Décès de l’acteur Jean-Louis Trintignant

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Été violent © 1959 Titanus Produzione / Société Générale de Cinématographie / Ad Vitam Distribution Tous droits réservés

L’acteur français Jean-Louis Trintignant est décédé le 17 juin à Uzès dans le Gard. Il était âgé de 91 ans. Un immense acteur de cinéma et de théâtre, Trintignant avait tourné avec les plus grands réalisateurs au fil d’une carrière longue de plus de soixante ans. Ses personnages, aussi surprenants qu’insaisissables, ont peuplé les films de Roger Vadim, Valerio Zurlini, Dino Risi, Costa-Gavras, Claude Lelouch, Alain Robbe-Grillet, Sergio Corbucci, Eric Rohmer, Bernardo Bertolucci, François Truffaut, Krzysztof Kieslowski, puis en point d’orgue Michael Haneke avec Amour en 2012.

Un homme et une femme © 1966 Les Films 13 / United Artists / Dulac Distribution Tous droits réservés

Le premier rôle marquant de Jean-Louis Trintignant date de 1956, lorsqu’il partageait l’affiche avec Brigitte Bardot dans le sulfureux – pour l’époque – Et Dieu créa la femme de Roger Vadim. L’acteur avait refait équipe avec le réalisateur trois ans plus tard pour l’adaptation de Les Liaisons dangereuses de Choderlos De Laclos. La même année, en 1959, il avait opéré sa première incursion majeure dans le cinéma italien grâce à Été violent de Valerio Zurlini.

D’emblée très prolifique, Trintignant avait de même tourné au début des années ’60 pour Abel Gance (Austerlitz), Jacques Doniol-Valcroze (Le Cœur battant), Georges Franju (Pleins feux sur l’assassin) et Jacques Demy (un épisode de Les Sept péchés capitaux). Cette première partie de son illustre carrière allait se poursuivre avec le coup double magistral de Le Combat dans l’île de Alain Cavalier et de Le Fanfaron de Dino Risi en 1962, puis à travers Château en Suède de Roger Vadim, Mata Hari Agent H21 de Jean-Louis Richard, Merveilleuse Angélique de Bernard Borderie, Compartiment tueurs de Costa-Gavras et La Longue marche de Alexandre Astruc.

Les Biches © 1968 Helga Romanoff / Les Films de La Boëtie / Alexandra Produzioni Cinematografiche / UGC
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En 1966, la renommée de Jean-Louis Trintignant, déjà considérable, allait faire un bond supplémentaire, notamment à l’international, avec Un homme et une femme de Claude Lelouch, Palme d’or au Festival de Cannes et doublement oscarisé à Hollywood en 1967 comme Meilleur Film étranger et Meilleur scénario original. Dès lors, Trintignant était de tous les films ou presque, dont Paris brûle-t-il ? de René Clément, Trans-Europ-Express et L’Homme qui ment de Alain Robbe-Grillet, Mon amour mon amour et Le Voleur de crimes de Nadine Trintignant, Les Biches de Claude Chabrol, Le Grand silence de Sergio Corbucci, Z de Costa-Gavras – Oscar du Meilleur Film étranger et du Meilleur montage en 1970 –, Ma nuit chez Maud de Eric Rohmer, L’Américain de Marcel Bozzuffi et Si douces si perverses de Umberto Lenzi.

Le Grand silence © 1968 Adelphia Compagnia Cinematografica / Les Films Corona / Studiocanal / Les Acacias
Tous droits réservés

Après un nouveau coup de maître dramatique au début des années ’70 avec Le Conformiste de Bernardo Bertolucci, la décennie allait être un peu moins spectaculaire pour Jean-Louis Trintignant que la précédente. Malgré ses collaborations avec des réalisateurs tels que Claude Lelouch (Le Voyou), Philippe Labro (Sans mobile apparent), René Clément (La Course du lièvre à travers le champs), Yves Boisset (L’Attentat), Jacques Deray (Un homme est mort et Flic Story), Nadine Trintignant (Défense de savoir et Le Voyage de noces), Pierre Granier-Deferre (Le Train), Alain Robbe-Grillet (Glissements progressifs du plaisir et Le Jeu avec le feu), Michel Deville (Le Mouton enragé), Robert Enrico (Le Secret), Gérard Pirès (L’Agression et L’Ordinateur des pompes funèbres), Luigi Comencini (La Femme du dimanche), Valerio Zurlini (Le Désert des Tartares) et Christian De Chalonge (L’Argent des autres – César du Meilleur Film en 1979).

C’est également à ce moment-là que Jean-Louis Trintignant était passé à deux reprises derrière la caméra, pour des résultats plutôt confidentiels que sont Une journée bien remplie en 1973 et Le Maître-nageur en 1979.

