droits réservés

Le cinéma mondial est en deuil de l’un de ses plus grands maîtres musicaux. Le compositeur italien est décédé ce matin à Rome. Il était âgé de 91 ans. Morricone avait été admis quelques jours plus tôt à l’hôpital suite à une chute, qui avait causé une fracture du col du fémur.

Adulé par des générations de spectateurs comme un géant de la musique de film, Ennio Morricone avait composé près de 500 bandes originales. Alors que sa collaboration la plus célèbre reste celle, au début de son immense carrière, avec le réalisateur Sergio Leone sur six films dont les mythiques Le Bon la brute et le truand et Il était une fois dans l’Ouest, ses partitions très souvent virtuoses avaient accompagné d’innombrables chefs-d’œuvre venus d’Italie, de France et des États-Unis depuis les années 1960 jusqu’aux années 2010.

Difficile, voire impossible en effet de s’y retrouver, de savoir où donner de la tête et des oreilles face à une filmographie aussi riche et longue. Excusez-nous donc si nos connaissances mélomanes sont largement insuffisantes pour rendre dignement compte du travail hors du commun de Ennio Morricone. Et soyez indulgents, s’il vous plaît, si nous ne faisons pas mention ici de telle ou telle composition, l’exhaustivité excessive devant hélas nuire à la lisibilité de notre nécrologie tant redoutée du maestro.

Le Bon la brute et le truand © 1966 Angelo Novi / Produzioni Europee Associate / Constantin Film /
Warner Bros. France Tous droits réservés

Formé dans le registre classique et après quelques emplois alimentaires dans le domaine de la chanson populaire, Ennio Morricone avait composé ses premières musiques de film au début des années 1960. Avant sa rencontre avec Sergio Leone en 1964, il avait ainsi signé les partitions pour des films tels que Mission ultra-secrète et Elle est terrible de Luciano Salce, Un beau chassis et Un cœur plein et les poches vides de Camillo Mastrocinque, le premier film de Lina Wertmüller I basilischi, Les Maniaques et Les Deux évadés de Sing-Sing de Lucio Fulci, ainsi que de Bernardo Bertolucci.

Et c’est donc avec Pour une poignée de dollars que le travail de Ennio Morricone – à l’époque sous le nom d’emprunt Dan Savio – acquiert ses premières lettres de noblesse. Sa collaboration mythique avec Sergio Leone allait s’étendre sur vingt ans, jusqu’au dernier film du réalisateur en 1984, la magistrale épopée de mafia Il était une fois en Amérique. Elle contient certains des thèmes les plus emblématiques du compositeur, comme ceux de Le Bon la brute et le truand et Il était une fois dans l’Ouest, de même que Et pour quelques dollars de plus et Il était une fois la révolution.

Théorème © 1968 Aetos Produzioni Cinematografiche / Tamasa Distribution Tous droits réservés

En parallèle, Morricone ne chômait pas, bien au contraire. Rien que jusqu’à la fin des années ’60, on lui doit également les musiques de Un pistolet pour Ringo et Le Retour de Ringo de Duccio Tessari, Les Poings dans les poches et La Chine est proche de Marco Bellocchio, Lutring réveille-toi et meurs et Du sang dans la montagne de Carlo Lizzani, Des oiseaux petits et gros et Théorème de Pier Paolo Pasolini, La Bataille d’Alger – Lion d’or au Festival de Venise en 1966 – et Queimada de Gillo Pontecorvo, Un homme à moitié de Vittorio De Seta, Navajo Joe, Les Cruels et Le Grand silence de Sergio Corbucci, et Le Dernier face à face de Sergio Sollima, Peyrol le boucanier de Terence Young, Le Harem de Marco Ferreri, Arabella et Ce merveilleux automne de Mauro Bolognini, Danger Diabolik de Mario Bava, La Bataille de San Sebastian et Le Clan des Siciliens de Henri Verneuil, Partner de Bernardo Bertolucci, Galileo de Liliana Cavani, Un coin tranquille à la campagne de Elio Petri et Fraulein Doktor de Alberto Lattuada.

