Décès de l’acteur Jerry Lewis

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L’acteur et réalisateur américain Jerry Lewis est décédé hier matin à Las Vegas. Il était âgé de 91 ans. Un génie de la comédie burlesque, Lewis était l’une des plus grandes vedettes de Hollywood dans les années 1950 et ’60, d’abord en tandem avec Dean Martin et puis à son propre compte. Il avait connu une reconnaissance critique inespérée en France, même si sa popularité n’y a guère résisté à l’épreuve du temps. Enfin, pendant la dernière partie de sa vie, il s’était engagé sans relâche pour la recherche en faveur d’enfants atteints de dystrophie musculaire.

Le duo de légende formé par Dean Martin et Jerry Lewis avait fait ses premiers pas sur la scène des clubs de Los Angeles en 1946. Trois ans plus tard, aidés par une célébrité nationale grâce à leurs programmes diffusés à la radio, les deux acteurs signent un contrat avec la Paramount. Celui-ci se soldera par un règne pratiquement sans partage sur le box-office jusqu’à leur séparation définitive en 1956. Parmi leurs films les plus mémorables citons Le Soldat récalcitrant, Bon sang ne peut mentir et La Polka des marins de Hal Walker, Le Cabotin et son compère, Parachutiste malgré lui, Amours délices et golf, C’est pas une vie Jerry, Un pitre au pensionnat et Le Trouillard du Far West de Norman Taurog, Tu trembles carcasse et Un galop du diable de George Marshall, Le Clown est roi de Joseph Pevney, ainsi que Artistes et modèles et Un vrai cinglé de cinéma de Frank Tashlin.

En solo dès 1957, Jerry Lewis avait largement repris la recette du succès de sa collaboration avec Martin, qui consistait essentiellement à interpréter leurs pitreries comiques selon l’univers mis en valeur dans tel ou tel film. C’était par conséquent plus le personnage de Jerry, sans exception un homme complexé et extrêmement maladroit, qui y importait, au détriment du contenu narratif et des personnages secondaires. Au fur et à mesure, Lewis avait même développé un penchant pour jouer plusieurs rôles dans un même film, un débordement narcissique que son successeur indirect Eddie Murphy n’a pas pu s’empêcher d’imiter près d’un demi-siècle plus tard. Pendant cette deuxième période glorieuse d’une dizaine d’années, Jerry Lewis avait surtout collaboré avec ses anciens réalisateurs attitrés George Marshall (P’tite tête de troufion), Frank Tashlin (Trois bébés sur les bras, Le Kid en kimono, Cendrillon aux grands pieds, L’Increvable Jerry, Un chef de rayon explosif et Jerry chez les cinoques) et Norman Taurog (Tiens bon la barre matelot et Mince de planète). En 1960, il était passé lui-même derrière la caméra, réalisant alors quelques uns de ses meilleurs films, comme Le Dingue du Palace, Le Tombeur de ces dames, Le Zinzin d’Hollywood, Docteur Jerry et Mister Love, Jerry souffre-douleur et Les Tontons farceurs.

Le changement de crémerie en 1966, de son contrat avec Paramount vers un arrangement plus avantageux sur le papier avec Columbia, s’était soldé par le déclin irrémédiable de la carrière de Jerry Lewis. Il continuait certes à réaliser ses films, comme Trois sur un sofa, Jerry la grande gueule, Ya ya mon général, l’invisible The Day the Clown died et était dirigé par des cinéastes routiniers comme Gordon Douglas (Tiens bon la rampe Jerry) et George Marshall – encore lui – (Cramponne-toi Jerry), mais le succès n’était plus au rendez-vous. Un rendez-vous régulier, il en avait pris néanmoins avec le public américain par le biais de l’émission marathon du téléthon, qui appelait une fois par an aux dons pour financer la lutte contre la dystrophie musculaire, commencée en 1966 et à laquelle Jerry Lewis était resté fidèle jusqu’en 2010. Côté cinéma, il avait tenu de rares rôles à la hauteur de son talent dans les années 1980 et ’90 : La Valse des pantins de Martin Scorsese, Arizona Dream de Emir Kusturica et Funny bones de Peter Chelsom. Puis, vint un ultime et inattendu retour ponctuel aux affaires dans les récents Max Rose de Daniel Noah et The Trust des frères Brewer.

Jerry Lewis a reçu en 2009 l’Oscar honorifique Jean Hersholt Humanitarian Award pour l’ensemble de ses œuvres humanitaires. Il était le dernier lauréat à recevoir son prix pendant la cérémonie des Oscars, puisque la soirée à part des Governors Awards au mois de novembre a été instaurée dès l’année suivante. Lewis a officié à trois reprises en tant que maître de cérémonie des Oscars, en 1955, ’56 et ’59, cette dernière ayant la distinction douteuse d’être la seule à se terminer avant l’heure, ce qui s’était soldé par quelques minutes d’improvisation gênante de la part du comique, alors au sommet de sa gloire. Il a été nommé une seule fois aux Golden Globes, en tant que Meilleur acteur dans une comédie en 1966 pour Boeing boeing de John Rich. Son second rôle dans La Valse des pantins lui avait valu une nomination aux BAFTAs en 1984. Enfin, parmi ses prix honorifiques les plus prestigieux figurent un Lion d’or au Festival de Venise en 1999, ainsi que le prix pour l’ensemble de son œuvre par les critiques de Los Angeles en 2004.

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