Ma nuit chez Maud © 1969 Compagnie Française de Distribution Cinématographique / UGC / Les Films du Losange
Tous droits réservés

A peu de choses près, les années ’80 étaient placées sous le signe de cette même application sans faille, ponctuée de quelques beaux coups d’éclat. Comme par exemple sa rencontre avec le réalisateur italien Ettore Scola, qui faisait jouer Jean-Louis Trintignant dans trois films : La Terrasse et Passion d’amour qui ressortiront cet été chez Les Acacias le 27 juillet prochain, ainsi que La Nuit de Varennes. En parallèle, le nom de Trintignant apparaissait au générique de La Banquière de Francis Girod, Je vous aime de Claude Berri, Malevil de Christian De Chalonge, Eaux profondes de Michel Deville et Le Grand pardon de Alexandre Arcady.

Il avait terminé cette décennie plus ou moins en beauté, grâce à Under Fire de Roger Spottiswoode – l’un de ses très rares films américains –, Vivement dimanche de François Truffaut, La Crime de Philippe Labro, Le Bon plaisir de Francis Girod, Viva la vie, Partir revenir et Un homme et une femme 20 ans déjà de Claude Lelouch, L’Été prochain de Nadine Trintignant, Rendez-vous de André Téchiné, L’Homme aux yeux d’argent de Pierre Granier-Deferre, La Femme de ma vie de Régis Wargnier, La Vallée fantôme de Alain Tanner et Bunker Palace Hôtel de Enki Bilal.

Le Conformiste © 1970 Angelo Novi / Mars Films Produzione / Marianne Productions / Les Acacias Tous droits réservés

La retraite amplement méritée guettait de plus en plus Jean-Louis Trintignant à partir des années ’90. Il y a certes eu Trois couleurs Rouge de Krzysztof Kieslowski, suivi de près par sa double collaboration avec Jacques Audiard sur Regarde les hommes tomber et Un héros très discret. Sans oublier l’apport vocal de sa voix si inimitable sur La Cité des enfants perdus de Jeunet et Caro. Mais sinon, Jean-Louis Trintignant se faisait de plus en plus rare, en dépit de Merci la vie de Bertrand Blier, L’Instinct de l’ange de Richard Dembo, Fiesta de Pierre Boutron, Tykho Moon de Enki Bilal et Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau.

Sa mise à l’écart volontaire s’était vue tragiquement précipiter par le meurtre de sa fille, l’actrice Marie Trintignant, victime d’un féminicide en juillet 2003. Alors que Jean-Louis Trintignant avait encore partagé l’affiche avec elle dans l’un de ses derniers films, Janis et John de Samuel Benchetrit, il avait mis un terme provisoire à sa carrière à la suite de ce drame familial.

Seul le réalisateur Michael Haneke était en mesure de le faire changer d’avis. D’abord, en lui confiant la narration de la version française de Le Ruban blanc. Puis, en lui créant sur mesure un magnifique rôle de vieillesse, aux côtés de Emmanuelle Riva dans Amour – Palme d’or au Festival de Cannes en 2012, César du Meilleur Film et Oscar du Meilleur Film étranger en 2013. Trintignant avait récidivé avec le réalisateur pour Happy End en 2017, avant de reprendre une dernière fois son rôle emblématique de Jean-Louis Duroc dans Les Plus belles années d’une vie de Claude Lelouch deux ans plus tard.

Le Désert des Tartares © 1976 Georges Pierre / Galatée Films / Reggane Films / France 3 Cinéma / Pathé / Les Acacias
Tous droits réservés

Jean-Louis Trintignant a été nommé à cinq reprises aux César. Comme Meilleur acteur dans un second rôle pour La Femme de ma vie et Ceux qui m’aiment prendront le train, ainsi que comme Meilleur acteur pour Trois couleurs Rouge, Fiesta et Amour. Il l’avait gagné pour ce dernier en 2013. En 1968, il avait gagné l’Ours d’argent du Meilleur acteur au Festival de Berlin pour L’Homme qui ment, puis, l’année suivante, à Cannes, le Prix d’interprétation masculine pour Z.

Jean-Louis Trintignant était brièvement marié dans les années ’50 à l’actrice Stéphane Audran (Le Festin de Babette), puis pendant quinze ans à partir de 1961 à la réalisatrice Nadine Trintignant (« Colette Une femme libre »). Il est le père de l’actrice Marie Trintignant (Betty).

La Cinémathèque Française lui avait consacré une rétrospective à l’automne 2012.

Amour © 2012 Denis Manin / Wega Film / France 3 Cinéma / Les Films du Losange Tous droits réservés

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