Les Moissons du ciel © 1978 Bruno Engler / Paramount Pictures France Tous droits réservés

Les années ’70 étaient encore plus fastes et prolifiques pour Ennio Morricone puisque, seulement pendant la première moitié de la décennie, il avait collaboré avec des réalisateurs tels que Elio Petri ( – Oscar du Meilleur Film étranger en 1971 – et La Classe ouvrière va au paradis – Palme d’or au Festival de Cannes en 1972 – et La Propriété c’est plus le vol), Dario Argento (L’Oiseau au plumage de cristal, Le Chat à neuf queues et ), Mauro Bolognini (Metello, Chronique d’un homicide et La Grande bourgeoise), Damiano Damiani (Seule contre la mafia, Nous sommes tous en liberté provisoire et La Tentation), Don Siegel (Sierra torride), Liliana Cavani (Les Cannibales), Sergio Sollima (La Cité de la violence, Le Diable dans la tête et La Poursuite implacable), Sergio Corbucci (Compañeros, Far West Story et Mais qu’est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ?), Lucio Fulci (Le Venin de la peur), Pier Paolo Pasolini (Le Décaméron, Les Contes de Canterbury et Les Mille et une nuits), Philippe Labro (Sans motif apparent), Henri Verneuil (Le Casse et Le Serpent), Massimo Dallamano (Jeux particuliers), Edward Dmytryk (Barbe-bleue), Yves Boisset (L’Attentat), George Pan Cosmatos (Représailles), Tonino Valerii (), Umberto Lenzi (Spasmo et La Rançon de la peur), Francis Girod (Le Trio infernal), les frères Taviani (Allonsanfan) et Robert Enrico (Le Secret).

Puis, à partir de 1975 jusqu’au début des années ’80 toujours avec Mauro Bolognini (Libera mon amour, Vertiges et L’Héritage), Henri Verneuil ( et I comme Icare), Edward Dmytryk (La Guerre des otages), Damiano Damiani (Un génie deux associés une cloche), Elio Petri (Todo Modo), Bernardo Bertolucci (1900 et La luna), Francis Girod (René la canne), Alberto Lattuada (La Fille), Terence Young (Liés par le sang), Gillo Pontecorvo (Opération Ogre), les frères Taviani (Le Pré), ainsi qu’avec Peter Fleischmann (La Faille), Maximilian Schell (Double jeu), Luigi Comencini (La Femme du dimanche et Qui a tué le chat ?), Valerio Zurlini (Le Désert des Tartares), John Boorman (L’Exorciste II L’Hérétique), Michael Anderson (Orca), Luigi Zampa (Qui sera tué demain ?), Terrence Malick (Les Moissons du ciel), Édouard Molinaro (La Cage aux folles) et Mario Monicelli (Voyage avec Anita).

© 1981 Vincent Rossell / Les Films Ariane / Cerito Films / Gaumont / Studiocanal Tous droits réservés

Le rythme de travail de Ennio Morricone n’allait nullement ralentir au cours des années ’80. Désormais mondialement vénéré, le compositeur allait même diversifier encore son répertoire. Ainsi, il était resté évidemment fidèle à son cinéma italien national, notamment à travers La Dame aux camélias, La Vénitienne et Adieu Moscou de Mauro Bolognini, La Tragédie d’un homme ridicule de Bernardo Bertolucci, La Clef de Tinto Brass et Cinéma Paradiso de Giuseppe Tornatore – Oscar du Meilleur Film étranger en 1990.

Mais il avait de même travaillé plusieurs fois pour le cinéma américain à cette époque-là, dans L’Île sanglante de Michael Ritchie, Les Fesses à l’air de Andrew Bergman, de John Carpenter, de Samuel Fuller, Sahara de Andrew V. McLaglen, Kalidor La Légende du talisman de Richard Fleischer, Mission – Palme d’or au Festival de Cannes en 1986 – et Les Maîtres de l’ombre de Roland Joffé, Les Incorruptibles et Outrages de Brian De Palma, Le Sang du châtiment de William Friedkin et Frantic de Roman Polanski.

