Critique : Zahorí

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Zahorí

Argentine, Suisse : 2021
Titre original : –
Réalisation : Marí Alessandrini
Scénario : Marí Alessandrini
Interprètes : Lara Tortosa, Santos Curapil, Cirilo Wesley
Distribution : Norte Distribution
Durée : 1h45
Genre : Drame
Date de sortie : 6 juillet 2022

3/5

Originaire de Bariloche, ville de Patagonie bordée à l’ouest par les Andes et à l’est par la Pampa, Marí Alessandrini fait partie de cette très nombreuse population d’Argentine dont les origines sont partiellement ou totalement italiennes. Est-ce le fait que la région de Bariloche soit surnommée « la Suisse argentine », toujours est-il que c’est en Suisse, à la Haute école d’art et de design de Genève, qu’elle a fait ses études de cinéma. Genève, où elle réside dorénavant. Zahorí est son premier long métrage de fiction et il a été présenté en 2020 au Festival de Locarno lors de l’édition spéciale intitulée Locarno 2020 – Pour l’avenir des films et, de nouveau, à Locarno, en 2021, dans la section Cinéastes du présent.

Synopsis : La steppe de Patagonie est balayée par un vent gris… Mora (13 ans) veut devenir « gaucho ». Elle se rebelle contre l’école et s’affirme auprès de ses parents, des écologistes suisses italiens, dont le rêve d’autonomie se transforme en cauchemar. Mora va s’enfoncer dans les méandres de la steppe pour aider son seul ami Nazareno, un vieux gaucho Mapuche qui a perdu son cheval, Zahorí.

Une jeune adolescente qui voudrait devenir gaucho

Elle n’est âgée que de 13 ans, mais Mora affiche un caractère bien trempé, elle sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. L’école ? Un lieu qui n’est pas fait pour elle et où elle subit de nombreuses punitions ! Avec ses parents, un couple de suisses de langue italienne, écologiste et végétarien, c’est une « guerre » quasi permanente, que ce soit à propos de l’école ou de la nourriture : mais pourquoi donc refusent-ils que des animaux morts soient mangés dans leur maison alors que les animaux se mangent entre eux ? Et ce rêve qu’ils ont de vivre en complète autonomie, au milieu de nulle part dans une steppe infertile, sont-ils vraiment capables de l’assumer ? Ce qu’elle voudrait, Mora, c’est devenir une gaucho, faire partie de ces cowboys de la Pampa argentine. Pas facile quand on est de sexe féminin ! Quant au seul adulte avec qui elle se sent bien, c’est Nazareno, un ancien gaucho d’origine Mapuche, ce peuple autochtone qu’on trouve de part et d’autre de la Cordillère des Andes, au Chili et en Argentine. Lorsque Zahorí, le cheval blanc de Nazareno arrive à s’enfuir, Mora décide de partir à sa recherche.

Fiction et documentaire

La réalisatrice le reconnait : il y a un peu de sa propre existence dans Zahorí. Pas seulement dans le personnage de Mora, mais aussi dans ceux des parents de Mora, elle qui, comme eux, a vécu le défi de construire elle-même, avec peu de moyens, une maison dans la nature. Toutefois, Zahorí est avant tout une fiction, une fiction qui s’attache à décrire l’émancipation de Mora, son passage de l’enfance à l’adolescence, au travers de ses rapports avec un vieil amérindien et de sa poursuite d’un cheval qui s’est échappé. Marí Alessandrini a greffé à cette fiction de très intéressantes échappées documentaires, allant de la rudesse de la vie dans cette région, au caractère à la fois religieux et militaire des internats qui y sont implantés, en passant par la présence importante d’évangélistes qui ont remplacé les missionnaires catholiques d’antan. C’est sur un mode comique que nous sont présentés Eddy et Oncle Steph, deux évangélistes américains (et roux !) qui sillonnent la steppe, s’efforçant tant bien que mal de convertir de nouveaux fidèles.

Un western à l’envers

Les paysages de la Pampa argentine dans lesquels Marí Alessandrini a tourné Zahorí font irrémédiablement penser à ceux de l’ouest des Etats-Unis, ces paysages qui ont servi de cadre à de si nombreux westerns. Pour les magnifier et « trouver l’espace pour mettre en scène la relation des humains au paysage », elle a choisi de tourner dans un format scope. Autre choix : une succession de plans fixes et un nombre extrêmement limité de mouvements de caméra. Paysage de western, scope, un indien, un cheval : pour autant, Zahorí n’est pas un western, c’est plutôt un western à l’envers. En effet, le personnage principal, une jeune fille de 13 ans est amie avec le vieil indien, elle n’est pas faite prisonnière, tout au contraire elle apprend à se libérer ! Tourné avec des non professionnels originaires de la région, Zahorí a nécessité un important travail de préparation avant de lancer ces débutant.e.s devant la caméra. Avec, en particulier, la jeune Lara Tortosa dans le rôle de Mora et le vieux Mapuche Santos Curapil dans celui de Nazareno, le résultat est concluant.

Conclusion

Pour tourner son premier long métrage, Marí Alessandrini, dorénavant installée en Suisse, a choisi de retourner dans la région où elle a passé sa jeunesse, dans la Pampa de la Patagonie argentine. C’est dans un format scope, avec très peu de mouvements de caméra, qu’elle nous raconte l’amitié entre une jeune adolescente de 13 ans et un ancien gaucho, un vieil homme de la communauté autochtone Mapuche, faisant ainsi de son film un western à l’envers, à la fois féministe et anticolonial.

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