Décès du chef opérateur Michael Ballhaus

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Le chef opérateur allemand est décédé hier matin à Berlin. Il était âgé de 81 ans. Au fil d’une carrière hautement prestigieuse, d’abord dans son pays natal, puis aux Etats-Unis, Ballhaus était devenu l’un des techniciens les plus recherchés du cinéma international. C’est surtout sa collaboration avec des réalisateurs mythiques comme Rainer Werner Fassbinder et Martin Scorsese qui assurera à ses prouesses visuelles par le biais d’une caméra déchaînée une place de choix dans l’Histoire du cinéma.

Le parcours de Michael Ballhaus avait très tôt l’étoffe des légendes, puisque sa vocation de devenir un chef opérateur était née suite à la visite du tournage de Lola Montès de Max Ophüls en 1955. Après avoir travaillé principalement à la télévision pendant les années 1960, il avait fait une première fois équipe avec le réalisateur allemand du moment Rainer Werner Fassbinder en 1971 pour Whity. Ballhaus allait dès lors faire partie de l’équipe attitrée de Fassbinder, signant responsable de l’aspect visuel d’une douzaine de ses films : Prenez garde à la sainte putain, , Le Monde sur le fil, Martha et son mouvement circulaire de 360° qui allait devenir son image de marque, , Maman Küsters s’en va au ciel, Je veux seulement que vous m’aimiez, Le Rôti de Satan, Roulette chinoise, La Femme du chef de gare, Despair et . Après quelques autres productions allemandes au début des années ’80, telles que La Montagne magique de Hans W. Geissendörfer, Dear Mr. Wonderful de Peter Lilienthal et L’Amie de Margarethe von Trotta, Michael Ballhaus allait poursuivre une carrière presque exclusivement américaine.

En 1983, son premier film américain était Baby it’s you de John Sayles, suivi rapidement par Reckless de James Foley, Heartbreakers de Bobby Roth et le téléfilm « Mort d’un commis-voyageur » de Volker Schlöndorff. Ce n’est qu’en 1985 que son chemin croise celui de Martin Scorsese, alors en quête d’un chef opérateur susceptible de se plier au budget serré de son nouveau film After hours. Grâce à son apprentissage chez Fassbinder en rapidité d’exécution sans faire de compromis sur la qualité, Michael Ballhaus avait aisément su relever le défi. A tel point de revenir alors régulièrement chez ce réalisateur majeur, pour les séquences de billard impressionnantes de La Couleur de l’argent, pour le film à polémique loin de l’esthétique des images d’Epinal , pour un film de gangster qui se garde d’être une simple apologie du crime dans , pour l’un des films les plus somptueux de l’œuvre de Scorsese – voire de l’Histoire du cinéma toute entière – avec la haute bourgeoisie de New York dans Le Temps de l’innocence, pour une classe sociale plus sanguinaire au même endroit mais à une autre époque dans et enfin, en guise de sommet d’une collaboration magistrale, pour une lecture moins flamboyante du genre policier à travers – Oscar du Meilleur Film en 2007.

Michael Ballhaus a néanmoins aussi mis son regard aigu au service d’autres réalisateurs exerçant à Hollywood, tels que Paul Newman (La Ménagerie de verre), James L. Brooks ( et I’ll do anything), Peter Yates (Une femme en péril), Frank Oz (Le Plus escroc des deux et Quoi de neuf Bob ?), Mike Nichols (Working girl Quand les femmes s’en mêlent, Bons baisers d’Hollywood, et De quelle planète viens-tu ?), Steve Kloves ( et son célèbre mouvement circulaire autour de Michelle Pfeiffer en train de chanter allongée sur le piano), Irwin Winkler (La Liste noire), Francis Ford Coppola (Dracula, peut-être le deuxième plus beaux film de sa carrière juste derrière Le Temps de l’innocence), Robert Redford ( et La Légende de Bagger Vance), Wofgang Petersen (Alerte ! et ), Barry Levinson (Sleepers), Barry Sonnenfeld (Wild wild west) et Nancy Meyers (Tout peut arriver).

Michael Ballhaus a été nommé à trois reprises à l’Oscar de la Meilleure photo, pour Broadcast News, Susie et les Baker Boys et Gangs of New York. Il a gagné le prix de la Meilleure photo de la National Society of Film Critics pour Susie et les Baker Boys et des critiques de Los Angeles pour ce dernier et Les Affranchis. Un habitué du Festival de Berlin, il y a officié en tant que président du jury en 1990 et y avait reçu un Ours d’or honorifique l’année dernière. La Cinémathèque Française lui avait consacré une rétrospective en février 2010. Enfin, il est le père du chef opérateur Florian Ballhaus (Le Diable s’habille en Prada).

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