De même pour des productions françaises telles que La Banquière de Francis Girod, La Cage aux folles II de Édouard Molinaro, Le Professionnel de Georges Lautner, Espion lève-toi de Yves Boisset, Le Ruffian de José Giovanni, de Jacques Deray et Les Voleurs de la nuit de Samuel Fuller. En 1989, il avait même fait escale en Espagne, afin de mettre en musique Attache-moi ! de Pedro Almodovar !

Mission © 1986 David Appleby / Enigma Productions / Warner Bros. France Tous droits réservés

Toujours guère de signe de ralentissement dans la filmographie extrêmement prolifique de Ennio Morricone dans les années ’90, grâce à Oublier Palerme de Francesco Rosi, Ils vont tous bien, Une pure formalité, Marchand de rêves et La Légende du pianiste sur l’océan de Giuseppe Tornatore, The Big Man de David Leland, Les Anges de la nuit de Phil Joanou, Hamlet de Franco Zeffirelli, et Harcèlement de Barry Levinson, La Cité de la joie de Roland Joffé, Le Long silence de Margarethe von Trotta, L’Escorte et Le Jour du chien de Ricky Tognazzi, Dans la ligne de mire de Wolfgang Petersen, Wolf de Mike Nichols, Genesis de Ermanno Olmi, Le Syndrome de Stendhal et Le Fantôme de l’opéra de Dario Argento, U-Turn Ici commence l’enfer de Oliver Stone, Lolita de Adrian Lyne et de Warren Beatty.

Enfin, la fin de carrière du compositeur à partir de l’an 2000 est des plus honorables. En parallèle de ses nombreuses tournées de concerts à travers le monde, il a ainsi eu le temps d’écrire la musique, toujours entre autres, de Mission to Mars de Brian De Palma, Vatel de Roland Joffé, Malena, L’Inconnue, Baaria et The Best Offer de Giuseppe Tornatore, Ripley’s Game de Liliana Cavani, Être sans destin de Koltai Lajos, En mai fais ce qu’il te plaît de Christian Carion et Les Huit salopards de Quentin Tarantino.

Les Incorruptibles © 1987 Zade Rosenthal III / Paramount Pictures France Tous droits réservés

Ennio Morricone a été nommé à six reprises à l’Oscar de la Meilleure musique originale, pour Les Moissons du ciel, Mission, Les Incorruptibles, Bugsy, Malena et Les Huit salopards. Il l’avait gagné pour ce dernier en 2016. Neuf ans plus tôt, en 2007, il avait reçu un Oscar d’honneur pour l’ensemble de son œuvre des mains de Clint Eastwood. La presse étrangère d’Hollywood s’était montrée un peu plus généreuse à son égard, puisque, à partir de ses neuf nominations aux Golden Globes, il y avait gagné trois fois : pour Mission en 1987, pour La Légende du pianiste sur l’océan en 2000 et pour Les Huit salopards en 2016. Il avait de même gagné six BAFTAs en autant de nominations pour Les Moissons du ciel, Il était une fois en Amérique, Mission, Les Incorruptibles, Cinéma Paradiso et Les Huit salopards. Ennio Morricone a été nommé trois fois au César de la Meilleure musique, pour I comme Icare, Le Professionnel et En mai fais ce qu’il te plaît, sans jamais le gagner.

En termes de prix honorifiques, en plus de l’Oscar, il a reçu le Léopard d’honneur du Festival de Locarno en 1989, le Lion d’or d’honneur du Festival de Venise en 1995, le European Film Award en 1999, le prix honorifique du National Board of Review en 2000 et des critiques de Los Angeles l’année suivante.

Cinéma Paradiso © 1988 Luca Biamonte / Cristaldi Film / Les Films Ariane / TF1 Droits Audiovisuels / Les Acacias
Tous droits réservés

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